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PLATEAU (DEUXIEME SERVICE)

 

C’est vrai, on était un peu restés sur notre faim après le plateau-télé du 22 avril. Heureusement, après le plateau le second tour, on a les dents du fond qui baignent…

 

Et puis d’abord, il y a eu cette grande hypocrisie des résultats avant 20 heures. Notons que le gouvernement pouvait l’effacer en faisant fermer tous les bureaux à 20 heures, mais il n’a pas voulu. Bah, de toute façon, il y aurait eu ces sondages à la sortie des bureaux de vote, qu’on disait pas fiables, mais qui ne se sont guère trompés. Et c’était bien réconfortant de savoir par Belges interposés, à l’heure de la digestion, que Zébulon s’était pris une tannée sous l’alizé des Caraïbes, sauf à Saint Barth’, où il ira peut-être passer ses vacances sur le Paloma-Coucouroucoucou si Bolloré a fait le plein de fuel et accepte les retraités… 

 

51 JE T’AIME

 

Alors on a eu droit, en apéro pour le soir, à une série de dérobades burlesques, émaillées de quelques gaffes, dans toutes ces rédactions qui faisaient celles qui ne savent rien, alors qu’elles se targuent ordinairement d’avoir tout compris. 

 

Bon, allez, quand on a vu qu’à 18 heures la Concorde était déserte et glaciale comme un camp de nudistes par moins 20, tandis que rue de Solférino les djeûns se roulaient des galoches et partageaient leur shit, on s’est dit que pour celui que les ingénieux stagiaires des gazettes nomment si volontiers « le locataire de l’Elysée » (combien, le loyer ? avec charges ?), ça allait pas être possible. 

 

Depuis, une vidéo mise en circuit par une communicante un peu fofolle du club Hollande nous a montré que dans la salle des cadors, tout l’état-major rose chantait on a gagné en tapant sur la table, douze ans d’âge mental mais sympa tout de même, ils ont pas fait péter le mousseux parce qu’ils avaient des interviews à tenir derrière et gaffe aux remontées gazeuses, mais c’était tout comme, ça rappelait l’inoubliable « on a niqué couille-molle » de Chirac chez les Guignols, et vlan, nouveau plan foireux pour Sarko, et l’autre, le papy, s’il lui reste un neurone, il a dû faire la danse du scalp dans son jogging devant la Bernadette contrite, bisque-bisque-rage, mémé, ton nain, il l’a profond !

 

 

52 - 48, qu’ils disaient, et vlan, à l’heure pile, c’est la Joconde qui crève l’écran, bon, c’est que 51 et des copeaux, mais on prend, c’est pas tous les jours que l’horloge de l’Histoire sonne l’heure de la vidange pour le char de l’Etat.

 

LE PETIT CHAT EST MORT

 

Et de là, on n’a pas tardé à aller à la Mutualité, dite « salle de la Scoumoune » par l’Union des Militants de Poulidor, spécialistes désormais reconnus de la seconde place, qui bouclent leur saison sur un doublet retentissant. 

 

Eh bien là, franchement, le Sarko, il m’a étonné, avec son discours sans les papiers, sans le prompteur, en roue libre et en mode République-quand-tu –nous-tiens : pratiquement rien à jeter, l’humiliation pour Guaino qui peut se mettre où il veut sa fameuse plume. 

 

Cool, un rien tristounet, mais bon, on comprend bien qu’il n’allait pas entonner Y a d’la joie, quoique… 

 

Cette aisance, ça m’a fait penser à deux choses. L’une, c’est qu’à force de flairer le vent mauvais, le petit Nicolas s’était non seulement bien préparé à la gamelle, mais encore qu’il y avait peut-être une sorte de soulagement à laisser tomber le job, la bagarre et tout. 

 

Il avait de la layette dans le regard, et de la sincérité dans les clavicules : pas un seul de ces haussements d’épaules convulsifs qui émaillaient ses stand-ups, un tic d’acteur, finalement, comme quand Gabin roulait des yeux et De Funès papillonnait des mirettes, ou quand Depardiou se gratte les couilles encore de nos jours. 

 

L’autre, c’est que si le sortant avait joué de cette flûte, au lieu d’aller dans l’hyperbole, le mensonge mal équarri, les saloperies philofrontistes et la chasse aux faux travailleurs à l’heure du muguet, il aurait peut-être été plus difficile à sortir. Comme quoi, la tactique, quand on joue aux élections, ça compte.

 

BONJOUR TRISTESSE, 

CIAO PANTIN

 

Putain, la salle de la Mutu, ça donnait pas envie de rire, ces fraîches lycéennes qui avaient dessiné des cœurs pour Superdupont sur leurs tee-shirts, au lipstick gloss,  juste entre leurs seins palpitants, et leurs mamans qui avaient laissé Edouard devant la télé pour faire émancipées et la bijouterie au coffre pour faire peuple, et tous ces p’tits gars seconde année de droit qui d’un coup se disaient que dans cinq ans, pour la revanche, ils oseraient plus se déguiser en sandwiches publicitaires, un champ de larmes amères, dites-moi que c’est pas vrai, bref, le marasme même pas haineux, et c’est vrai, voir des gens malheureux, c’est jamais le pied, voyez les footeux de Quevilly, un chagrin à vous briser le cœur. 

 

Surtout quand on s’est pris des baffes dans la même catégorie : respect, donc. Fin de la séquence émotion. Parce que sur le plateau, déjà, il y a les deux rangs d’oignons, à gauche, les vainqueurs, à droite, les paumés unis dans le deuil, avec en tête de gondole un Copé qui veut laisser à personne et surtout pas à Dati le soin du premier coup de goupillon sur le cercueil, façon hyène triste, si vous voyez ce que je veux dire, en face, Valls s’en délecte, mais comme on a décidé de la jouer humaniste, républicain et tout, on se congratule comme à l’enterrement du Fernand de Brel, moi, si j’étais le Bon Dieu, je crois que je serais pas fier, d’accord, on fait ce qu’on peut, mais…y a la manière ! 

 

 

Là, Pujadas et co se disent que sur cette musique, la soirée risque d’être grise comme la joie contenue et le fair play glacial réunis dans un bol de soupe aux fayots, alors, hop, il suffit de lancer le mot « législatives » pour que la brochette UMP saute sur la braise et parle, comme personne ne s’y attendait, d’un « troisième tour » plus important que les deux premiers, où il faudra « rassembler ». 

Cause toujours, disent ceux d’en face, ceux qui rassemblent, c’est nous et amen, ce soir vous avez la preuve par 51, démêlez d’abord vos pelotes, etc. Qui l’eût cru ? Mais où vont-ils chercher tout ça ? Ouf, on retrouve les bases : une bonne soirée d’élections, c’est quand tout le monde joue sa partition, rendez-vous au point d’orgue, citoyens, vous pouvez zapper.

 

A TULLE, ÇA GAZE !

 

Travelling radical vers le plateau de Millevaches, ou ses proches environs. 

 

Là, déjà et d’avance, par un entrebaillement de porte qui a dû donner lieu à de subtiles négociations, on a pu apercevoir le père François dans son bureau, avec sa meuf, saisis dans un grand instantané de naturel fabriqué, ils regardent la télé et soudain il a besoin de noter quelque chose sur ses papiers, du genre « penser à racheter du lait », Mémère opine, bon, tout le monde a pigé, c’est le président, le vrai, le futur, pas le calendos ni celui du conseil général de Corrèze. 

 

Donc, une fois passés la révélation de 20 heures-cinq-quatre-trois-deux-un, les confettis de Solférino et l’oraison du dégagé, c’est à son tour de nous épater en disant qu’il a gagné, bon,  et qu’il ressent toute la gravité du moment, encore heureux,  et merci beaucoup, de rien,  mais comme on est en République et pas au PSG on va rester corrects jusqu’au bout. 

 

Forcément, la marge de manœuvre est restreinte, juste se demander quand il dira qu’il est le Président de tous les Français, et même aussi un peu des Belges et des Suisses qui ont mis tout monde au parfum avant l’heure du jaune. 

 

Heureusement, il y a la couleur locale : enfoncé, l’Hôtel du Vieux Morvan de Tonton, en costard jaune coucou sur la terrasse juste au dessus des gouttières,  là, on est place de la Cathédrale, et la cathédrale de Tulle, c’est pas rien, François avait son plan, il l’a restaurée et tout, avec des fleurs pour place de cathédrale. Le discours, passons, mais l’ambiance ! Kénavo les ploucs ! Surgissement d’une paire d’accordéonistes, des vrais, du pur corrézien, un croisement Ségurel-Verchuren avec une sorte de chanteuse qu’ose pas chanter, et c’est la liesse, en voiture les triolets, bon allez, je vous fais une bonté, c’était quelque chose comme ça :

 

 

 http://www.correzetelevision.fr/videos/jean-segurel-bruyere-correzienne_834.html

 

 

Allez-y, cliquez, vous ne le regretterez pas, y a une contrebasse dans les fourrés, des moutons, allez jusqu’au bout, une rustaude encoiffée qui chante posée sur un caillou au milieu d’un torrent bondissant. C’est très frais, très rural. 

 

Bref, la Corrèze éternelle vue par Scopitone. Celle d’Hollande, sa seule différence, c’est l’absence de la cornemuse, la cabrette ou la musette, je sais plus, mais finalement c’est peut-être plus présidentiel sans. 

 

Fallait trouver quelque chose de chic, après Mireille Mathieu hurlant à s’en voiler les jantes, il y a cinq ans, place de la Concorde. La vie en rose jouée dans une panse de chèvre morte, vous me direz, c’eût été rare, typique, à peine too much . Mais qu’est-ce qu’ils ont tous en Corrèze à vouloir faire président alors que l’agriculture manque de bras? 

 

DALIDA AU PANTHEON ? 

 

Là, j’ouvre une parenthèse rétrospective, si j’ose dire. Pendant la campagne, déjà, et même avant, les deux candidats soignaient leur profil , et pas seulement en faisant le régime. 

 

Sarko, dès le départ, c’est le fantasme américain, souvenez-vous de sa cavalcade de cow-boy en Camargue, de ses joggings en pull University of Neuilly, de ses ray-bans de man in black. 

 

Hollande a joué par conséquent la carte terroir comme Mitterrand avec ses ânes et Chirac avec ses culs de vaches, d’où, pour finir en beauté, le bal musette voir supra. Mais pourquoi, une fais posé ce jeu de rôles, éprouvent-ils le besoin d’exhiber des goûts de chiottes, supposés mettre à jour les ressorts intimes de leur sensibilité délicate et politique? 

A la matinale de RTL, ils ont lâché des perles : Sarkozy affirme à qui veut l’entendre que sa chanson favorite est un truc inconnu d’Aznavour sur le génocide arménien (300 000 voix), qu’il adore To be or not to be de Lubitsch (on lui a dit que le livret était de Shakespeare), et qu’il relit sans trêve Voyage au bout de la nuit, de Céline, parce qu’il trouve que cette dame écrit vachement bien (en plus, Céline et Wagner sont la face mondaine de l’antisémitisme).

 

Quant au Corrézien, il vénère Germinal (très éclairant, il n’y a plus un seul mineur en France) et Spartacus de Kubrick (ah, le slip en vraie serpillière de Kirk Douglas !), deux trucs un peu ringards, mais pleins de grisou, de peuple et d’émancipation. De gauche, quoi. 

 

Et en musique ? La honte ! Le président de la jeunesse chantonne du Joe Dassin (sa copine aussi, paraît-il : qui se ressemble rassemble) et du Dalida – comme Tonton ! 

 

Après un tel hommage aux chanteurs morts, il peut sans remords arracher le micro à Axel Bauer, place de la Bastille, le bougre. Si vous cherchez des places pour Lady Gaga ou Selah Sue, frappez à une autre porte.  Non, je plaisante, tout ça, c’est la faute aux conseillers, en fait, Hollande sait encore danser le twist, et Sarkozy s’est fait prêter Voltaire et Zadig en Pléiade par son pote Lefebvre, l’homme qui met de grosses lunettes pour savoir où sont ses yeux quand il dort. 

 

ECOLE BUISSONIERE

 

Mais le roi des conseillers, c’est certainement le nommé Buisson, Bush en américain, c’est tout dire. 

 

Maintenant que fabula acta est, comme disait Frank Sinatra, il faut rendre hommage à cet être discret, caché derrière les rideaux, dont on dit parfois qu’il était une éminence grise, mais j’aime pas l’expression, ça fait vieux slip crade, c’est pas sympa. 

 

On a dit qu’il était un exfiltré du Front National, ancien boss de Minute, planqué à la direction de la chaîne Histoire (succursale de TF1, suivez mon regard). Il a conseillé Philippe de Villiers et François Bayrou, rien que des winners, puis un certain Nicolas Premier. Selon la Cour des Comptes et Wikipédia, il aurait ainsi facturé 1,5 million € de conseils et autres prestations à l’Elysée en 2008. 

 

Il a aussi écrit, mais c’est moins connu, deux tomes d’une histoire des salopes avec ou sans gueule d’atmosphère qui ont couché avec l’Allemand puis se sont lavées le fion avec de l’eau de Vichy, c’est beau, c’est érotique, c’est français. Finalement, c’est lui qui a convaincu Sarko de se mettre aux basques du FN, ce qui n’était pas forcément difficile, mais à ce titre, on peut considérer qu’il ne lui a pas vraiment fait gagner le canard, et, d’un certain point de vue, la patrie doit lui en être reconnaissante. Depuis hier après midi, il court entre les balles, parce que certains membres de l’Union pour les Maisons de Poupées affirment – mais après coup - avoir des raisons de lui en vouloir. 

 

Buisson ? « Il est en partance pour Sigmaringen », telle fut l’unique fusée qui brilla dans la pâlichonne soirée télévisuelle du 6 mai. C’est Mélenchon, Audiard ou F.-O. Giesbert qui l’a allumée ? Sais plus trop. J’étais un peu bourré. Ça s’arrose, non ?