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Kerviel à l'assaut de la Société Générale

 

Faux et usage de faux, escroquerie au jugement avant une éventuelle plainte pour espionnage. Un mois avant son procès en appel, l'ex trader a déclenché  une guérilla médiatico-judiciaire.

 

 

Condamné en première instance à 5 ans de prison, dont 3 fermes, et à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts à verser à son ancien employeur la Société Générale, Jérôme Kerviel prépare son procès en appel. En combattant.

 

Sa ligne de défense n'a pas bougé. Si Jérôme Kerviel admet avoir fauté, la banque rouge et noire n'a pas pu ignorer ni les opérations fictives qu'il a effectuées, ni ses agissements qui auraient provoqué des pertes de près de 5 milliards d'euros pour l'établissement sur les marchés financiers. Mais sa tactique a changé, en même temps que son avocat.

 

Le madré Me Olivier Metzner, ténor du barreau parisien, s'est retiré de la partie pour «divergence de stratégie». Le nouveau plan de bataille ne lui a pas convenu: l'attaque à tout va. Contre l'instruction du juge Van Ruymbeke, le déroulement du procès de 2010 et surtout la Société Générale, partie civile, sortie blanchie de l'affaire. 

 

Le vénérable établissement du boulevard Haussman s'est glissé avec délice dans le costume de la victime d'un escroc caché depuis des années dans ses rangs, promu au fil du temps avant de devenir le vilain petit canard de la boîte.  La banque pensait avoir définitivement remporté le combat judiciaire et médiatique.

 

 

Stratégie de la terre brûlée

 

 

Las, à quelques semaines de son procès en appel, qui doit se tenir du 4 au 28 juin, le cave s'est rebiffé. 

 

Avec l'appui de David Koubbi. Déjà présent dans l'équipe de première instance, l'avocat dirige désormais la défense de Kerviel, avec lequel il a tissé des liens étroits depuis 2008 et l'explosion du scandale. Les deux hommes se tutoient, parlent en confiance et ont dessiné de concert un ambitieux plan pour faire basculer justice et opinion. En acculant la banque. Une stratégie de la terre brûlée, lancée sitôt que l'actualité leur a offert une fenêtre de tir. 

 

Première salve de la guérilla médiatico-judiciaire, le vendredi 20 avril au soir. Les médias sont sevrés par le CSA d'intervention politique. A deux jours du 1er tour du scrutin présidentiel, Kerviel remplit le creux avec une bombe. Sur Europe 1, Koubbi annonce le dépôt d'une plainte contre la Société générale pour escroquerie au jugement. A la radio, l'avocat plaide que la banque a menti sur le montant des pertes qu'elle aurait subi par la faute de Kerviel.

 

 

 

En 2009, l'administration a accordé un crédit d'impôts d'1,7 milliards à la banque en raison de ses pertes, imputées aux agissements frauduleux de Jérôme Kerviel. Un procédé tout ce qu'il y a de plus légal, si tant est que la banque ne soit pas reconnue responsable du déficit causé par son ancien salarié. Or Jérôme Kerviel n'a été jugé qu'en 2010, un an après que la banque a bénéficié du mécanisme fiscal. Sa condamnation a été prononcée sur la base d'une perte de 4,9 milliards, sans que la banque ait signalé la ristourne. D'où l'accusation d'escroquerie au jugement. Le tribunal se serait prononcé en s'appuyant sur de fausses informations et en réclamant une somme indue.

 

Déduction fiscale et écoutes sauvages

 

Lancé, Me Koubbi en a profité pour appeler à l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'attribution de cette aide fiscale, versée un an avant la condamnation de son client. 

 

«L'Etat n'aurait pas du accorder cette déduction fiscale», a même affirmé Michel Tudel au Télégramme de Brest. 

 

Commissaire aux comptes, expert auprès de la cour d'appel de Toulouse, ce membre du haut comité des commissaires aux comptes avait été à l'époque consulté par Bercy. Et il avait alors donné un avis négatif à l'octroi de la déduction, en rappelant  la condamnation de la Société générale par la commission bancaire à une amende de 4 millions d'euros pour avoir failli dans ses contrôles. «Si une société ne prend pas les dispositions nécessaires pour éviter une fraude, le montant de la perte ne peut pas être déduit du bénéfice», assure Tudel. L'argumentation a largement nourri la lettre adressée aux présidents de la commission des finances de l'Assemblée et du Sénat par l'avocat de Jérôme Kerviel. 

 

Une semaine plus tard, un deuxième front s'est ouvert lors de la conférence de presse du 27 avril.  Dans les scellés du l'enquête, l'avocat et son client ont découvert des enregistrements de Jérôme Kerviel réalisés par ses supérieurs au siège de la banque les 19 et 20 janvier 2008, date de découverte de la fraude. Ces bandes présentent la particularité d'être largement tronquées, voire trafiquées à en croire les experts informatiques consultés par le duo Kerviel-Koubbi, qui a décidé de porter plainte pour faux et usage de faux contre une Société Générale placée sur le reculoir médiatique.

 

La Société générale sur le reculoir

 

A chaque sortie de Koubbi et Kerviel, la banque se voit contrainte de suivre le tempo imposée par ses adversaires. 

 

Ses avocats ont bégayé d'une semaine à l'autre le même communiqué. Ils ont annoncé une plainte en dénonciation calomnieuse, qui ne pourrait prospérer qu'après enquête sur les accusations dont elle est l'objet. Et qui pourraient encore s'enrichir, selon les informations glanées par Bakchich.

 

Les enregistrements de Jérôme Kerviel par ses supérieurs, qualifiées de «sauvages» par David Koubbi, ne semblent pas vraiment entrer dans une quelconque légalité. Et laissent à penser qu'une nouvelle plainte pour espionnage pourrait être déposé avant le procès en appel, s'il a lieu aux dates fixées. La multiplication des plaintes, qui soulignent les étrangetés du jugement de première instance, pourraient inciter la cour à demander un supplément d'information.

 

 

 

 

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