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Le Stic colle encore à Pichon
Grand pourfendeur des fichiers policiers, l'ancien flic, renvoyé au tribunal pour «révélation d'information à caractère secret» devra encore patienter pour être jugé.
Il n'a pu s'en empêcher. Bouillonnant sur le ban des prévenus, de la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de Paris où ont afflué les médias, d'anciens «camarades» policiers selon son expression, il a parlé. Après le réquisitoire du procureur, de l'avocat du trésor public, après son propre conseil William Bourdon, l'ex commandant Philippe Pichon a plaidé contre le Stic, ce système de traitement des infractions constatées. Le fichier policier recense victime et auteur de délit.
63% de la population répertorié, des millions d'informations, truffés d'erreurs. Et un document qui n'a rien de secret. C'est en tout cas le sens de la Question prioritaire de constitutionnalité, déposée en ouverture de son procès notamment pour «révélation d'information à caractère secret», ouvert le 22 mai et sitôt refermé.
De l'honneur de la police
Le tribunal s'est donné jusqu'au 7 juin pour décider s'il transmet la QPC au conseil constitutionnel. Et si les sages, après la presse, la Commission nationale informatique et liberté, la désormais ministre déléguée à la Justice Delphine Batho, auteure de rapports parlementaires sur les fichiers de police auront le loisir de se pencher sur le si décrié système.
Philippe Pichon, commandant mis à la retraite d'office par le ministère de l'Intérieur à 42 ans le dénonce depuis des années. En poste à Coulommiers en 2006, le policier a pu en voir l'utilisation. Le député-maire de la ville Guy Drut en a demandé la communication, ciblant ses opposants et dissidents, comme l'ont décrit les Inrocks.
Et bien peu échappent au fichage. Dans son article Tous fichés même les potes de Sarkozy, Bakchich a démontré, copie du Stic à l'appui que même les proches de l'ex chef de l'Etat ont l'honneur d'être repertorié dans cette mémoire policière, à trou.

La parution du papier a valu au commandant Pichon l'acharnement de sa hiérarchie. Jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Juste avant son départ du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant s'est porté partie civile au nom de la place Beauvau, contre Philipe Pichon, réclamant au nom du trésor public, 4000 euros de dommages et intérêt pour atteinte à l'honneur de la police. Un honneur mal en point au terme de l'enquête qui a visé l'un des siens.
Pour identifier la source de Bakchich, les fadettes de Nicolas Beau, l'un des fondateurs de notre site désormais au journal Marianne ont été épluchées. Le secret des sources, que Nicolas Beau et l'auteur de ces lignes ont invoqué lors de leur convocation devant l'Inspection Générale de la Police Nationale n'y a rien fait.
Les traces de l'Etat sarkozyste
en salle des témoins
Le policier et sa compagne ont été soumis à une garde-à-vue de 48 heures, 4 ans d'enquête, la nomination d'un juge d'instruction et une mort professionnelle pour avoir, en fonctionnaire de la République et dans une «démarche citoyenne» selon ses propres mots, voulu alerter sur un dysfonctionnement grave des services de police. Et une atteinte aux droits de la République.
Un crime de lèse-majesté semble-t-il sous l'état sarkozien dont des traces ont été aperçues jusqu'en salle des témoins, attendante à la 17e chambre.
Les convoqués de l'audience ont eu la surprise d'y découvrir une femme, affairée à prendre des clichés. A la 10e chambre, voisine de la 17e, se tient le procès de la présumé mouvance anarcho-autonome francilienne, accusé d'avoir voulu planifier des actes de terrorisme.. La salle des témoins, avec sa glace sans tain, donne un point de vue idéal pour photographier les allées et venues de cet étage du tribunal. Voire d'éventuels soutiens à l'ultra-gauche, venus assister aux procès de leurs compères. La pièce se veut normalement interdite d'accès. Après intervention d'un greffier, la photographe a du plier bagage. Un gendarme a poliment demandé aux témoins d'éteindre la lumière, afin que le miroir demeure sans tain, et invoqué pour justifier l'étrange intrusion, «la surveillance de groupe de soutien».
«Je ne savais pas que la salle avait d'autres usages» s'est étonné la présidente du tribunal.
Le sort judiciaire de l'ex commandant Pichon, lui, n'est pas scellé. Que la QPC soit ou non transmise au Conseil constitutionnel, son procès ne se tiendra pas avant la rentrée. A moins que le nouveau gouvernement décide que le changement soit maintenant. Y compris dans la police et dans ses fichiers.
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