Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

Bakchich accusé d'instrumentaliser la CTC

 

Gêné par nos interrogations sur la destination finale de 100 millions d'euros d'argent public, Paul Giaccobbi et Paul-Marie Bartoli, les dirigeants de l'exécutif et de l'office des transports insulaires essaient laborieusement de botter en touche. Récit d'un dialogue de sourds.

 

«Vous faites du journalisme d'investigation, mais n'essayez pas d’instrumentaliser la Collectivité Territoriale de Corse (CTC) pour mener à bien vos enquêtes!»

 

La phrase, tel un blâme, nous est adressée en pleine conférence de presse par Paul Marie Bartoli, le président de l'Office des Transports de la Corse (OTC).

 

Parbleu! Bakchich est accusé de chercher d'instrumentaliser une institution!  Ce n'est pas rien... mais de quoi s'agit-il? 

 

Ajaccio, mercredi 21 mars, à la veille de la présentation à l'assemblée de Corse de son rapport concernant les nouvelles orientations des transports maritimes , le président du conseil exécutif de l'île, Monsieur le député Paul Giacobbi, a décidé de convoquer une conférence de presse. 

 

Épaulé par Paul Marie Bartoli, dont la mission est de gérer la précieuse enveloppe de continuité territoriale, le président de l'exécutif veut anticiper et préciser aux journalistes le contenu de son rapport.

 

Un rapport que les fidèles lecteurs de Bakchich pouvaient télécharger librement depuis une bonne semaine…

 

Monsieur Giacobbi explique donc qu'il se prépare à faire voter une nouvelle délégation de service public maritime, que son périmètre sera bien réduit et qu'il va stopper net une grosse partie des subventions versées  aux compagnies. 

 

Désormais seul le service de base entre la Corse et le port de Marseille, un service minimum, sera subventionné. Plus un centime pour le trafic complémentaire assuré par la SNCM, qui perd quelques 35 millions d'euros au passage. Finie aussi la manne financière versée sous forme d'aide aux passagers transportés. «Une véritable subvention déguisée!» s'exclame aujourd'hui le président du conseil exécutif de la Corse…

 

Une subvention déguisée dont 100 millions d'euros ont néanmoins atterri tout droit dans les caisses de la mystérieuse Corsica Ferries. 

 

 

 

Paul Marie Bartoli, président de l'Office des Transports de la Corse et Paul Giaccobi, chef de la collectivité territoriale corse, lors de leur conférence de presse du 21 mars © Enrico Porsia

 

L'étrange concurrent de la SNCM

 

Une compagnie maritime originale battant pavillon italien international, autant dire un pavillon de complaisance,  et  contrôlée par un holding barricadé derrière la discrétion impenetrable des Alpes suisses. 

 

Nous vous l'avouons, cette étrange compagnie maritime composée par une multitude de sociétés et qui voyage avec un taux de remplissage de 33 %, autant dire qui navigue en perte, et pas depuis hier, depuis 40 ans, eh bien oui, à Bakchich ce mystère de la Méditerranée… nous intrigue. 

 

Il  nous intrigue d'autant plus, que les nouvelles orientations souhaitées par le président Giacobbi  réduisent sensiblement le périmètre du service public assuré historiquement par la SNCM et la CMM, et offrent mécaniquement 550.000  passagers supplémentaires à la concurrence.

 

Une concurrence monopolisée par une seule compagnie:  Corsica Ferries.

 

 

Une fois écouté avec attention l'exposé du président Giacobbi nous nous sommes donc permis de poser des questions concernant cette mystérieuse compagnie maritime qui a été, et est encore, subventionnée par la collectivité territoriale à hauteur de 14 millions d'euros par an.

«Un système scandaleux» dénonce aujourd'hui Giacobbi. Un système stigmatisé  dans le rapport parlementaire du sénateur Revet . 

 

Un système dénoncé aussi dans le rapport de la Chambre Régionale des Comptes.   «Une subvention forfaitaire qui ne correspond à rien» martèle aujourd'hui le président de l'exécutif.

Un système qui a pourtant profité pendant 10 ans à la Corsica Ferries: un simple nom commercial, une galaxie de sociétés, coiffées par un holding Suisse qui ne communique pas sur ses activités.  

 

Mais quel est donc son modèle économique?  Les bateaux jaunes naviguent avec un taux de remplissage ridicule  entre la Corse et le Continent. Dans quel but? 

 

Et encore, quels intérêts avait la banque du Gothard qui était le plus gros actionnaire de l'ancien holding matrice du groupe Corsica ferries, autrefois basé au Luxembourg?  

 

Et … Qui possède «Lozali SA ,l'actuel holding de tête basé en Suisse ?» s'interrogeait aussi le 3 mai 2011, Paul Molga, dans les colonnes des Echos.

 

Notre confrère citait un proche de Pascal Lota , le fondateur du groupe, qui expliquait :  «C'est le holding familial contrôlé par les quatre enfants du patriarche, tous domiciliés à Genève ». Voilà pour la façade, soulignait le journaliste de la presse économique. Et… derrière la façade? Le mystère demeure (1). Nous sommes curieux. 

 

 

 

Les mystères des comptes 

de la Corsica Ferries

 

 

Nous voulons savoir quelles garanties prend une Collectivité Territoriale lorsqu’elle verse d'aussi abondantes subventions. Nous voulons savoir si elle a des obligations… et si elle les respecte.

 

«- Monsieur le président Giacobbi, dans l'édition de Corse matin du 10 septembre 2010 vous avez affirmé qu’il y avait une distorsion de concurrence. Vous faisiez référence à Corsica Ferries, qui navigue sous pavillon italien international , un pavillon de complaisance, qui vraisemblablement navigue en perte et qui pratique le dumping. Même le président de l'OTC, ici présent, avait affirmé dans un débat, il y a un an et demi, que leurs comptes étaient en rouge. Or, au-delà de la suppression des subventions qui ne correspondent à rien mais que la Collectivité Corse verse depuis 10 ans, que comptez-vous faire pour réguler le trafic?

 

© Enrico Porsia

 

 

- Il y a un État, en France, qui est chargé de ça, je peux constater en tant que citoyen et en tant que député,  qu'il y a  quelque chose qui ne va pas. Mais en tant que président de la Collectivité Territoriale je n'ai pas les compétences pour m'en charger. Je n'ai ni le devoir, ni le droit de réguler les pratiques des sociétés commerciales. Je vous précise néanmoins qu'il est en cours, à ma demande, une enquête de l'inspection générale des finances car Corsica Ferries ne payait pas la taxe de transport à la collectivité  et que comme par hasard la simple annonce de l'enquête a provoqué des régulations spontanées à hauteur de trois millions d'euros.

 

- Corsica Ferries est un simple nom commercial qui comprend une multitude de sociétés, n'êtes-vous pas dans l'obligation de demander les comptes certifiés du holding de tête du groupe afin de verser les subventions en toute transparence? 

 

Écoutez, nous demandons les comptes à la société qui signe la convention avec l'office des transports de la Corse…» Voilà la réponse qu'esquisse le président Giacobbi.

 

Le raté de l'appel d'offres de 2006

 

«- Et quelle est la société dans la galaxie Corsica Ferries à qui vous versez l'argent public?

 

- C'est Corsica Ferries répond d'une façon bien abstraite, Paul Marie Bartoli, le président de l'OTC.

 

Il n'existe aucune société au monde qui s'appelle Corsica Ferries, à quelle société versez-vous donc l'argent des subventions publiques? insistons nous.

 

- A Corsica Ferries France ?»

 

La réponse est bien silencieuse…Nous poursuivons.

 

« - Corsica Ferries France est une société qui ne possède que deux petits bateaux, et qui est contrôlée par un holding intermédiaire, à son tour contrôlé par Lozali SA, le holding de tête  domicilié en Suisse...

 

- Je vous le répète nous traitons avec la société qui signe la convention avec l'OTC. Nos compétences s'arrêtent là!» souligne encore le président de l'OTC .

 

Nous souhaitons donc avoir quelques éclaircissements supplémentaires  sur les compétences de la Collectivité Territoriale…

 

 

« - En 2006, Corsica Ferries s'est présenté comme candidate à l'appel d’offres de délégation de service public sur Marseille. La Collectivité Territoriale avait l'obligation de demander les comptes consolidés du groupe auquel elle appartient…»

 

 

 

La clause du règlement de l'appel d'offres de 2006 que n'a pas respecté la Corsica Ferries.

 

 

Nous n'avons pas le temps de finir notre phrase. 

 

«- Vous avez des idées  bien confuses du droit commercial …, nous reprend avec hauteur le président Giacobbi «C’est quand même un peu plus compliqué et précis que cela. Pardonnez-moi de vous le dire, mais vous parlez de choses que visiblement vous ne maîtrisez pas.

 

- Sommes-nous donc des ignorants? La question coule de source. 

 

- Ignorants…Je vous parle de choses bien compliquées...  Il n'y a pas de définition statuaire d'un groupe, c'est très compliqué. Un groupe ça n'existe pas en droit, c'est une chose tellement compliquée, qui me dépasse... même à moi.

 

Monsieur le président, Vous n'avez donc pas les moyens de vérifier exactement les comptes des sociétés auxquelles  vous versez de l'argent public? Et pourtant dans le règlement d’appel d’offres, rédigé par l’Office des transports de la Corse, Il y est clairement écrit, que: «les bilans  les comptes de résultat et les rapports des commissaires aux comptes de l’entreprise sur les trois derniers exercices sociaux, ainsi que les comptes consolidés si l’entreprise appartient à un groupe ou si elle est elle-même chef de file d’un groupe» devront être joints à sa candidature. Nous savons que cette clause, quand Corsica Ferries a été candidate n'a pas été respectée par vos prédécesseurs…. 

 

«Je n'arrive pas à comprendre comment fonctionne un groupe»

Paul Giaccobi

 

- Nous avons bien évidement le droit de connaître les comptes d'une société  à laquelle on verse de l'argent, mais même si il y a des dispositions contractuelles que voulez-vous que je vous dise, qu'il faut savoir ce qu'on entend par un groupe, c'est une question extrêmement compliquée pour savoir ce que c'est un groupe... moi personnellement je n’y arrive pas. Je n'arrive pas à comprendre comment fonctionne un groupe, je ne suis pas assez savant.»

 

Dommage, car Monsieur Giacobbi, outre à être en charge de la Collectivité Territoriale, se vantait autrefois sur les colonnes du Monde de consacrer « quatre heures par jour à son érudition » et,  qu'en matière d'économie  sa compétence était supérieure à celle de« 99 % des députés ».

 

Inlassables, nous tentons encore de préciser notre question, et de savoir si l'actuelle majorité territoriale se conformera à ses propres règlements….Peine perdue!

 

Pendant que Monsieur François Dominique de Peretti, le directeur de cabinet du président de l'exécutif, faisait signe qu'il fallait arrêter la conférence, le président de l'OTC, Paul Mairie Bartoli intervint promptement.

«Monsieur Porsia, vous faites du journalisme d'investigation, mais n'essayez pas d’instrumentaliser la Collectivité Territoriale de Corse pour mener à bien vos enquêtes!»

 

Fermez le ban. Surréaliste, vous avez dit surréaliste?

 

(1) Sollicité, Monsieur Pierre Mattei, directeur général de Corsica Ferries France sas, et administrateur de Lozali SA, n'a pas souhaité répondre à nos questions. 

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !