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Air France: le coup de Juniac!
Les licenciements ont déjà commencé... Après avoir affiché une perte de 809 millions d'euros en 2011, Air France cherche à imposer son plan stratégique qui va faire rentrer la compagnie dans la planète low cost: refonte des accords collectifs, suppression de 5 122 postes, réduction des coûts de 20%. Le 6 juillet le plan sera proposé à signature des élus du comité central d'entreprise. Bienvenue dans l'univers de Transform!
Roissy, 21 juin 2012, Alexandre de Juniac choisit sa plus belle plume. La tache est délicate. Le patron d'Air France s'apprête à rédiger un courrier au personnel de la compagnie. Le message n'a rien de réjouissant. «La situation économique est difficile, écrit le PDG. Déficitaire depuis plus de quatre ans l'entreprise dépense plus qu'elle ne gagne. Et ceci en dépit de bons taux de remplissage des avions et d'une recette au siège qui reste parmi les meilleures au monde…»
Parbleu! Devant un tel constat, un plan s'impose et pas n'importe quel plan…«Le plan stratégique est prêt à être déployé, précise le président…Ce plan, dont il ne faut pas méconnaître l'ampleur, définit un nouveau modèle économique… insiste encore de Juniac. Je souhaite que nous travaillons dans la transparence…»promet le PDG, la main sur le coeur.
«Le texte organisant notre nouveau modèle social va être soumis à la signature… Je prends l'engagement de ne pas recourir aux départs non volontaires….»
Un engagement soumis toutefois à une condition. Incontournable. Dans un style diplomatique digne d'un chef de guerre, Alexandre de Juniac lance un véritable ultimatum aux organisations syndicales. «Je voudrais insister sur le fait que la bonne fin des négociations et la signature des accords sont les conditions sine qua non du déploiement de notre plan stratégique et de son volet emploi.» Lucide, le patron d'Air France précise. «J'ai conscience de demander des efforts à l'ensemble des salariés.» Si la condition sine qua non, est respectée… Si la direction a carte blanche… Le président y croit dur comme fer «nous avons l'intime conviction que ce plan est bon» signé, Alexandre de Juniac.

Premiers licenciements...
Si le plan de redressement Transform 2015 «se déroule comme prévu permettant d'atteindre l'objectif de 20 % d'efficacité économique, le recours à des départs contraints sera également évité en 2 014…», assure la direction de la compagnie... Tandis que Frédéric Cuvillier, le ministre délégué aux transports et à l'économie maritime, se veut déterminé. Sans nuance il s'est déclaré opposé à «tout plan prévoyant des départs non volontaires».
Et pourtant, au-delà des déclarations d'intention, Air France, a déjà procédé aux premiers licenciements. C'était en Corse, en avril dernier quand la chambre sociale de la cour d'appel de Bastia s'est prononcée contre la réintégration dans la compagnie de 45 salariés en leur accordant simplement une indemnité pour «licenciement sans cause réelle et sérieuse».
Le conseiller territorial Michel Stefani (PCF) vient d'interpeller le Ministre: «Le 24 mai dernier, dans un communiqué, vous avez souhaité qu’une information complète de l'évolution de la situation d'Air France et de ses salariés soit donnée par l'entreprise au gouvernement. Vous avez également précisé qu’il fallait écarter tout plan prévoyant des départs non volontaires. Tenant compte de votre attention, je me permets de vous alerter sur les récentes décisions de la direction d’Air France concernant les escales corses qui se sont traduites par le licenciement de 45 agents CDI au mépris d’un accord d’entreprise signé en 2005.»

« La Corse a, malheureusement et malgré elle, été à l'avant-garde du projet Transform avec le licenciement de 45 personnes, spécifie Albert Malausse, délégué CGT Air France à l'aéroport de Bastia - Poretta, Avant, nous étions en sous-effectif puisque la compagnie devait embaucher des CDD et pour ne plus les embaucher, Air France a supprimé des rotations. Cela n'a rien à voir avec une diminution de la demande. Air France a sciemment fait baisser son activité en Corse. Son projet est donc de générer du sureffectif. But atteint: puisqu'il y a moins d'activité! »
La sous traitance,
un miracle économique
Air France, malgré une augmentation d'11 millions euros de subventions dans le cadre de la continuité territoriale corse, n'a pas simplement diminué son activité...

Des salariés français de la filiale CityJet, filiale irlandaise d’Air France manifestent devant le siège d'Air France à Roissy (© Enrico Porsia)

Elle a aussi préféré offrir à la sous-traitance l'assistance au sol des appareils ATR de la compagnie régionale Air Corsica. Une activité qui était rentable pour la compagnie nationale. Pourquoi se priver d'un bénéfice? «Pour bien comprendre ce qui se passe avec Transform il faut regarder la multiplication de sociétés qui se lancent dans la sous traitance des services aéroportuaires, nous explique un ancien cadre d'Air France . Il y a beaucoup d'argent à se faire. Ces sociétés fournissent les mêmes prestations… Seulement le statut et surtout la paye de leur personnel est inférieure. Voilà le miracle!» Un «miracle» qui peut aussi s'accompagner d' enveloppes bien garnies sous forme d'aides différentes et variées que perçoivent ces nouvelles entreprises créatrices d'emploi à bas coût.
Un «miracle» où on voit aussi apparaître des anciens cadres d'Air France dans le rôle de nouveaux managers de la sous-traitance, nous souligne encore notre interlocuteur.
Le laboratoire Corse
«C'est un scandale!, martèle Charly Levenard délégué syndical CGT à Bastia. Nous sommes le laboratoire de la lowcostisation de la compagnie. Tout comme Ryan Air, Air France se spécialise aussi dans le dumping social en créant les conditions pour favoriser la prolifération des emplois précaires via les sociétés de sous traitance. Et tout comme la compagnie irlandaise, Air France, n'hésite plus à pratiquer du chantage sur les régions». En effet, en prétextant des pertes de 25 millions d'euros, Air France a exigé de la Collectivité corse une rallonge de 11 millions d'euros par an. Un «prix d'ami», pour desservir l'Île dans le cadre de la délégation de service public. «C'est surréaliste!» s'exclame Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT.
Le syndicat majoritaire de la compagnie dénonce: «Air France prétend perdre de l'argent sur la Corse alors pourquoi refuser de rendre public ses comptes à l'office des transports de l'Île ? Pourquoi… alors qu’elle a l'obligation de le faire?» le responsable syndical accuse. «Air France nous parle de transparence, alors que les salariés vivent dans un univers bien opaque. Nous demandons avec insistance un audit des comptes de la compagnie, nous n'avons pas confiance dans les chiffres qu’affiche notre direction.» David Ricatte, secrétaire général adjoint de la CGT nous précise encore «Air France édicte ses règles du jeu et se permet de les revoir en cours de route. Ça prouve qu'ils n'ont pas confiance dans leur propre plan. On ne marchera pas dans la combine ! »
Le principal syndicat de la compagnie ne signera donc pas le plan stratégique, Transform 2015. Cette décision s'accompagnerait-elle d'une grève qui risque de démarrer en plein mois de juillet? Une lumière traverse les yeux de David Ricatte «Aux salariés d'en décider!».
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