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AUX GLIÈRES, PAS DE BLANC-SEING POUR LES SOCIALISTES

 

Auprès des défenseurs de l'héritage du programme du Conseil national de la Résistance, François Hollande ne bénéficie d'aucun état de grâce.

 

 

Le 4 mai 2007, Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP à l’élection présidentielle, fait une visite, très rapide mais surmédiatisée, aux Glières (Haute-Savoie), où les Allemands et leurs supplétifs de la Milice française ont massacré 129 maquisards en mars 1944 : après s’être brièvement recueilli, il promet que s’il est élu, il reviendra tous les ans.

 

 

L'homme qui rit dans les cimetières s'en est allé

 

Cette promesse-là, du moins, sera tenue, et le documentariste Gilles Perret enregistre l’année d’après, dans le cimetière où reposent plusieurs dizaines de martyrs de la Résistance, des images ahurissantes, qu’il intègrera dans son portrait filmé de l’ancien résistant Walter Bessan:  comme le président de l’association des Glières essaie de lui expliquer que les dépouilles de ces combattants ont été « ramenés » par leurs camarades, dans les conditions que l’on devine, pour être enterrés « dignement », le nouveau chef de l’État français, pour qui ce dernier mot ne signifie manifestement pas grand chose, l’interrompt brusquement pour lui montrer du doigt, dans les hauteurs environnante, une « magnifique » cascade – avant de lancer à une spectatrice une plaisanterie totalement déplacée, mais qui le fait beaucoup rire.

 

Dans l’intervalle, une protestation s’est organisée, qui va perdurer : répondant à l’appel de l’association des Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui (CRHA), animé notamment par Gilles Perret (1), des « contre-pèlerins », toujours plus nombreux, vont pendant les cinq années du quinquennat de Sarkozy converger au printemps vers les Glières, à la fin de marquer, par leur présence, leur refus de laisser ce lieu de mémoire entre les mains d’un homme dont le gouvernement est « en contradiction totale » avec les valeurs de la Résistance (2).

 

Ce week-end, pour leur sixième rendez-vous : ces fidèles ont d’abord communié dans la satisfaction d’avoir, par leurs votes, chassé le 6 mai dernier un homme qui avait, selon le communiqué du CRHA, « tant tordu le bras à la République, tant divisé les citoyens, tant manipulé les symboles historiques ».

 

 

«Si nous ne leur bottons pas régulièrement les fesses, ils ne feront rien»

 

Mais surtout, ils sont tombés d’accord pour considérer que sa défaite n’avait « rien réglé » au fond, et qu’il convenait de continuer  le combat pour la réhabilitation de l’État social : « Sarkozy, explique Gilles Perret, était la caricature incarnée de ce dont nous ne voulons plus – et il est vrai qu’on respire mieux, depuis qu’il n’est plus là. Mais pour autant, nous ne sommes pas dupes : nous savons parfaitement qu’il faudra aiguillonner les socialistes, et que si nous ne leur bottons pas régulièrement les fesses, ils ne feront rien ».

 

Car en effet : le risque est grand que la victoire de François Hollande n’ait sur les mobilisations comme celle des Glières – cela s’est vu, par le passé - un effet émollient. Déjà : nombre de médias ont boudé le rassemblement de ce week-end – comme si la victoire de la gauche les avait soudainement dispensés d’en faire le compte-rendu. Surtout : certains des militants qui n’avaient manqué aucune des cinq éditions précédentes ont fait le choix, cette année, de ne pas se déplacer. 

 

Contre cette tentation du renoncement, Walter Bessan a voulu rappeler dimanche, par des mots simples où les cyniques auront bien sûr vu de l’angélisme, mais qui font pour les socialistes une claire mise en demeure, que la Résistance n’avait pas  pour unique objectif la libération du pays, mais qu’elle souhaitait l’avènement d’une société plus juste, et plus fraternelle : « Il faudra encore se battre, a-t-il conclu, pour garantir les valeurs fondamentales de la République ».

 

Et il faudra faire aux Glières, en mai 2013, un premier bilan d’étape.

 

Pour aller plus loin:

 

CRHA, Les jours heureux. Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition, La Découverte, 2010. 

 

 

 

 

 

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