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REDRESSEMENT (ERECTION ?)
« Les réformes de l’emploi risquent d’aller vers des rigidités nouvelles », déclare madame Parisot après la grande conférence sociale de la place d’Iéna: elle a tout compris. On ne sort de la crise que par la métaphore, et faire de la politique, c’est aussi (ou : d’abord) choisir ses métaphores !
Pendant des mois, on a tout fait, chez ses amis comme chez ses adversaires, pour accréditer l’idée que François Hollande était mou comme le Flamby et flasque comme la courgette blette. Il lui a fallu persuader une petite majorité d’électeurs qu’il était « normal », c’est-à-dire souple quand il le faut et dur quand c’est nécessaire. Vous aurez clairement perçu, dans les attaques comme dans la contre-attaque, une métaphore sexuelle d’une spectaculaire crudité. C’est comme quand on dit que Sœur Emmanuelle a passé sa vie en position de missionnaire : chapeau, madame !
GLISSADES LUBRIQUES
Commençons par éliminer les accidents de langage, si révélateurs pourtant de considérations érotiques mal enfouies : quand Rachida Dati, par exemple, parle d’un « gode de bonne conduite » et confond « inflation » et « fellation », ou quand Jérome Cahuzac, évoquant les ennuis judiciaires de DSK, lache « les lapins … pardon, les Latins avaient pour adage is fecit cui prodest ».
Le lapsus, effectivement latin d’origine et signifiant littéralement « glissade », en a fait tomber plus d’un, surtout depuis que Freud a jeté la peau de banane du soupçon érotique sous le pied innocent de l’inconscient trébuchant.
Rien à voir avec Sarkozy qui, présentant ses voeux en Alsace, s’illustra en se félicitant d’être en Allemagne. A moins qu’il n’ait vu Merkel partout, dans les deniers mois de son règne, ce qui constituerait pour tout un chacun le commencement d’un cauchemar. Non, le lapsus à connotation sexuelle provoque, in fine, la sympathie et les buzz des auditeurs, sinon, comment expliquer que Rachida Dati passe encore pour une personnalité politique auprès de sa concierge et des journalistes de Canal+?
STRATEGIE ?
Il n’est pas impossible qu’en choisissant dès le départ le terme de « redressement » pour le placer au centre de son projet politique, François Hollande, qui ne manque ni de ruse ni de bons conseillers, ait transposé le débat sur un terrain qui n’était pas forcément favorable à son adversaire.
Le président hyperactif sortant était volontiers comparé au lapin Duracell, ce qui connote une activité sexuelle frénétique mais trop rapide pour produire des résultats pleinement satisfaisants dans le déduit comme en politique.
Le contraire de Churchill qui, sachant que le succès d’une guerre dépend beaucoup de la patience des femmes, avait proclamé sur la BBC qu’il serait « long, ferme et dur », histoire de faire oublier sa misogynie militante.
La reconversion matrimoniale de Sarkozy avec une dame connue pour avoir eu maintes occasions de perfectionner son jugement en matière de compétences érotiques, et de surcroît bien plus jeune, autant de bonnes cartes pour le sortant.

Car l’électeur français aime avoir les preuves visibles de la virilité de ses chefs : il a souri aux excursions nocturnes de Valéry, avalé sans broncher la double vie de Mitterrand et l’hypothèse de ses frasques avec Dalida, bien rigolé aux paillardises prêtées à Chirac, après avoir supposé in petto que De Gaulle, en bon soldat, devait tirer des bordées hygiéniques (il est attesté qu’il le faisait à Londres, en tout cas).
Relégué au rang de porte-clé par Ségolène en 2007, pas forcément repeint à neuf par sa séparation avec la charentaise volcanique, le père François a tout osé, même un régime draconien, pour redevenir potentiellement sexy. Et il s’est lancé dans la bagarre politique avec pour certitude qu’on le traiterait de mollusque et la conviction qu’il prouverait le contraire : finalement, les insinuations d’Aubry (pas finaude, comme d’hab’) l’ont servi, tant pour la « gauche molle » (personne n’attendait Lénine) que pour le flou et le loup (personne n’attendait un mouton) !
POSITIONS ET PROPOSITIONS
Et le défi d’une longue métaphore érotique fut engagé. N’oublions pas que « faire des propositions » s’emploie, en bien ou en mal, pour désigner une entreprise de séduction.
Balayant « programme », « projets » ou « promesses » (qui, ainsi, a pu être renvoyé dans le bilan du sortant), le candidat a balancé toutes ses « propositions » d’un coup, en plaçant en première ligne la « jeunesse », qui connote toutes les vigueurs, matinales et vespérales. Deux thèmes concernaient la sexualité, la parité et l’homosexualité : ils ont été mis, eux aussi, en avant.
Et insidieusement, la campagne a permis aux lieutenants de Hollande de faire ressentir par l’opinion une sorte de dévirilisation de Sarko face à l’hypervirile Merkel : on n’a pas dit qu’il baissait son pantalon, mais on a suggéré qu’il « passait sous la table », ce qui peut sous-entendre mille complaisances.
De plus, rajeuni, pimpant et bondissant malgré ses enrouements, copiant son maître Mitterrand bien au-delà des attitudes de micro, l’ex-Flamby a pris grand soin de s’entourer de jolies personnes, notamment en faisant « chauffer la salle » par les fraîches starlettes Najat et Aurélie, alors que les caméras, dans les meetings de Sarko, se traînaient en travellings funèbres sur l’hospice du premier rang, la mère Chirac, Depardieu, Enrico Macias et autres zombies.
La première proposition de Hollande, ce fut : vous me croyez rassis, en fait, je suis sexy. Résultat, deux mois après son élection, quand il va chez les Zanglais qui pourtant nous détestent, un micro-trottoir éloquent lui donne en premier cette qualité ! Cameron en a bouffé le tapis. Car, à l’évidence, dans sa tournée des popotes internationales, François II a tout joué au charme. Quand on n’a pas de grenades dans ses poches, c’est plus sûr…
DUR, DUR
Reste maintenant l’action politique. Le thème du « changement » ne signifie pas, cette fois, changer la vie, ni même la société : il signifie que « pour changer », au lieu de descendre la pente, on va la remonter.
Proposition d’autant plus facile à faire que l’idée d’un enlisement vertical est plus qu’une impression depuis 2008. Habituellement réservé aux correctifs de l’impôt sur le revenu et aux maisons où l’on traite (ou pas) les sauvageons, « redressement » contient autant de négatif (l’idée d’une sanction) que de positif (un retour à la rectitude, au droit chemin, voire ou droit tout court, et à la station verticale, la seule digne des vrais humains).

Fini de ramper, donc, et la connotation fiscale s’adapte à merveille à l’exercice de correction des finances de l’Etat comme la connotation judiciaire implique sourdement une répression d’un Etat-voyou trop lié à des patrons-voyous (souvenons-nous d’un titre de magazine appelant ainsi l’ex-chef de l’Etat, avec une audace inédite dans nos kiosques à journaux).
Mais l’avantage véritable, c’est que l’expérience physique que l’on peut avoir de « remettre droit » ce qui a été tordu (une tôle, une tige de métal, que sais-je ?) implique un effort considérable contre la résistance (presque la rébellion) de la matière. Pour rendre à l’objet sa rigidité (cette force qui est l’apanage du « droit »), il faut dépenser une énergie considérable, soutenue, presque épuisante. En tout cas, on sait qu’il faut davantage d’efforts pour redresser que pour plier. C’est là l’essentiel. Et si l’on reprend maintenant les discours de campagne de Hollande, on se rendra compte que le mot d’ « effort », immédiatement compensé par l’idée de « justice », est omniprésent dans les parages de « redressement ».
Le « réputé mou » a placé, en face de la dureté des temps, la proposition non point d’une solution à la crise, mais seulement d’une force de résistance qui fait largement appel aux muscles physiques et mentaux…sans véritable garantie de résultats.
BANDEZ VOS MUSCLES !
La récompense en serait, de toute évidence, assez comparable à un coït satisfaisant. C’est au play-boy de l’équipe, le sémillant Montebourg, qu’a été confié un ministère au nom tellement suggestif qu’il a fait l’objet, au départ, d’une méprise éloquente, étant appelé par certains « redressement progressif » au lieu de « productif ».
Il est vrai que « progressif » traduit mieux le retour à l’érection, processus qui prend, comme le refroidissement du canon de la carabine, un certain temps, et s’opère, comme le Tour de France, par étapes.
Pas de miracle, affirme-t-on d’avance. Nous ne sommes pas à Lourdes, mais dans le monde laborieux des hommes où chacune et chacun doivent mettrent la main à la pâte. En fait, ce curieux assemblage de mots permet d’associer l’érection et la production, ce qui est une vision très chrétienne de l’acte, et réduit la tension érotique que l’expression pouvait suggérer. Mais nous pouvons aller plus loin dans le déchiffrement : là où l’agitation stérile du précédent quinquennat avait abouti à un fiasco (en italien :« flasque »), la nouvelle équipe se redresse pour redresser, et prend position pour la production. Finie la partouze, on va « semer les bonnes graines ».
Comprenne qui pourra. Du coup, la CFDT avait l’âme excitée, madame Parisot avait l’air troublée à l’extrême. Entre syndicats et ministères, l’habitude est plutôt au bras de fer. Là, on se caresse dans le sens du poil, c’est quasiment une parade nuptiale qui s’est jouée au palais d’Iéna, dans les locaux du Conseil Economique et Social où, d’habitude, la sieste est le seul ordre du jour permanent. Mais après la fin du brame, le bras d’honneur est toujours possible. Comme dans toutes les histoires d’amour, il y a un baiseur et un baisé. L’orgasme, c’est en supplément, et pas obligatoire…
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