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La dette publique à quitte et double
Selon la méthode de calcul, la dette française n'atteint pas 86,1% du PIB: elle grimpe sur des cîmes proches de 146%. Tout est question de présentation...
Ouf, enfin…34 pages, 32 propositions placées sous le signe de l’exigence budgétaire ; le programme électoral de Nicolas Sarkozy, que son ex-dulcinée Frau Merkel a finalement renoncé à co-signer, ne va plus tarder à tomber dans nos boites aux lettres.
Le thème central de la réduction drastique du déficit public (3% en 2013, 0% en 2016 et un excédent de 0,5% en 2017) serait annonciateur d’une dangereuse cure d’austérité sans précédent s’il ne s’agissait d’une nouvelle annonce de Nico le Farceur, champion toute catégorie de la dégradation des finances publiques, qu’on ne peut raisonnablement plus prendre au sérieux lorsqu’il avance un chiffre de cette nature.
Des finances bleu blanc rouge sang
D’ailleurs, les observateurs étrangers les moins critiques à son égard n’ont pas manqué de relever l’embrouille qui consiste à affirmer que la dette publique du pays se situe aujourd’hui aux alentours de 86,1% du PIB.
Mark Grant (« France’s true debt/GDP at 146% » dans www.zeohedge.com) un teigneux qui vient de se lancer dans un tour d’horizon de ce qu’il considère comme le niveau réel des dettes publiques européennes et dont les conclusions ont été amplement reprises, ne craint pas d’affirmer que le ratio fatidique se situe, pour les finances bleu blanc rouge, au niveau flippant de 146% du PIB.
L’explication du grand écart avec le chiffre unanimement admis par la classe politique (l’exquise discrétion de la Gauche sur le sujet, et la timidité de ses critiques envers le quinquennat financier Sarkozyste qui s’achève, en disent long sur son malaise intellectuel et la crainte que soit posée publiquement la question de l’état réel des finances des collectivités locales) tient à ce qu’on qualifie habituellement en micro-économie, « d’engagements hors bilan ».
En d’autres termes, des garanties diverses et multiples de nature domestique ou européenne, données par l’Etat et susceptibles d’être appelées en cas de besoin, qui constituent donc une dette virtuelle.
Un grand écart
à 479 milliards de dollars
Même si l’Europe n’est pas à l’ordre du jour de nos débats électoraux franchouillards, elle n’en demeure pas moins très présente au niveau du tiroir-caisse :
0n oublie par exemple un peu vite (l’ami Grant a fait ses comptes en dollars US, mais puisqu’ils sont exacts, on le lui pardonne…)
que les engagements de la France envers la Banque Centrale Européenne qui a récemment ouvert à fond les vannes des prêts à 3 ans au secteur bancaire et a donc gonflé son bilan en conséquence, sont aujourd’hui de 569 milliards de dollars !
que ce sont les états de la zone Euro qui garantissent le Fonds de Stabilité Financière Européenne, initialement doté de 440 milliards d’euros et dont les capacités d’intervention ont été portées à 1000 milliards d’euros ; avec le mécanisme européen de stabilité financière, dispositif de financement d’urgence des états européens en difficulté économique, qui, même s’il fonctionne sous la supervision de la Commission Européenne, est en réalité à la charge potentielle des états européens, l’usine à gaz européenne de la stabilité est garantie aujourd’hui à hauteur de 313 milliards de dollars par les finances tricolores.
Sans parler de la contribution française au budget de l’Union (23,2 milliards de dollars) ou de la part de la France dans la garantie des prêts accordés par la Banque Européenne d’Investissements (137, 6 milliards de dollars).

Au chapitre domestique, Nicolas Sarkozy qui n’avait pas craint en octobre 2008 d’agiter dans tous les sens ses petits bras musclés en faveur du secteur bancaire, a sans doute déjà oublié le plan d’aide que lui avait été généreusement octroyé le gouvernement : une garantie de l’état des prêts interbancaires à hauteur de 320 milliards d’euros pour une durée de 5 ans, complété d’un fonds destiné spécifiquement aux éventuelles recapitalisations bancaires, à concurrence de 40 milliards d’euros, le tout estimé aujourd’hui par l’ami Grant à 479 milliards de dollars…
Et puis c’est vrai que le nom de DEXIA est devenu un gros mot en période électorale ; normal, les garanties offertes par l’électeur en faveur de la banque déchue se montent aujourd’hui 55,48 milliards de dollars, la faillite mémorable du Crédit Lyonnais ne lui en avait coûté que le tiers…
Bref, la conclusion s’impose d’elle-même, si l’on ajoute à la dette souveraine au sens de Maastricht communément admise (2 261 milliards de dollars), les garanties domestiques (749,38 milliards de dollars) et européennes (1 043 milliards de dollars) on pousse la « dette nationale virtuelle » à 4 053 milliards de dollars, soit 146% du PIB ! Certes, le pire n’est jamais certain…
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