Vous êtes ici

2014, Muselier jette le gant

 

La 2e ville de France se remet des élections législatives et présidentielles. Et le dauphin, lassé, a choisi de se retirer de la course à la mairie.

 

La chaleur anesthésie la ville. Peu à peu la température grimpe, simplement adoucie par la brise. Les plages font le plein, les terrasses bruissent, les armes se sont -un peu-tues dans les cités des quartiers Nord et Sud. Aucun règlement de compte depuis le second tour des élections législatives. «On est sur un faux plat… mais on n’est pas dupes. Cela va reprendre. Peut-être qu'avec le Ramadan, les beaux jours, on aura un mois de juillet calme», espère un cadre de la sécurité publique, qui se félicite des derniers coups de filet entre les tours de la Castellane ou de Campagne L’ Evêque. Beaucoup de liquides, de drogues saisies et d'interpellés. Du boulot «bien fait» mais sans illusion dans le tonneau des danaïdes des stups marseillais. Si les rafales ne raisonnent pas, les règlements de comptes politiques ont commencé. Pas encore de sang, mais des tensions.

Candidat déclaré à l'investiture socialiste pour les municipales de 2014, le président de la communauté urbaine de Marseille, l'ancien Guériniste Eugène Caselli, s'asticote gentiment avec l'ancien porte parole de Jean-Noël Guérini, néo-député et aspirant à l'hôtel de ville Patrick Mennucci. En cause, notamment, le plan local d'urbanisme de la ville et l'édification d'un hôtel de luxe sur la plage des Catalans, là où Dantès a batifolé avec Mercédès dans le comte de Monte Cristo. 

 

Au régal de Gaudin

Mennucci est vent debout contre le projet, Caselli ne l'a pas soutenu lors du vote au Conseil municipal. Une énorme claque pour «Le Gros», président du groupe socialiste à la mairie, qui n'a réussi à récolter qu'une trentaine de voix parmi les siens comme l'a fort joliment narré Marsactu… Deuxième round au conseil communautaire. Encore le PLU sur lequel Caselli s'abstient au nom de la tradition. Depuis la création de la CUM, son président s'abstient de se mêler du PLU de Marseille….Position d'autant plus facile quand le maire et le président de la CUM n'étaient qu'un seul et même être, Gaudin, le prédécesseur direct de Caselli.

 



Mennucci s'en prend au «consensus mou» de Caselli, qui rétorque en invoquant Hollande. «Je ne sais pas si c'est un consensu mou, Patrick. Hollande était accusé de gauche molle aussi et il a eu un destin exceptionnel.» Le tout pour la plus grande joie de Jean-Claude Gaudin, jamais aussi heureux que dans le jeu politique, là où ses bons mots et sa faconde trouvent leurs meilleurs terrains. «Là il ne bosse pas, il joue et se régale, décrit un élu proche du maire. Comme au Sénat, il était ravi de répondre à Fabius sur la déclaration politique générale de gouvernement». Le chef du groupe UMP a ainsi porté la voix de l'opposition sur Public Sénat, Le Figaro etc…tout en se délectant de la guerre des Roses à venir pour la mairie.

 

 

Muselier, punching ball 

sans ressort



Seul menu souci, la guerre des droites ne va pas non plus tarder. Et Gaudin a perdu son «punching ball» préféré, l'éternel dauphin Renaud Muselier.

Battu aux élections législatives, «Muso» a décidé de passer à autre chose. Sur le mode du «2014, ce sera sans moi, j'ai pris de trop de coups pour continuer, j'ai envie de respirer». Une petite déprime passagère? Après 3 ans à combattre le système Guérini, l'ancien député a été battu par l'ex porte parole du candidat Guérini, Marie Arlette Carlotti, ci devant ministre déléguée aux handicapés et à la lutte contre l'exclusion.  De quoi avoir envie de baisser les bras. Malgré les appels de Jean-François Copé et de Jean-Caude Gaudin à la réflexion, Muselier a abandonné son poste de chef du groupe UMP à la communauté urbaine, affirmé au maire «qu'il devra se débrouiller sans lui» en 2014… Une information que Renaud Muselier a confirmé à Bakchich, non sans revendiquer «son droit à la liberté».

La posture n'a pas encore convaincu tout le monde. Même à l'hôtel de ville où l'on s'attend plutôt à une mise en retrait temporaire «pour se démarquer de la gestion du maire et le critiquer à loisir» et éviter un combat d'usure avec Guy Teissier, réélu député et postulant déclaré. A voir.

«La question est surtout de savoir ce que fera Bruno Gilles.» Maire du 4e et 5e arrondissement, suppléant de Muselier avant de devenir sénateur, le tintinophile a longtemps été considéré comme le loyal porteur d'eau (et porte flingue) de Muselier. «S'il essaie d'exister, il est évident que Muselier le soutiendra, et le maire l'aime bien. Il lui a ouvert les portes du sénat, l'a accompagné avec une certaine tendresse». Et l'obsession de Gaudin en 2014 ne réside pas dans l'élection municipale, mais dans le scrutin sénatorial. «Pour être réélu, il faut que Marseille demeure à droite, afin de pouvoir compter sur les grands électeurs.» Un bien vaste projet pour la 2e ville de France.

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !