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Gouvernement, le combat pour l'Intérieur

 

Les prétendants socialistes à la place Beauvau souffrent chacun d'un petit handicap. Réseaux très droitiers pour Valls, mauvais souvenirs pour Rebsamen.

 

 

 

Un changement d'ère se prépare Place Beauvau. Après 10 ans de règne sarkozyste quasi ininterrompu, le ministère de l'Intérieur se prépare à accueillir un socialiste.  La lutte qui se dessine entre les prétendants au titre de 1er Flic de France se résume à un duel. Le jeune loup Manuel Valls, député maire d'Evry contre l'ancien François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon. Depuis l'élection de François Hollande, les deux camps envoient voler les arguments, sous l'oeil amusé des anciens maîtres des lieux.

 

Malgré ses petits 6% récoltés lors de la primaire socialiste, le rallié de la première heure Valls a su s'imposer dans la campagne du nouveau président. A un poste de directeur de communication du candidat assez éloigné des questions de sécurité, mais au coeur du dispositif vainqueur. Désormais très apprécié par la Première dame, l'aspirant ministre s'applique à faire oublier son côté droitier, minorer son inimité avec Martine Aubry...et se faire discret sur ses amitiés. 

Au soir de la victoire du 6 mai, Valls a rendu une courte visite à Dominique Strauss-Khan, a révélé l'Express. Simple visite de courtoisie. Son amitié avec Alain Bauer, le M. Chiffres de la délinquance sous Sarkozy, s'avère un peu plus solide. Parrain du second fils de Valls, un temps patron de son épouse, l'ancien Grand maître, désormais marginalisé au sein du Grand Orient de France, partage des vues communes sur la sécurité avec le maçon Manuel. Et Bauer a cosigné quelques essais avec Emile Perez, ancien patron du syndicat des commissaires de police et probable futur directeur général de la police nationale si Valls est nommé. 

 

 

 

Ces relations somme toute très droitières collent assez peu avec un slogan de la campagne -«le changement c'est maintenant»- appelant à une véritable alternance, y compris dans la maison police. 

 

L'argument laisse au camp Rebsamen un léger espoir de doubler le jeune socialiste. 

 

 

Au bon souvenir de Beauvau

 

 

Responsable du pôle sécurité durant la campagne, Rebs' est parvenu à faire oublier son nom a été associée à l'imprudente réunion du 22 janvier 2000 entre nationalistes corses et responsables socialistes, organisée au Grand Orient de France. «J'ai démenti cette rumeur à l'époque par l'intermédiaire de mon avocat», a-t-il fait préciser à Bakchich.

Le sénateur s'appuie sur une équipe de vieux grognards de la police, notamment l'inoxydable Joaquin Masanet, toujours très influent dans les syndicats policiers, ou Patrice Bergougnoux, ancien DGPN (1998-2002), qui se rêve en préfet de police de Paris. De vieux réseaux. L'équipe s'est connue du temps où Pierre Joxe a régné sur le ministère de l'Intérieur (1984-1986 puis 1988-1991). 

 

Le président du groupe socialiste au Sénat rêve d'un retour place Beauvau, dont il connait toutes les chausse-trappes pour en avoir été lui-même victime au tout début des années 90.

 

 

Les effluves du Tabaris

 

Alors loyal chef de cabinet de Joxe,  Rebsamen se voit nommé préfet hors cadre, sans affectation, le 14 mars 1990. Une discrète sortie des feux du pouvoir après une rocambolesque mise en cause.

 

A l'époque, quelques membres du cabinet du ministre ont pris l'habitude de se distraire au Tabaris, un accueillant cabaret de Pigalle. Las, le bar est alors dans le viseur des Renseignements généraux. 

 

L'enquête menée par Gilles Kaehlin, le futur espion de Canal +, et un ancien de la cellule des gendarmes de l'Elysée, Jean Orluc, cible le patron du Tabaris, soupçonné de tremper dans le trafic de machines à sous. 

 

Le tenancier semble très lié à la société Bally France, fabricant de bandit manchots à la transtlantique réputation. Aux Etats-Unis, la justice l'assimile à quelques familles du crime organisé.  En France plane un soupçon de favoritisme de la part de Pasqua, lors de son passage à l'Intérieur entre 1986 et 1988. 

 

Amitiés de comptoir

 

PDG de Bally France, Christophe Santa-Maria se veut un habitué du Tabaris. Au point de copiner avec les camarades du cabinet Joxe. Une amitié de comptoir que les RG écoutent de près. Et savourent, le jour où Santamaria, au téléphone avec Rebsamen, s'inquiète d'éventuels soucis judiciaires. Bien aimable le chef de cabinet rassure son compère de bringue, en arguant de sa proximité avec le ministre. 

 

 

Si l'enquête sur Bally et le Tabaris n'aboutit pas, la conversation conduit à l'éviction de Rebsamen. Trop heureux d'affaiblir un peu Joxe, en conflit avec son ami le directeur de cabinet de la présidence Gilles Ménage, le patron des RG Jacques Fournet transmet directement l'écoute à François Mitterrand.


La sanction tombe peu après. Joxe convoque Rebsamen, le nomme préfet hors cadre et l'exfiltre en douceur de son cabinet dès 1990. 

 

Une mention qui n'apparaît pas à aucun moment sur son site Internet.

 

«L'affaire que vous évoquez m'est parfaitement étrangère. J’ai quitté le cabinet de Pierre Joxe, en plein accord avec celui-ci, ayant été appelé à exercer les fonctions de délégué général du Parti socialiste, assure aujourd'hui François Rebsamen. Quant aux dates, je ferai rectifier l’erreur de mon site internet».

 

La droite n'a pas le monopole 

des coups tordus

 

Jamais médiatisé et démenti par l'intéressé, l'épisode hante pourtant les murs de la place Beauvau, et pèse lourdement sur ses ambitions.


Son entretien dans un salon privé de l'hôtel Bristol avec Bernard Squarcini, le 15 février dernier, ne joue pas non plus en sa faveur. Dévoilée par l'Express, la rencontre a surpris. Rebsamen a en effet demandé la démission du patron de la DCRI après sa mise en examen dans l'affaire des fadettes. Ce que, durant l'entretien, le maire de Dijon s'est empressé de nier...

 

 S'il a été officiellement question des règles du jeu à respecter durant la campagne -pour éviter que des évènements comme la bousculade de Sarkozy à Bayonne ne se répète-, d'autres sujets ont été abordés. Et le Squale de rappeler que la droite n'avait pas le monopole des coups tordus. Une fine allusion au passé ou à l'avenir?

 

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