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Croissance rime avec confiance

L'élection de Hollande ne suffira pas à relancer l'économie. Petite revue des élements nécessaires afin de sortir de l'austérité. 

 

A l’heure où les peuples européens s’insurgent contre les cures d’austérité que leur infligent leurs dirigeants dans l’espoir d’escamoter leur propre impéritie, au moment où s’élèvent ça et là des couplets nostalgiques à la gloire de la croissance des 30 glorieuses, peut être n’est-il pas superflu de rappeler à François Hollande et à ses futurs conseillers économiques qui n’ont pas brillé par leur créativité, quelques réalités oubliées des spin doctors et autres bonimenteurs patentés qui nous ont gouverné ces dernières années.

 

La croissance ne se décrète pas ; ne s’extrait pas de quelque gisement   secret, fut-ce avec les dents…

 

Au contraire, elle résulte d’une alchimie complexe qui puise son carburant principal dans la confiance, cette notion subjective qui encourage les agents économiques à agir et à entreprendre au lieu de s’abstenir, de crainte d’être trompés et de perdre leur mise si infime soit-elle. 

 

La matière première de l’investissement et donc de l’adhésion aux valeurs marchandes, éthiques, morales, sociales en vigueur et qui constitue le véritable déterminant de la croissance, c’est d’abord la confiance sous toutes ses formes qui prévaut dans l’environnement économique et institutionnel considéré. 

 

 

Les banksters volent 

aussi la confiance

 

Lorsque triomphe la cupidité qui substitue sournoisement l’accaparement à la création, la prédation à la production, banalisant au passage la criminalité en col blanc ou la corruption rampante et son impunité de plus en plus fréquente, on tue la croissance par la même occasion. 

 

Le phénomène n’est pas nouveau. Dès 1848, il n’avait pas échappé à l’économiste libéral John Stuart Mill, l’un des derniers représentants avec Marx, de l’école Classique avec lequel il partage l’idée de la baisse tendancielle du taux de profit,  (« Principles of political economy with some of their applications to social philosophy » – page 132) que «…l’action collective n’est possible que dans la limite de la confiance qu’ont entre eux les êtres humains. Il existe des pays européens dotés de capacités industrielles de premier ordre, dans lesquels le principal obstacle au développement des affaires à grande échelle est la rareté des individus auxquels on peut accorder confiance pour recevoir ou dépenser de grandes sommes d’argent… »

 

Une fois encore, l’exemple le plus spectaculaire nous vient d’Amérique. Il n’y est pas circonscrit. Selon un sondage Gallup, la confiance du peuple américain dans ses banques a chuté de 24%, entre juin 2002 et juin 2011. Le vocable banksters y fait florès. Un moindre mal si dans le même temps, la confiance dans la Présidence US, le Congrès, la Cour Suprême et les informations télévisées n’avait pas chuté respectivement de 23, 17, 13 et 8%.

 

Le sentiment diffus qu’aucun des responsables du scandale des subprimes – à l’origine de la perte totale de confiance des banques les unes dans les autres et de l’effondrement généralisé du crédit interbancaire qui en a résulté – n’a eu jusqu’à présent à rendre en justice des comptes de ses malversations, a largement contribué à encourager les banquiers à persister dans la course à l’enrichissement dévoyé, au lieu de se consacrer au financement de l’économie réelle. On sait ce qu’il en est advenu. 

 

Darwinisme bancaire

 

Cerise sur le gâteau, le constat prétendument résigné des gouvernants occidentaux selon lequel le libéralisme ne peut s’offrir le luxe d’appliquer au secteur bancaire les lois usuelles du Darwinisme économique en abandonnant les contrevenants/défaillants à leur sort (« too big to fail ») a scellé la méfiance des américains dans leur finance et leurs institutions .

 

Le procès récent ( Rodriguez & al. v. Winski : United States District Court of Southern district of New York) intenté par 5 conseillers municipaux, des journalistes, des vétérans de la guerre d’Irak et des activistes du mouvement Occupy contre la banque JP Morgan Chase, le maire de New-York, la police municipale et son chef Ray Kelly pour diverses violations des 1er et 4ème amendements de la constitution, n’en est que la dernière illustration.

 

 

Ce sont les institutions et les sanctions qu’elles infligent en équité aux tricheurs de toutes espèces, combinées au degré d’homogénéité sociale observé, qui sont les déterminants de la confiance.

 

Nombreux sont les travaux universitaires ayant mis en évidence la corrélation entre confiance et croissance : Knack et Keefer en 1997, Temple et Johnson en 1998. De manière plus polémique, on rappellera même les conclusions de Douglas North en 1990 (page 54) selon lesquelles : « …L’incapacité des sociétés à mettre en œuvre des contrats de manière efficace et peu coûteuse, est la source principale d’une stagnation historique et du sous-développement contemporain du Tiers-Monde… ».

 

Une meilleure distribution des richesses

favorise la croissance

 

En 2001, à partir de considérations triviales sur la notion de confiance (…Dans les villes scandinaves, les bicyclettes sont encore laissées dans la rue sans antivol et sans surveillance (encore que des preuves anecdotiques semblent démontrer un certain déclin de cette pratique). Les citoyens danois ont l’habitude de laisser les enfants dehors sur le trottoir dans leurs poussettes pendant qu’ils font leurs courses – une pratique qui a valu une arrestation à une mère danoise pendant sa visite de New York où nombreux sont ceux qui n’osent même pas laisser leur chien en laisse sur le trottoir -….) Zack et Knack (Paul J. Zak et Stephen Knack – The Economic Journal vol. 111 – n° 470 avril 2001 – page 295 à 321) ont magistralement démontré statistiquement :

 

qu’une plus grande confiance accroît l’investissement et la croissance.

 

que les sociétés homogènes (intégrées) affichent une confiance plus élevée et par voie de conséquence, un taux d’investissement et de croissance supérieur à celles dans lesquelles sévissent des discriminations économiques, sociales et culturelles.

 

qu’une distribution des revenus plus égalitaire, renforce la confiance et  augmente l’investissement et la croissance.

 

qu’à l’inverse, les discriminations de toutes sortes réduisent la confiance, et donc l’investissement et la croissance jusqu’à un niveau de pauvreté en deçà duquel elle n’a plus aucun rôle.

 

 

Vrai défiance

 

Plus récemment, les travaux de Laura Bottazzi, Marco da Rin et Thomas Hellmann (« The importance of Trust for Investment : Evidence from venture capital – 06/2006) réalisé sur un échantillon de sociétés de capital-risque de plusieurs pays, démontrent là encore la corrélation entre la confiance (« je voudrais vous poser une question au sujet du degré de confiance que vous faites aux habitants de différents pays. Pour chacun d’eux, dites-moi s’ils vous inspirent : une très grande confiance, une confiance, une confiance limitée, pas de confiance du tout… » ) et la croissance résultant des investissements réalisés dans un environnement, par définition, risqué.

 

Bref, rétablir la confiance des peuples européens entre eux et, au delà, dans leurs institutions domestiques et internationales, serait peut être plus efficace pour retrouver le chemin de la croissance que les gesticulations incantatoires en direction de la BCE et de son patron. 

 

Donnant une nouvelle fois, l’impression que ce sont surtout les « banksters » qui ont tiré les marrons du feu jusqu’à présent, les danses du ventre des politiques en direction de Mario Draghi n’ont jusqu’à présent que contribué à conforter la défiance – sans doute justifiée -  des européens envers leurs banques et leurs dirigeants.

 

 Sûrement pas la meilleure garantie d’un retour rapide de la « vraie » croissance…

 

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