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SEQUENCE (plan)

 

A l'approche des présidentielles, politiques et médias s'en paient une belle tranche. Du cinéma populaire?

 

 

Quel cinéma ! Voilà qu’on découpe la campagne électorale comme s’il s’agissait d’un film.  Le scénario, on le découvre au fur et à mesure. Toute la question est de savoir qui sera le premier rôle, et qui sera le second. Parce que les figurants, on les connaît déjà. Et pour le moment, personne ne mérite vraiment un Oscar…

 

PATE MOLLE ?

 

Dans le fond, disaient certains, Hollande est comme le fromage du même nom : seule la croûte est rouge, et l’intérieur ressemble à de la mimolette.  Toutefois, depuis le discours du Bourget, il a, de l’avis général, expédié en quatre jours une séquence de raffermissement assez spectaculaire. Au point que le pédalo sur lequel on l’accusait de commander s’est transformé en torpilleur pour lancer une grêle de missiles sur un Juppé qui, visiblement, voulait rentrer à la maison après un quart d’heure d’ « échange ». Et voilà que l’UMP, qui le traitait de gros bout tout mou, s’indigne maintenant de son arrogance – un peu comme s’il avait décidé de se tenir « droit dans ses bottes » (fin de citation historique)  au lieu de garder ses pantoufles en peau de lapin véritable, fourrure à l’intérieur. Alors, de deux choses l’une : ou bien le François était un faux mou, comme il y a des fausses maigres et des faux seins, ou bien il joue maintenant aux faux dur, comme il y a des faux culs et des faux cons. On ne sait plus à qui on a à faire. Au moins, Juppé, on a vu qu’il n’avait pas changé de coiffure. On le sent souple comme le fémur d’une vieille. Pour le reste, cet homme qui se veut décidément sans passé n’a pas forcément un avenir, en dehors de la diplomatie, où son sourire chaleureux fait fondre, paraît-il, tous les chocolats de l’ambassadeur. 

 

LE CONFUS, C’EST PAS GRAS !

 

Notre Président ressemble de plus en plus à un montage artistique : le sourire de De Funès, les sursauts nerveux de Philippe Léotard, et parfois l’éloquence de Darry Cowl. Rien que des défunts, direz-vous, mais les vivants ont droit au respect. Lui aussi a modifié son jeu : on l’a connu exubérant dans sa phase Fouquet’s-Bolloré, délirant quand il profitait d’une conf’de presse pour nous parler de Carla et d’Edgar Morin, vachard dans le casse-toi,  prêcheur quand il a découvert, subitement, que la finance était dérégulée. 

 

 

Ces derniers temps, déprimé sans doute par un voyage en pirogue sur le Maroni où on le voit prêt à gerber, il nous jouait plutôt le petit chat est mort. Mais dimanche soir, il avait la pêche : on ne déplace pas quinze chaînes de télé pour jouer l’enterrement de Craquette. On l’a même vu très agacé par des journalistes qu’il avait choisis et qui néanmoins lui posaient des questions. Pire : un plan de coupe insolent nous a montré Sylvestre, qui n’est tout de même pas un gauchiste, interloqué, les yeux au ciel, pendant que Boss expliquait comment il allait repeindre la dette en bleu pâle en rajoutant un étage aux pavillons de banlieue, je ne suis pas sûr d’avoir saisi tous les tenants et les aboutissants. En gros – mais en très gros – on détaxe les employeurs pour permettre aux salariés de construire un abri de jardin où loger leurs enfants adultes et chômeurs grâce à un prêt à 21,6% de la banque de l’industrie alimentée par la taxe sur les chinois. Tout n’était pas très clair, mais le soir, j’ai la digestion difficile. Enfin, si j’ai bien compris, il a rendez-vous avec nous. On se croirait chez Meetic. Il paraît qu’il couche le premier soir. Fin de la séquence : COS toujours, votre argent m’intéresse.

 

ANGELA JOLIE

 

 

Autre signe d’une séquence nouvelle, c’est que Boucle d’Or a jeté ses lunettes rouges. Je n’en croyais pas ses yeux, en la voyant, dimanche à midi, sur le petit écran, débarrassée de cet attribut qui était à notre Viqueen ce que la peau de lion était à Hercule et la banane à Joséphine Baker. D’un seul coup, Eva paraissait nue. Nue et myope, pour être précis, encore plus myope que lorsqu’elle avait des lunettes, le regard un peu flottant, telle une fenêtre sur son fjord intérieur que de sombres pensées agitent. Malgré les mauvais sondages, elle perd ses verres et perd ses Verts, à force de ne jamais parler vraiment d’écologie. Elle veut faire 5,5%, c’est, en tout cas, ce qu’elle a déclaré. Plus, cela ne serait pas raisonnable.  De toute façon, elle n’arrive pas à la cheville solide de l’autre égérie de l’actualité, la Walkyrie de se voir si belle dans le miroir de Sarko :  elle a huit millions de pauvres sur les bras, mais un soupirant transi, qui nous parle d’elle avec des sanglots dans la voix. Néanmoins, si j’étais elle, je me méfierais : depuis quelques jours, il voit Schroeder en douce, c’est clair, dimanche soir, il n’y en avait que pour lui, cet homme bouffe à tous les râteliers, Angela, sois vigilante, si tu viens battre la campagne pour lui, il est foutu, par derrière, de faire voter pour la SPD !

 

STARLETTES AUX HARAS

 

Fabius a insinué que si not’Président n’avait pas osé convoquer Equidia, la chaîne du cheval, à son exhibition dominicale, c’était par un ultime réflexe de pudeur virginale. C’est un pur mensonge. Ce choix délibéré était fait pour ménager  les deux moitiés du centre hippique qui se disputent le prix du Président de la République, Bayrou, toque noire, casaque orange, et Morin, casque verte, manches rose, toque bleue. Ces deux-là connaissent mieux le PMU que les PME ! On ne sait pas assez le mal que se donnent nos centristes pour améliorer la race chevaline : Morin est, selon Challenges, un des quatre heureux et discrets co-propriétaires de Liberato, « acheté 40 000 euros en 2005 à Deauville, … revendu autour de 5 millions deux ans plus tard à l'émir de Dubaï », ce qui est bon à la fois pour le portefeuille et pour le filofax ; Bayrou est copropriétaire d’une jument nommée Alta-Luna qui a gagné le quinté et quelques autres courses, mais ne s’en vante pas. Jean Arthuis, de son côté, fait dans le trotteur, et Jean-Luc Benhamias, dont les mauvaises langues disent qu’il est le quatrième et dernier membre du MODEM pour la belote coinchée, a récemment acheté un bout de pouliche à Bayrou. Qui lui-même a été conseillé dans ses emplettes chevalines par le maire de Deauville, ex-époux de Marielle de Sarnez… Tous des spécialistes de la saillie à 1200 € et de la stalle fiscale, puisque la niche, c’est pour les éleveurs de chiens. Il n’y a rien d’inconvenant à mettre ses économies et ses espoirs dans un bourrin : c’est du reste ce que fait assez volontiers le petit peuple, après l’apéro, sans s’emmerder à élever le canasson dans sa cave. Mais le Centre sent le crottin, et la rue des Petites-Ecuries est loin du Faubourg Saint-Honoré. Fin de la séquence « diable Vauvert ».

 

Kill Bill ou mélodie du bonheur?

 

Que nous réserve la prochaine séquence ? On sent monter la violence, cette campagne a commencé comme A star is born avec les primaires de la gauche ; elle a rebondi en décembre avec Le troisième homme ; l’UMP promettait Massacre à la tronçonneuse,  Hollande a joué Je vais, je tire et le reviens ; fin janvier, entre Le Bourget et l’Elysée, c’était  La Décade prodigieuse ; la suite? ça ressemblera sans doute davantage à Kill Bill qu’à La mélodie du bonheur…Qui donc sera coupé au montage final ?