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Camarades, rebelles et bobos : la tambouille de Méluche

Frétillement dans les sondages et euphorie à la Bastille : la « mélenchonisation » est, paraît-il, en marche. Mais qui sont ces militants survitaminés qui ne jurent que par Mélenchon ?

 

Le fabuleux destin de Jean-Luc Mélenchon n’a pas fini de faire couler de l’encre. Accusé de vouloir se la jouer solo, quand il a claqué la porte du PS en 2009, raillé, boudé des médias, le trublion est aujourd’hui à la tête d’un « mouvement » avec qui l’on est prié de bien vouloir compter. 

 

Les quelques et irréductibles journalistes qui se battaient en duel pour le suivre à l’époque sont les premiers surpris. La horde des caméras qui le suit désormais se fraye difficilement un chemin dans la foule qui s’est amoncelé Place de la Bastille le 18 mars. « 120 000 manifestants », annonce-t-on, alors que de son propre aveu le Front de gauche n’en espérait que 30 000.

 

Mais qui sont-ils ces « Mélenchanteurs » qui entonnent tour à tour L’Internationale et « On lâche rien » d’HK et les saltimbanks, qui crient « Résistance » contre les banques, contre les riches, contre Sarko ?

 

Camarade, es-tu là ?

 

Nostalgiques d’un Grand Soir qui ne s’est jamais pointé, syndicalistes retraités, irréductibles d’un PCF décimé : les « vieux de la vieille » étaient bien là le 18 mars. Il y a quelques mois, nombreux sont pourtant ceux qui faisaient grise mine à l’idée de se faire représenter, pour la première fois depuis 1974, par un étranger. Un double de Georges Marchais qui n’est pas du goût de tous les « coco ».

 

Alors, quand Mélenchon, grisé par le succès de la Fête de l’Huma, rembarre en septembre dernier un militant « indiscipliné » sous l’œil de Canal Plus, on retient son souffle. Quand Pierre Laurent, allié et chef du PCF, met ensuite le holà aux attaques de « pédalo » proféré par le candidat du Front de gauche à l’encontre de François Hollande, on voit bien que ce n’est pas gagné. Que le mariage de raison bat de l’aile.

 

Mais à force de patience, « maintenant, le Parti communiste est complètement acquis », assure un membre du Parti de gauche. Jean-Luc Mélenchon « les a fait respecter ». Notamment en défendant dans les médias leur rôle dans la Résistance. Surtout, il a su les cajoler, leur parler. En renonçant par exemple à l’interdiction du nucléaire si ce n’était avant la tenue d’un référendum. En célébrant le poing levé à la Bastille - après la France et la République - la « Sociale ». 

 

Et on leur coupera la tête, 

à coup de Facebook !

 

Biberonnés à la lutte contre le CPE, dopés aux réseaux sociaux, les jeunes militants pro-Mélenchon sont surtout des primo-engagés attirés par la « révolution citoyenne » ou des déçus du NPA d’Olivier Besancenot. Des enfants des années Chirac qui ont voté pour la première fois pour le NON au TCE et rêvent de se réveiller un jour dans une France gouvernée par la gauche, la « vraie ».

 

 

« Mélenchanteurs », comme certains se surnomment, colleurs d’affiche à toute épreuve, ils se disent prêts à « décapiter les social-traîtres » le moment venu. En attendant, ils sont aguerris à l’art de « conscientiser » leur prochain en inondant Facebook de leurs diatribes contre la précarité, l’Europe libérale, mais surtout contre « Sarko ». Au point de partager et de « liker » un édito de Christophe Barbier, si tant est qu’il dise du bien de leur chef.

 

Bien sûr Mélenchon n’a pas le monopole de la jeunesse. Si l’on en croit – crime de lèse-majesté - les sondages, ce serait son ennemi jurée Marine Le Pen, qui obtiendrait la palme dans les intentions de vote des 18-30 ans. Que François Hollande – sur son scooter – se rassure. Si les jeunes supporters de Mélenchon vomissent l’idée d’un « vote utile » pour le premier tour, ils se reporteront majoritairement, au second, sur le candidat « à même de faire gagner la gauche. »

 

Bienvenue à Boboland

 

Ah ! La Place de la Bastille ! La commémoration de la Commune, tous ça ! Historiquement, certes, le lieu représente bel et bien un idéal révolutionnaire. Mais dans le faubourg Saint-Antoine, Comptoir des Cotonniers et autre The Kooples ont éradiqué les magasins de meubles d’autrefois. Curieuse coïncidence alors que tee-shirt « Yes We Can » sur le dos, casquette « Gavroche » vissée sur le crâne et poussette à la main, le bobo fait partie du cortège.

 

Avant que Mélenchon ne prononce son discours, résonne à la tribune une drôle de question : « Peut-on être riche et de gauche ? » La réponse, du tac o tac, ne se fait guère attendre : « Oui, camarades ! » Ah, oui ? « Oui, à condition d’être désolé ! » De là à dire que la « gauche couscous » se donne bonne conscience en votant Méluche, il n’y a qu’un pas. 

 

Dans le lot, on trouve les grands déçus des primaires socialistes. Ceux qui se sont laissé séduire par la « démondialisation » du troisième homme, Arnaud Montebourg. Ceux-là auraient sans doute pu soutenir Aubry la dure mais se garderont bien de voter Hollande le mou. Du moins, au premier tour.

 

En définitive, on peut le regretter, peu d’ouvriers à l’horizon. Représentants des Pétroplus et autres Fralib en lutte étaient, certes, de la partie. Sans que leur vote ne soit vraiment une certitude.

 

 

 

 

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