Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

COUPS (BAS)

Jusqu'au drame de Toulouse et Montauban, ça cognait sec entre les prétendants au trône. Et ça reprendra sans doute après... Normal, direz-vous : ils ne vont pas s’envoyer des fleurs, ni passer leurs vacances ensemble, comme se plaisait à le dire le regretté Thierry Roland. Mais les coups les plus durs ne viennent pas forcément de l’adversaire…

 

 

C’est clair, chacun a choisi son totem : pour Sarko, le roquet toujours hargneux, qui s’accroche au bas du pantalon et ne veut pas lâcher, quitte à s’attirer, à la longue, des coups de pieds au cul ; pour Hollande, le héron (un peu déplumé) qui garde la tête à l’air et les pieds dans l’eau, feint d’attendre que ça se passe et balance de temps en temps un coup de bec en s’efforçant de bien viser, mais chope finalement des rhumatismes. On est en plein jeu de rôles, dans le prolongement absolu d’une typologie désormais inscrite dans les têtes, l’agité du bocal contre le bout de mou, le frénétique contre le lymphatique, l’agressif contre le défensif. Il est bien évident que, de longue date, ces rôles étaient choisis par l’un et l’autre stratège, avec ou sans l’accord de leurs spin doctors respectifs, parce qu’il y a là une opposition de tempéraments qui n’est pas sans fondement politique. 

 

Passé contre passif, le retour

 

Le libéralisme suppose une dose d’insolence, parce que le renard libre dans le poulailler libre ne s’excuse pas auprès des poules qu’il croque, et que la loi de la jungle, c’est que les faibles tombent sous la dent des plus forts ; dans la tradition socialiste, une fois historiquement dépassée l’idée assez violente de faire la révolution dans un bain de sang bourgeois, on a cultivé l’humanisme soft, le cocooning des affligés, la solidarité bienveillante. Résultat ? Sarko, quand il est chaud, est capable de balancer n’importe quelle contre-vérité avec le culot d’un escroc professionnel – mais pris à froid ou à contre-pied par un journaliste un peu pervers, on l’a vu ramer lamentablement ; Hollande, au contraire, laisse paraître son embarras chaque fois qu’il n’est pas vraiment sûr de son coup, mais retrouve un sang-froid qui étonne lorsqu’il doit gérer sa défense. Peut-être faut-il seulement voir là le résultat de deux pratiques : à force d’être majoritaire depuis des années, la droite s’est droguée au cynisme, pendant que la gauche, éternelle minoritaire, faisait le dos rond même quand elle remportait des victoires – par exemple, la confiscation de toutes les régions sauf l’Alsace, victoire écrasante dont elle n’a pas su tirer un avantage politique fracassant ! Imaginez le laminoir, si la droite avait fait un tel exploit ! Bref, de Sarko à Sarko (on en revient toujours à lui) en passant par Morano et Copé, la droite matraque sans finesse, et d’Hollande à Moscovici en passant par Hamon et Désir, on argumente sans fin avec des jeux de mots sémantiques que Mitterrand a malheureusement mis à la mode depuis son « homme du passé » - « homme du passif », que l’on tient pour inusable.

 

 Avec une exception notable, le revival de Ségolène, qui est la seule à se montrer punchy en balançant que le président sortant à intérêt à garder son immunité, affirmation essentielle dont la profonde vérité, compte tenu des dossiers en souffrance, ne mérite même pas l’appui d’une démonstration…

 

SALUT LES COPAINS !

 

Le problème, dans une telle campagne, c’est que les merdouilles viennent généralement de vos meilleurs amis. Pour deux raisons, sans doute : et d’une, l’enfer est pavé de bonnes intentions ; et de deux, il n’est pas certain qu’en politique les amis aient toujours de bonnes intentions. Et l’on peut donc, de ce dernier point de vue, rappeler que l’engluement de Hollande dans le gag du loup et du flou est un bienfait de sa dévouée camarade Aubry, qui a ainsi fourni à la concurrence un  stock de mines de première bourre. En s’appuyant sur l’autorité de sa parentèle (ah ! la sagesse des familles ! ce venin des pauvres en esprit !) la cheftaine a lancé une de ces phrases assassines qui, vu le contexte et ses enjeux, montrent clairement son irresponsabilité politique et son infantilisme de gagneuse de cour d’école. D’un autre côté, léger bénef, si d’aventure Hollande élu cherche un premier ministre à carboniser  en début de règne (comme jadis Mitterrand fit de Rocard), elle s’est taillé un costard pour l’emploi et ne l’aura pas volé. 

 

 

L’autre zozo du clan des vieux de la vieille, Fabius, n’est pas en reste : on resservira pendant encore quatre semaines son mépris de grande chochotte pour Hollande, risible à ses yeux de prétendre devenir président sans habiter le faubourg Saint-Germain, alors que lui-même, en guise de carrière, est toujours député de Seine-Maritime, après s’être fait étaler deux fois aux primaires de son propre parti dont une fois sans même oser concourir. Moyennant quoi, en ayant l’air de repêcher un bout de son petit-lu tombé dans la tasse de thé, il crachote et mégote sur la taxation à 75% des millionnaires annuels en euros, comme si le marché de l’art était menacé, avec, pour seul bénéfice, son petit moment d’éclat médiatique garanti, à un âge politique où l’érection politique n’est plus évidente. Du coup, le Nicolas s’en gargarise en tribune (mais, reconnaissons-le, tout le monde a tendance à s’en foutre : c’est dire si Fabius a du flair). Et puis il y a la tribu des malfaisants de province, le pastis Guerini, le Navarro pas commissaire, les faux-pas du Pas de Calais, mais ça, c’est le fond de commerce foireux des partis d’élus, et en plus, généralement, ils sont réélus – à droite, c’est pareil, voyez la longévité politique de Longuet, l’homme qui ressuscite plus vite que ses ombres au tableau, les tribulations de Woerth, dit « le ravi de Chantilly », sans parler du bruit de casseroles pakistanaises qui commence à devenir assourdissant…

 

MERCI BERNARD ! 

Bonjour Audiard!

 

Enfin, il faut saluer le soutien proclamé de Bernard Tapie à son ami de cinq ans, grand moment de télévision survenant à l’improviste et au terme d’un dimanche dont le véritable événement, sans contestation possible, était le succès de l’OPA Mélenchon sur la place de la Bastille. Là, on est dans le grand, dans l’immense, dans l’impensable, et l’on songe à Michel Audiard, si souvent cité dans cette campagne (Bayrou a même tenté de le lire, mais n’a pas tout compris), et à ce qu’il disait des cons : oser n’importe quoi, c’est vraiment une marque de fabrique de la maison Sarko. Déjà, exhiber Depardieu à côté d’Allègre, qui a toujours rêvé de dégraisser un mammouth, c’était lui faire risquer sa peau. Un type qui s’illustre en pissant dans une bouteille plastique au beau milieu d’un avion ne peut pas être totalement mauvais, il aurait pu pisser sur la moquette, direz-vous – mais on ne parle pas de moquette dans la maison d’un marchand de tapis, et cela aurait pu faire ombrage à la réputation de l’artiste « éponyme », comme diraient les commentateurs qui ne confondent « éponyme » et « homonyme ». 

 

Vous observerez que je ne dis rien d’Enrico Macias, parce qu’il n’y a vraiment rien à dire, il est là pour garder la canne de Mireille Mathieu. Tu parles d’un fan club !  Chérie, fais-moi peur ! Personnellement, ces soutiens de people, à gauche comme à droite (mais ils sont tout de même plus nombreux et plus instruits à gauche), ça me laisse froid et ça m’agace plutôt. Mais là, le pathétique spectacle de tout ce gras, de toute cette vulgarité, de toute cette arrogance paradoxale (avoir été un ministre de l’éducation détestable et détesté sous la gauche, cela qualifie-t-il pour être accueilli à bras ouverts par la droite ?), ce show sépulcral de has been ou en passe de l’être, c’est un vrai lavement ! Or avec Tapie, on avance encore plus loin dans la gadoue, on progresse, on ramasse la recommandation d’un repris de justice, honteusement renfloué par des manœuvres tellement suspectes que la môme Lagarde a failli être blackboulée au FMI pour avoir laissé faire : Tapie, au moins, la gauche a gauche l’a laissé tomber, et lui est même tombée dessus à bras raccourcis, au lieu de vénérer comme une relique cette lubie de Tonton qui choisissait mal ses amis… Désormais, si j’ai bien compris, Tapie trouve Hollande si intelligent et si honnête qu’il ne votera sûrement pas pour lui, les gens intelligents et honnêtes, il s’en méfie, il préfère les cons malhonnêtes. Et histoire de dédouaner Sarko de l’accusation d’être un larbin de la finance, il le félicite d’avoir sauvé les banques en signant Z de la pointe de son épée, après lui avoir permis, à lui, de récupérer son épargne de modeste travailleur et son modeste hôtel particulier. Pour le coup, il a fait le buzz : jamais je n’ai lu sur les blogs une telle avalanche de vannes !

 

LES GODILLOTS ET LES POTES AUX ROSES

 

Dans le club des amis nuisibles, il y a les forts en gueule, les Aubry, les Tapie, et puis il y a les autres, plus discrets, mais assez efficaces dans la destruction. C’est une des spécialités de la gauche. A droite, l’habitude des godillots est inscrite dans les gènes, à part des zozos comme l’homophobe de service,  une bourde par ci par là de ce pauvre Hortefeux qui compte les Auvergnats, quelques chichis de Raffarin (il souffre évidemment d’être un des seuls à ne pas cracher sur l’humour dans cette bande), on s’en remet à une seule cloche pour n’avoir qu’un seul son. On a l’impression que, chaque matin, un webmaster distribue par mail à chaque pinson sa partition, avec ses éléments de gazouillis, ce qui donne des communiqués de presses stupéfiants d’originalité – dans le noir et sous casque, on pourrait identifier l’aboiement populiste de Ciotti, l’arrogance cynique de Copé, les pataugas de Morano, la raideur bégayante de Guaino, bref, un concert pour tous publics, sans cacophonie, mais sans surprise. Mais il y a l’erreur de casting, la fatigante NKM qui promène son obstination de pie grièche sur toutes les ondes et devant toutes les caméras, bon chic bon genre, bijoux discrets, l’air d’avoir fait la veille le Rallye des chorales de Passy, un coucou suisse dont la survenue permet d’aller vérifier que les nouilles sont cuites sans rien perdre, débitant non sans une  sorte d’élégance boréale son argumentaire de cent mots pour démontrer que Flamby est un méchant-menteur-qui esquive-qui propose-pas-poil aux bras, bref, une porte-parole qui porte surtout sur les nerfs, même dans son camp, où elle horripile. 

 

Cherche vrai débat désespérément

 

Posez-là à côté de la jeune Najat du père François, vous avez envie de vous encarter chez les roses, tant l’une est griffante et l’autre souriante, il n’y a pas photo, pour le coup, Hollande a bien choisi, il aurait dû bazarder ses autres porte-parole (il en a un lot, et on a échappé de justesse à Jack Lang qui avait acheté des chemises neuves pour l’occasion)  qui percent des trous dans sa coque sans même le vouloir tant ils sont empesés et constipés. De plus, la harpie de Sarko ignore le prix d’un ticket de métro, c’est déjà beau qu’elle sache que le métro existe pour les gens. Non, à gauche, il y a d’autres termites, cent fois pires : ce sont toutes ces bonnes âmes militantes qui chargent la barque en exigeant, rituellement, des prises de positions polémiques sur des questions qui n’intéressent quasiment personne (la chasse à la baleine et la candidature de l’Islande à l’entrée en Europe – véridique !), des réformes que personne ne demande (l’éternel retour du vote des étrangers), des certificats de vertu superfétatoires et angéliques garantissant que non, décidément, on n’est pas devenus racistes ou colonialistes depuis la dernière fois. Par exemple, supprimer le mot « race » dans la Constitution, initiative d’une imbécillité totale, qui restera dans les annales du droit-de-l’hommisme à l’usage des simplets, des culs-bénits recyclés dans l’humanisme social-démocrate et des addicts à la vie pastorale des associations de bon cœur et de mauvaise conscience. Tu parles qu’en face on daube sur ce gag pour faire oublier le coup du ticket de métro !

 

 

Eh oui, j’avais pu comprendre que le bon peuple de France se demandait à quelle sauce allaient être bouffées ses retraites, combien d’usines resteraient ouvertes dans deux ans, et si le loyer d’un deux-pièces pouvait être plafonné à la hauteur du SMIC.  Sur ces questions, il pourrait y avoir du bourre-pif utile et éclairant. S’il reste du jus aux combattants : à force de devoir se méfier de leurs amis et de réparer leurs dégâts, ils finiront sonnés sur les décombres…

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !