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Villepin, candidat Valentin
Nicolas Sarkozy a annoncé officiellement sa candidature aux élections présidentielles, ce soir, sur TF1. De son côté, Dominique de Villepin a joué les jolis coeurs devant les étudiants de l'IUT de Sarcelles, le 14 février, pour la Saint-Valentin...
La voiture blanc-ivoire s'est garée juste en face de l'Institut Universitaire. Encadré de ses deux gardes du corps, la silhouette élancée, le teint toujours bronzé, Dominique Galouzeau de Villepin s'est avancé vers les étudiants. Sous leurs applaudissements. « Ah, il en jette, Villepin ! », s'exclame une étudiante. Ses yeux brillent, elle tremble un peu, susurre : « j'ai envie de l'embrasser... ».
«Vous avez de beaux yeux bleus mademoiselle»
Mais l'ancien Premier Ministre répond d'abord aux journalistes. « Oui je me présente toujours aux élections présidentielles, en une semaine, j'ai multiplié mon score par deux (NDR: de 0,5 à 1% des intentions de vote) », dit-il, avant de féliciter la journaliste d'Europe 1 : « Vous avez de beaux yeux bleus, mademoiselle ». La tentative de déstabilisation ne prend pas. Les yeux bleus continuent de comparer l'apprenti Don Juan à Nicolas Sarkozy : « Mais vous pensez vraiment avoir une chance ? ». Lui : « Bien sûr, mais je vois que ça vous fait rire ? Vous avez raison ». Elle : « Un dernier mot monsieur le Premier Ministre ? ». Il répond : « Je ne lâche jamais, je suis un combatif, comme les sportifs ».

© Anaëlle Verzaux
Le leader du jeune parti République Solidaire fait une entrée, princière, dans l'amphithéâtre bouillonnant. « Villepin, Villepin ! », sous les applaudissements. Depuis le début de l'année, les étudiants de l'IUT (Institut Universitaire de Technologie) de Sarcelles invitent des personnalités. « L'objectif, c'est qu'ils incitent nos jeunes à aller voter », explique Bertrand Rothé, enseignant d'économie et co-organisateur de l'événement (et ex collaborateur de Bakchich). Pourquoi Villepin ? « Sans doute à cause de sa filiation, gaullienne, mais ce sont les étudiants qui ont tenu à le recevoir, ils sont fans ».
Dans l'amphithéâtre, Galouzeau, assis entre deux étudiants, commence par discourir sur « la jeunesse d'après la crise ». En fait, il parle de lui. « J'ai grandi pendant les 30 glorieuses, une époque bénie (…) nous avions des rêves et nous pensions qu'ils se réaliseraient. Aujourd'hui, il faut aller chercher le monde avec une petite cuillère ».
Il dit : « Il y a la crise », la « mondialisation », la « nouvelle compétition internationale », « cette France rapetissée, à l'image de ses présidents, qui ne sont plus ce qu'ils étaient » (rires dans la salle), ses « 3,5 millions de chômeurs » et « 8 millions de pauvres »…
Cherche gaulliste désespérément
Puis Dominique de Villepin s'adresse plus directement aux jeunes, qui l'écoutent attentivement :
« Ce monde dans lequel vous allez travailler, vous en avez la responsabilité. Il y a des gagnants, il y a des perdants, ne vous contentez pas du modèle commun, ayez du caractère et de l'imagination, ayez de l'appétit, ne faites pas partie de ceux que Rimbaud appelait les « Assis », soyez entreprenants, créez votre entreprise (...) ne comptez que sur vous-même ! ». Le modèle du Self made man... Merci monsieur de Villepin pour ces conseils.
Villepin parle à nouveau de lui : « J'ai fait sciences po, j'ai une licence en droit, en lettres, j'ai fait l'ENA (…) Quand je suis sorti de l'ENA... ». Quand il est sorti de l'ENA ? « Quand je suis sorti de l'ENA, je ne me suis pas senti supérieur, plus intelligent que les autres ». Et même, « j'ai fait une écurie bénévolement, j'ai aidé les autres à préparer leur concours ». Et même, « mes élèves l'ont tous eu, le concours ».

© Anaëlle Verzaux
Dans l'amphithéâtre, les étudiants l'écoutent toujours. Il poursuit : « Vous aussi, quand vous sortirez de l'IUT, ne pensez pas que ceux qui n'ont pas fait l'IUT de Sarcelles sont moins intelligents que vous, mais aidez-les ». Comparer l'ENA à l'IUT, c'est osé...
Galouzeau file les métaphores. « J'ai grandi pas loin d'ici, je suis issu d'une famille traditionnelle, mais mes origines ne me prédestinaient pas au parcours que j'ai. Vous aussi, vos origines [la grande majorité des étudiants de Sarcelles sont issus des milieux populaires] ne vous prédestinent pas au parcours que vous aurez, si VOUS le voulez. Soyez entreprenants ! ». Le modèle du Self made man, encore... « J'ai trois enfants, l'un habite à New York, un autre à Hong Kong, et l'autre au Brésil, c'est ça la mondialisation ! Vous devez apprendre des langues étrangères, et voyager ».
Un salaire décent... au niveau du seuil de pauvreté
C'est trop. Bertrand Rothé l'enseignant, intervient : « Je suis déçu, monsieur le Premier Ministre. Je m'attendais à entendre un discours gaulliste, social. Or, vous êtes plus néolibéral que Nicolas Sarkozy ! Par ailleurs, vous oubliez de dire à nos élèves que vous êtes fils de diplomate... » Les étudiants acclament le prof. Villepin fait mine d'être satisfait, et déclare avoir « attendu une contestation depuis une heure ».
Entre temps, le fondateur de République Solidaire a donné son point-de-vue sur la politique internationale de la France, notamment sur le conflit en Syrie : « les Etats-Unis ne doivent pas intervenir directement » (enfin un point qui tranche un peu avec Nicolas Sarkozy). Puis il a casé quelques mesures qu'il prendrait, s'il était élu. Comme désenclaver certains quartiers en développant le réseau de transports, une éducation obligatoire jusqu'à 18 ans, et instaurer un « service citoyen ». A défaut d'avoir un emploi, les chômeurs longue durée et les retraités aux faibles revenus s'engageront à avoir une activité « citoyenne ». En échange, « il faut qu'on leur assure un revenu socle de 850 euros par mois, permettant à chacun de vivre dignement ». Il répète : « On peut estimer qu'on vit dignement, avec 850 euros ». Trop gentil, merci monsieur de Villepin. C'est grosso modo le seuil de pauvreté selon l'Insee...



