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Une campagne en pente Raid

La campagne des présidentielles ne s'est pas arrêtée avec les tueries de Montauban et de Toulouse. Elle a seulement été doublée dans l'actualité par un assassin à scooter. L'horreur de ses gestes, et leur calendrier en ont fait un acteur à part entière de la course à l'Elysée. Décryptage.

 

 

Le 11 mars, un premier militaire est abattu près de Toulouse par un tireur isolé. Trois autres tombent sous les balles 4 jours plus tard, à Montauban. Deux décèdent, l'un demeure encore aujourd'hui dans le coma. Peu d'infos filtrent alors. A peine que les victimes ont séjourné au combat en Afghanistan, qu'ils sont de religion musulmane ou noir. Loin, très loin du coeur de l'actualité. Un accident de car en Suisse fait la une des journaux. L'horloge médiatique est fixée sur la dernière ligne droite du dépôt de candidatures en vue de la présidentielle... 

 

Villepin se voit contraint de renoncer faute de signatures suffisantes, Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Jacques Cheminade ou Philippe Poutou triomphent d'avoir pu obtenir les 500 parrainages d'élus nécessaires  pour se présenter au scrutin.

 

La mort de 3 militaires, loin dans le Sud Ouest est relégué en pages intérieures ou en fin de journal. 

 

Traque en direct

 

Le basculement s'opère le 19 mars au matin. En deux temps. Au moment du drame de Toulouse, quand deux enfants juifs scolarisé dans l'école confessionnelle Ozar Hatorah et l'un de leurs professeurs ont été abattus.  L'émotion suscitée a été décuplée quand le lien est apparu avec les meurtres de militaires est établie. L'arme, la méthode, le tireur à scooter, le sang froid. Plus de doute. Un tueur en série sévit dans la région toulousaine. 

 

L'emballement médiatique devient naturel. La traque se vit en direct. Live des sites internet et chaînes d'informations continues, détails lancées sur les réseaux sociaux, exclusivités distillées en off par les sources proches d'une enquête qui bénéficie d'un dispositif  policier et d'une couverture médiatique exceptionnelle.

 

 

Les hypothèses se déroulent. Les victimes ne sont pas choisies au hasard. Juives à l'école, musulmanes et noires dans les rangs militaires. Des Français souvent stigmatisés. Les pistes d'un néo nazi  poussé par des (trop) classiques relents racistes ou d'un islamiste fanatique, les deux grands épouvantails de la violence contemporaine, étendent leurs ombres. L'homme semble entrainé, aguerri et froid.  Les tirs sont portés à «bout touchant» selon le jargon policier: des exécutions en langage courant. Son modus operandi laisse craindre des récidives.

 

La déclaration officielle du président du conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, qui a présente à 17h30 le 19 mars la liste officielle des admis à la courses présidentielle passe inaperçu, au profit d'une interrogation. 

 

La tragédie change

 le tempo de la  campagne 

 

Suspension de campagne ou pas? Faux débat. Pas parce que l'assassin présumé a été retrouvé, encerclé par le Raid le 21 mars au matin et que ses méfaits semblent devoir s'achever. 

 

Parce son action, son profil et son calendrier ont déjà bouleversé la campagne.

 

L'homme soupçonné, repéré dans un appartement toulousain le 21 mars, n'est pas un militaire, ni un nazillon, mais un intégriste passé par des camps d'entraînement au Pakistan, connus pour des faits de petite délinquance issue d'un quartier sensible de la ville rose et se revendiquant d'Al Qaida. Son parcours concentre tous les ingrédients susceptible d'alimenter sinon une psychose, du moins un ressentiment envers une communauté musulmane déjà éreintée dans la course à l'Elysée après les débats sur la viande halal, les mosquées ou les prières de rue... 

 

Socle de l'élection de Sarkozy en 2007, l'institution policière a, pour la première fois depuis des mois, été mise à l'honneur dans son travail d'enquête sur la piste du tueur en scooter. Oubliées l'épluchage de fadettes de journalistes, l'affaire de la police des polices à la préfecture de Paris, le Cercle Wagram ou la grève à la Direction centrale du renseignement intérieur, honneur est fait à son oeuvre pour retrouver le suspect des tueries de Montauban et Toulouse. 

 

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant est apparu sous un jour moins agressif que lors de ses propos sur «les civilisations». Nicolas Sarkozy a troqué ses habits de candidat pour le costume plus solennel de chef de l'Etat rassembleur de la nation. 

 

Evidemment, il ne s'agit pas d'un état de grâce, ni d'une manipulation; mais d'un instant où Sarko Ier a vu un drame lui permettre de reprendre la main.