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C’est pas moi c’est la crise !
Anonné depuis le début de la campagne pour faire avaler l'indigent bilan du candidat président, le refrain du camp sarkozyste n'explique pas du tout l'état de l'économie française. Revues de chiffres.
Il ne faudra pas nier à Sarko 1er – et peut être unique si l’on en croit les derniers sondages – deux qualités évidentes : une exceptionnelle aptitude au mensonge, doublée d’un culot hors norme.
Il faut en effet un talent exceptionnel, pour oser affirmer que son adversaire se dérobe et refuse toute confrontation, et dans le même temps pour décourager, y compris chez ses supporters, toute velléité d’examen critique - fut-il constructif – de son propre bilan.
Car le « c’est pas moi, c’est la crise » qu’il nous sert à toutes les sauces, tantôt pimentées de considérations sur l’héritage de la « chré-tie-nne-té » comme il l’a balbutié l’autre jour dans un medley culturel du meilleur effet combinant joyeusement Civilisation, Nation, frontière, ouverture et laïcité, tantôt en amuse-gueule de ses nouvelles sornettes pseudo-économiques, commence vraiment à lasser.
A l’en croire, ses desseins pour le pays ont été contrariés par la crise financière la plus grave que l’humanité ait connue depuis… les pestes buboniques du Moyen Age, si jamais la campagne électorale devait s’éterniser. Observons d’ailleurs qu’à aucun moment il ne daigne nous expliquer en quoi consiste cette nième plaie d’Egypte qui s’est abattue sur l’hexagone en septembre 2008, mais bon…
Car ce tissus d’âneries ne résiste pas à l’examen, même sommaire, des faits.
La crise ne franchit pas le Rhin
A l’en croire, la crise financière venue de l’Ouest, aurait tout dévasté sur son passage. Bizarrement, comme le nuage radioactif de Tchernobyl il y a quelques années mais dans l’autre sens, elle semble s’être arrêtée au pont de Kehl. Puisque le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Angela Merkel qu’il gratifiait d’une bise admirative et gourmande à chacune de leurs rencontres, a tiré de la crise en question, un bien meilleur parti que lui. Ou que ladite crise est sans rapport avec le tableau dantesque qu’il en dresse.
Les exemples abondent ; on ne retiendra donc que ceux qui illustrent le plus facilement, l’imposture sarkozyste.
Il s’emploie en effet à nous faire oublier qu’en 1970 – pas vraiment l’âge des ténèbres – la balance commerciale de ce pays était excédentaire de 0,62% de notre PIB, alors qu’elle était déficitaire de 1,47% outre-Rhin ! Idem en 1980 où nous étions à –1,58% alors qu’ils se traînaient à –4,86% ! Que nous faisions quasiment jeu égal en 1990 : -0,89% ici, -0,06% là-bas ; qu’en 2000 même, rien n’était encore joué puisque la nôtre était à +1% (merci Mr. Jospin) quand la leur n’était qu’à + 0,31%…

C’est donc bien plus tard que les choses se sont gâtées ; de 2006 à 2010 plus précisément où nous avons cumulé un déficit de notre balance commerciale de 276,4 milliards d’euros pendant que les sales gamins d’Angela, exposés à la même crise et exportant dans la même monnaie cela va sans dire, accumulaient eux, un excédent de 819 milliards d’euros !
C’est donc un trou d’environ 1 000 milliards d’euros qu’aurait prétendument creusé la crise dans la coque du vaisseau Sarkozy par rapport à celle sur-blindée du Merkel ayant succédé au vieux Bismarck hors d’usage…La pitrerie de l’Euro sur-évalué et de la crise ne pouvant expliquer l’abyme séparant aujourd’hui les deux puissances exportatrices, il a donc fallu trouver
autre chose…
L'épouvantail du coût du travail
«C’est le coût du travail qui est trop élevé !», aboie maintenant Sarko. Un refrain repris à l’envi par ses seconds couteaux, dont l’impayable Xavier Bertrand qui annonce toute honte bue depuis 11 mois ininterrompus à la veille de la publication de l’indice, « que les chiffres du chômage ne seront pas bons »…
Le coût du travail ! un verdict sans appel confirmé il y a peu par Eurostat.
En 2011, le coût horaire de la main d’œuvre était de 34,2 euros à Paris alors qu’il n’était que de 30,1 euros à Berlin. 4 euros de l’heure qui expliqueraient 1000 milliards d’écart à l’export en 5 ans… ? Une chute de l’indice de 195% en 50 ans à Paris et une hausse de 471% en 40 ans à Berlin ! La belle affaire : en Lettonie, champion d'Europe du travail pour des nèfles, le coût horaire du travail se montait à 5,9 euros selon la même source. Ça n’a pas protégé ce charmant pays d’un déficit commercial de 0,83% de son PIB en 2010 !
Et l'on peut bien sûr multiplier les exemples : en 2006, 9,2% de la population active était au chômage en France contre 10,3% chez Merkel ; Wunderbar ! En 2010 en revanche, 9,8% de mauvais français s’obstinaient à rester membre de l’association Polemploi contre 5,9% de nos cousins germains. La Krise ?
Le couple franco-allemand uni
dans les déficits
En 2006 toujours, les déficits publics des 2 pays étaient dans la même galaxie : 2,3% ici et 1,6% là-bas contre respectivement 7,1% et 4,3% en 2010 : cherchez l’erreur.
Quant à la dette publique qui nous a valu, combinée avec le reste, la privation de notre Triple A, on oublie encore qu’elle est du même ordre de grandeur sur les 2 berges du Rhin ; elle est passée de 63,7% du PIB à 81,7% de 2006 à 2010 sur sa rive Ouest et de 67,6% à 83,2% de l’autre côté. Sauf que les uns ne peuvent la supporter alors que les autres s’en accommodent fort bien et conservent leurs 3 étoiles au Michelin économique : Normal, l’Allemagne se situe en effet au 3ème rang mondial pour sa balance des paiements, la notre nous valant une peu enviable 180ème place…
Mais alors ? de quelle nature ? de quelle ampleur nationale véritable « la crise » ?
Difficile à dire. En tout état de cause, sans commune mesure avec les affirmations ineptes du camp Sarkozyste. Lecteur assidu des statistiques d’Eurostat lorsqu’il s’agit du coût du –vrai ( ?) – travail, sa curiosité est insuffisante pour consulter celles de l’évolution du taux d’investissement et de la part du profit dans la valeur ajoutée. Dommage, ça leur aurait évité le ridicule qui ne tue plus, sauf peut être, en politique.
Le taux d’investissement observé trimestre par trimestre au sein de la zone Euro malgré les restrictions de crédit opérées par des banques empêtrées dans des acrobaties spéculatives sans fin, est en effet passé de 22,8% en 2007 à 20,8% en 2011.
Dans le même temps, la part du profit dans la valeur ajoutée produite « sombrait corps et âmes » de 40,5% en 2007 à 38,5% en 2011 provoquant comme l’on sait une crise d’épilepsie des marchés financiers.
Bref, des baisses, conséquences affirmées « d’une crise sans précédent », de 8,77% de l’investissement productif et de 4,93 % de la part du profit dans la valeur ajoutée en 5 ans, qui expliquent mal à elles seules, une volonté populaire affichée à 55% de tourner la page du sarkozysme…
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