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TEMPERATURE (RESSENTIE)

Ni le Boss, ni Juppé, ni Fillon n’ont réussi, malgré leurs shows télévisés, à réchauffer l’ambiance. Coup de froid sur la Sarkozie ?

 

 

Faut toujours qu’ils inventent quelque chose de nouveau. On avait la température du thermomètre, maintenant, il y a la « température ressentie ». En tout cas, pour le froid. Pour le chaud, cet été, on verra s’ils nous sortent la « chaleur ressentie », quand il n’y a pas de vent ou si vous avez laissé le sèche-cheveux branché. Le résultat, c’est qu’on a deux fois plus froid : à moins 5 au thermomètre, on avait déjà les joyeuses rafraîchies, mais comme c’est du moins douze ressenti, autant les fourguer tout de suite à Findus. Sale coup pour le Capitaine Igloo, qui comptait cramer l’Autre-pays-du-fromage façon raclette, au lance-flammes, préparez vos mouillettes, ce soir, on balladurise ! Non seulement la TVA saucière a jeté un froid, mais encore, suivez mon regard, l’air glacial, ça montre bien des choses…

 

A FIOUL FOR YOU

 

 La température ressentie, ça veut dire qu’on a plus froid dehors entre deux cartons que dedans près du radiateur, en quelque sorte, c’est un signal social. Donc, vous voyez votre chaudière pomper autant de fioul par jour que le yacht de Bolloré en vingt secondes, votre compteur d’électricité tourne comme un fouet à œufs, vous avez crame un Zeppelin de gaz de ville, et alors là, comme vous êtes un(e) bonn(ne) citoyen(ne), lecteur(trice) assidu de Bakchich et de quelques autres feuilles bien-pensantes, une conscience sur pattes,  épris(e) de solidarité, alors là, oui, là, vous pensez qu’il y a, en France, 4 millions de familles de mal chauffés, 6,5 millions de vos concitoyens qui se gèlent les meules, ce n’est pas moi qui le dit, mais Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre des Courants d’Air, elle même chaleureuse comme un bac à glaçons. Elle le disait même, lady gla-gla,  en mars 2011, après la précédente vague de froid. Depuis, le gouvernement a agi avec courage (c’est le mot à la mode à l’UMP) : les deux dernières augmentations du gaz (5,2%, puis 4,4% le 1er janvier, bonne année les mecs !) en témoignent, pour le fioul, c’est pire encore, et l’électricité, on nous annonce 30% en dix ans. Et là, on ne compte pas les 133 000 SDF dont le pays d’Arnault, de Bettencourt et de Total peut s’enorgueillir, c’est la population d’une ville comme Mulhouse et sa banlieue, où, justement, vous l’entendez chaque soir à la météo, ces jours-ci, il fait moins vingt. Non, les mal chauffés, ce ne sont pas des pégreleux, des fantaisistes gavés derouge trois étoiles qui préfèrent la rue avec leur chien, des mal divorcés qui ont perdu leur emploi derrière et foiré la liquidation forcée de leur emprunt immobilier conjugal : 55% sont des propriétaires résidents, le reste, des locataires, mais pas dans le parc social, qui lui est correctement chauffé,  dans le privé, et souvent dans les grandes villes, où les loyers sont ce que vous savez…

 

FOYERS FRISQUETS

 

Ca, y est, vous vous dites, fidèles lecteurs, il nous (re)fait le coup des restaus du cœur ! Eh bien, pas du tout ! C’est Apparu, le ministre du logement (bientôt disparu) qui vous le fait : en préconisant – ce qui est la moindre des choses – qu’on ouvre les abris toute la journée, tout ce qu’il fait, c’est donner du travail de plus à l’armée de bénévoles qui, dans ce pays, remplace les impôts qu’on ne demande pas à la Sarkozie méritante de Neuilly et d’ailleurs, taxée, quoi qu’en dise Fillon-la-rillette, à 15 ou 20%, dix ou vingt points de moins que cette salope de classe moyenne pas foutue d’empiler les niches fiscales et de faire de la cession d’entreprises entre potes au sein d’une holding bien tuyautée ! Et pareil pour l’armée des verts de gauche et de droite, qui dénoncent la mauvaise isolation de baraques et invite les connards qui y claquent des dents à y faire vingt plaques de travaux pour gagner cent litres de fioul et dix mille kw, sans même réaliser que la précarité énergétique (c’est comme ça que ça s’appelle),  c’est d’abord un problème de budget familial ! La part des « dépenses contraintes » de millions de foyers français, logement, énergie, chauffage, était de 25% en 1979 – elle était de 48% en 2006 pour les ménages modestes, de 36% pour la middle class. Après, on ne sait pas : les gouvernements Fillon, occupés à surveiller la surchauffe du bouclier fiscal, n’ont pas donné de statistiques. Mais il est évident que la situation s’est encore dégradée, vu l’augmentation des loyers et de l’énergie face à celle des salaires. Donc, désormais, chaque fois que la température chute, c’est le climat social qui apparaît dans sa vérité crue, et ça nous glace.

 

LOYER, SOIS LE SEIGNEUR !

 

Faut-il rappeler avec quelle émotion Sarko se flattait de fabriquer une France de propriétaires heureux? Et comment il se réjouissait d’annoncer  que la spéculation immobilière avait augmenté le patrimoine des gentils petits proprios que, dans sa bonté, il soustrayait à l’ISF (en faisant économiser 1,8 milliards d’impôts aux gros) ? Ah ben , dites-voir, on la paie cher, la prospérité de Vinci, de Bouygues, d’Eiffage et de Kauffman & Broad, à qui l’on vient en prime d’offrir le droit de faire plus de logements sur la même surface, histoire d’emballer le business, sans parler de tous ces fonds de pension qui ont investi dans l’immobilier locatif à Paris et ailleurs ! On comprend que le plafonnement des loyers soit proscrit par nos bons apôtres, de peur de décourager les investisseurs ! A ce train,  même les presque riches se pelleront les roubignolles après avoir payé le mois ! Et pour la croissance, vous repasserez, quand le pognon part en chauffage, il fait défaut pour la consommation, sauf évidemment si vous êtes client VIP de LVMH, et encore, au vingt-huitième sac Vuitton, une certaine lassitude s’installe, les ouvrières de Lejaby risquent de vite avoir des problèmes après leur renflouement dont on se félicite, mais qui sent tout de même un peu le renvoi d’ascenseur pur cuir. 

 

 

ANGELISME OU ENGELURES ?

 

La vérité, c’est que dans l’idéologie du sarkozysme, il n’y a pas de place pour les budgets serrés. Je ne dis pas que le concept n’existe pas, c’est comme les  paramécies et les fosses marines, on en parle à l’école, mais dans le quotidien, on n’en croise pas vraiment. On travaille pour une certaine idée de la France, pas pour les Français, parce que la France de Sarko, c’est pas la France précaire, la France fauchée, la France licenciée, la France fatiguée. Mais soyons justes et sévères : si elle veut vraiment que le changement ne reste pas un slogan printanier, il serait urgent que la gauche s’en occupe, au lieu de tracer des courbes en tremplin de ski pour réduire la dette à toute vapeur. L’urgence, dans ce pays, elle n’est pas que financière, elle est sociale. Sans mélenchoniser, sans larmoyer sur la classe ouvrière qui, quand elle a du boulot, est peut-être moins malheureuse que l’armée des caissières, des livreurs de pizza, des petits boulots, des gagne-menu à temps partiel imposé, des salauds de retraités qui sont partis à 60 ans avec une pension misérable en n’ayant connu la cinquième semaine de congés payés qu’en 1981 et les 35 heures jamais, faudrait tout de même se demander si la cinquième puissance du monde (je cite Fillon !) peut se payer le luxe de laisser dix pour cent de sa population choper des gerçures dès que la température ressentie fait des plongeons sous le zéro degré Celsius ! Et je ne suis pas sûr, pour le coup, qu’on ait dans les tiroirs, du côté de l’alternance, un plan radical sur la question, je ne sais pas, moi, une modulation véritable des tarifs de l’énergie, un chantier national itinérant d’amélioration gratos de l’habitat ancien, une taxe sur les produits de luxe, genre Mercedes d’entreprise ou voiliers de 15 mètres pour radiologues, qui serve à financer une aide énergétique aux plus pauvres, bref, ces idées qui hérissent les économistes et réchauffent le cœur – quand on en a.

 

LE BONHEUR, 

UNE IDEE NEUVE ETC. 

 

Parce qu’enfin, la politique, est-ce que ça sert seulement à rasséréner les marchés ? Et même que si on met deux ans de plus, ou cinq, à réduire nos déficits, est-ce si grave que ça ? Vit-on, dans l’état actuel des choses, dans un pays pauvre, ou dans un pays déchiré par l’injustice sociale, et dans lequel on feint de ne pas voir le malheur quotidien, cette souffrance désespérante des mal logés, des mal nourris, des mal chauffés, qu’on appelle avec mépris les « assistés », ou, avec une compassion inefficace et un beau sens de la litote, les « défavorisés » ? Et si l’alternance, la vraie, cela consistait à mettre, non sans insolence, le bonheur de tous ces humbles citoyens à l’ordre du jour du conseil des ministres, juste avant le rétablissement des comptes publics?