Vous êtes ici

Le chant du cygne des agences de notation

 

A force de rabaisser les Etats, les agences de notations ont dégradé leur réputation.

 

O rage, ô désespoir, ô Moody’s ennemi ! L’Allemagne n’a-t-elle donc tant économisé que pour cette infamie ? …Et oui, Moody’s, en mal de publicité en cette période estivale, a tenté le coup : faire parler d’elle en menaçant de dégrader l’Allemagne comme sa rivale S&P l’avait réussi en dégradant les Etats-Unis l’année dernière. 

Dans les deux cas, le motif invoqué pour revoir la note est plus politique qu’économique. S&P affirmait que la santé économique des Etats-Unis était moins en jeu que l’incapacité de l’administration Obama d’arriver à obtenir un accord du Congrès sur le relèvement du plafond d’endettement autorisé. Moody’s de même souligne que le problème de la dette allemande est moins la gestion des finances publiques germaniques ou la croissance à court terme que les incertitudes sur l’avenir de l’euro qui affectent l’avenir de l’Allemagne elle-même. 

 

Les marchés larguent les agences

Coup d’éclat qui s’est révélé un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que les experts de Moody’s dans leur hâte de se faire remarquer et dans leur volonté de griller la politesse à S&P ont oublié de mettre sous surveillance la Finlande. La justification a posteriori de cet oubli a conduit certains à se demander si en fait, ces grands experts savaient que la Finlande est en zone euro … !! 

Ensuite parce que les très intrigants « marchés » n’ont pas suivi et la dette allemande continue à compter parmi celles qui se placent le mieux. Enfin, parce que la première page des journaux n’a pas été mobilisée pour faire grand bruit autour de cette terrible nouvelle. 

 

Tout passe et tout lasse et l’heure de gloire des agences de notation est peut-être derrière elles. Ridiculisées par les notations farfelues qu’elles avaient données aux subprimes, elles s’étaient refait une santé au-delà de toute espérance en faisant vaciller la zone euro. 

Jadis ignorés des gouvernements, leurs experts étaient devenus l’objet de toutes les attentions. Certes, des voix d’anciens collaborateurs s’élevaient ici ou là pour raconter le caractère approximatif du travail fourni, d’autres soulignaient les conflits d’intérêt, d’autres enfin s’interrogeaient sur les raisons qui avaient pu conduire des Etats et des gouvernements à se mettre entre leurs mains.

Mais avec le recul, on peut considérer que le coup de maître de la dégradation des Etats-Unis aura été un chant du cygne. 

 

Danse du scalp autour de l'Allemagne

La finance soi disant ébranlée par la nouvelle s’est précipitée vers ce qu’elle avait de plus sûr à sa disposition et ce fut …de la dette publique américaine dégradée !! Plus les agences de notation criaient au loup sur la dette américaine, et plus les marchés en réclamaient !! Seule consolation pour les agences, l’Europe donnait un spectacle encore plus pitoyable que celui qu’elles annonçaient et leur donnait donc une occasion de proclamer leur sérieux. 

Le champ européen étant porteur, autant aller jusqu’au bout et commencer la danse du scalp autour de la dette allemande. Et puis voilà, déception : cela n’intéresse plus personne. Qui se souvient que des hommes politiques français imprudents avaient fait du « AAA » un « trésor national » ? Les dégradations s’enchaînent dans la routine mais de plus en plus dans l’indifférence. 

Sic transit gloria Moody’s…

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !