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Barbaries (au pluriel)
Bien sûr, l’islamophobie est regrettable, en France comme ailleurs. Elle a même pu conduire au crime. Faut-il pour autant la dénoncer comme le pire de nos péchés, alors que les violences religieuses font, partout, des milliers de victimes ?
La tête de cochon sur la grille de la mosquée, c’est nul de chez nul, mais ça ne tue personne. C’est comme les profanations de tombes par les nazillons, ou les cris de singes dans les stades de foot : un échantillon désolant de la connerie humaine, dont on ne saurait faire un symptôme national. A punir, bien sûr, mais sans généraliser ni exagérer. Rien de comparable avec les pratiques barbares que l’on tolère un peu partout : gardez de l’indignation en réserve, y compris pour regarder d’un œil un peu plus sévère certaines coutumes religieuses pas forcément respectables !
Viande à papys
Selon les organisations spécialisées dans la protection de l’enfance et des droits des femmes, il y a en France, chaque année, de l’ordre de 70 000 mariages forcés, qui impliquent des jeunes files de 12 à 20 ans, livrées le plus souvent à des hommes bien plus âgés, membres de la famille ou proposant une dot conséquente. Au Royaume Uni, dans l’indifférence générale, on pense qu’il faut compter le double. Bien sûr, cet immonde trafic est interdit par la loi. Il est évidemment contraire aux Droits de l’Homme. Il est même, selon la plupart des théologiens coraniques, interdit par l’islam. Il n’en reste pas moins qu’il se produit essentiellement dans la communauté musulmane. Si, en France, les traditions républicaines interdisent la publication de statistiques distinguant les communautés ethniques ou religieuses, en Allemagne, pays très touché par ce crime, on a évalué à 83% la proportion de mariages forcés musulmans. Donc, ne mâchons pas les mots : les communautés musulmanes françaises connaissent l’existence de ces pratiques, les découragent rarement, ne les condamnent pratiquement jamais. A comparer avec le reproche sempiternel adressé aux autorités françaises de ne pas assez condamner les actes islamophobes. Or dans les faits, ceux-ci sont bien plus sévèrement punis, lorsqu’ils passent devant la justice, que les mariages forcés, ou même cette horreur nommée « excision » (de 30 000 à 60 000 cas, selon les sources), qui – horreur encore pire ! – n’aboutit pratiquement jamais à de la prison ferme, au nom d’un vague respect des traditions religieuses des coupables, animistes, parfois musulmans, parfois même baignant dans un christianisme fétichiste selon leur origine…Deux ans pour avoir mutilé cinq fillettes, sans emprisonnement par aménagement de la peine, c’est light, même si l’on comprend le souci de ne pas séparer enfants et parents ! A comparer avec douze à dix-huit mois fermes (bien mérités) pour profanation de cimetière, à Strasbourg, en 2010.

Qui interdit quoi ?
Je voudrais bien qu’on comprenne ma position : je trouve que les types qui arrosent le seuil d’une mosquée de sang de cochon sont de pauvres connards, mais je considère que des parents marieurs de force sont des criminels, et que des parents exciseurs sont des assassins. Malheureusement, dans le monde, les pays occidentaux de tradition chrétienne ou laïque s’avèrent être les seuls à prendre pour référence de leurs pratiques les Droits de l’Homme, et à s’autopunir quand ils les transgressent. Les autres cultures s’en balancent dès qu’il est question de leur religion, de leur conception de la justice, de leur pratique du pouvoir. Il n’y a donc aucun dialogue véritable possible, il y a seulement un rapport de force plus ou moins tempéré par des considérations économiques. Des partenaires technologiques comme l’Inde ou le Pakistan laissent commettre contre les personnes les plus faibles, enfants, fillettes, malades, des actes d’une barbarie infiniment plus grave que telle ou telle manip privant d’internet une communauté d’opposants politiques. Et même si le combat politique pour la démocratie est un enjeu historique, il est inadmissible qu’on évalue la modernité de l’Inde à la réussite de Tata ou à la qualité de ses informaticiens, et pas à l’échelle d’une violence insupportable à l’égard des enfants : on évalue à 60 millions le nombre de gamins qui travaillent, et près de 10 millions de fillettes sont abandonnées ou livrées à la prostitution chaque année, et sont violées impunément. La loi prévoit bien la protection des enfants et l’abolition des castes, mais elle est ouvertement transgressée à deux pas des palaces de Bangalore ou de Bombay, sans que cela choque vraiment les nations démocratiques ! Chose étonnante, la dernière fois où l’on s’est inquiété des violences en Inde, c’était en 2008, quand les communautés chrétiennes ont été agressées !
Banalisation dangereuse
Certes, le risque de voir se banaliser les gestes ou les attitudes islamophobes existe, et mérite attention. Mais ce qui se banalise, en ce moment, c’est l’extrême violence de guerres menées aux cris de « Dieu est grand ! », sur deux continents au moins. J’ai souvenir d’avoir lu maintes sévères critiques de nos Croisades, j’entends moins clairement dénoncer comme d’intolérables et archaïques provocations ces « guerres saintes » dans lesquelles, cette fois, les croisés sont du côté du croissant. Et je redoute que ce qui devrait être leur sanction, à savoir le refus de tout soutien aux forces combattant sous l’étendard (noir) du fanatisme religieux, quand ce n’est pas celui d’Al-Qaïda soi-même, fasse l’objet de non-dits pudiques, en arrière-plan des tergiversations bien légitimes des Etats à s’engager ouvertement dans cette voie (mais ils fournissent, à l’évidence, les armes). Pour l’heure, il reste à démontrer que les différents « printemps arabes » aient accouché de « libérations » au sens où notre culture des Droits de l’Homme et de la démocratie l’entend. Ce qui a été « libéré » ici ou là, c’est essentiellement la menace d’une régression terrible des libertés publiques et individuelles au nom de la charia, qu’il s’agisse de la condition des femmes, de la liberté d’opinion ou de croyance, et du respect des chartes internationales concernant aussi bien la scolarisation égale des enfants des deux sexes, les droits civiques et privés, les procédures judiciaires. Il ne servira à rien de faire reverdir le Sahel, comme le propose une ONG, si c’est pour qu’on y lapide la femme adultère et qu’on y rétablisse l’esclavage, comme les milices arabes l’ont fait au Darfour. A-t-on suffisamment stigmatisé les horreurs des intégristes au Soudan ou en des shebabs en Somalie, en regard des « provocations islamophobes » dans les pays d’émigration ? Il n’y a pas encore eu, à ma connaissance, de procédure de droit international contre les crimes de guerre de ces « guerres saintes » : il serait temps de s’y mettre. Ah mais, la Somalie, Amnesty International s’en occupe, répondront les spécialistes de la bonne conscience. A quand une levée de boucliers franche et massive contre cette intolérance antihumaniste spectaculaire, provocante, meurtrière: si, demain, le fanatisme religieux, relayé ou toléré par les Etats, devient la règle, que sera le monde ?
Lâchetés politiques ?
Pour l’heure, en effet, il n’y a nulle part d’anti-islamisme d’Etat, alors qu’il y a au Moyen Orient, au Mali et ailleurs non seulement un terrorisme islamique, mais une guerre civile se revendiquant du djihad, brandissant sa bannière et imposant sa loi. Rien à voir avec la revendication politique d’un Etat palestinien ou quelque guerre de libération coloniale. C’est là le problème majeur, et avant de jouer au BHL sauveur des révolutions arabes, il faut se demander qui sera le vainqueur de cette sainte boucherie. Si, en Afrique, un engagement militaire massif peut se faire au côté des pays africains contre les desperados d’AQMI, on ne voit pas que le soutien militaire à la « révolution » libyenne ait fait autre chose que placer les islamistes en position de force. Renouveler l’expérience en Syrie serait tout aussi périlleux, et Fillon, qui hier encore faisait des courbettes à Bachar Al Assad, invité d’honneur de Sarko sur la tribune du défilé du 14 juillet, est le plus mal placé, pour suggérer un engagement empressé contre le tyran qu’il cajolait. Aujourd’hui, la lâcheté politique se trouve plutôt dans le refus d’exclure de la communauté des nations libres toute une série de pays qui bafouent non seulement les règles formelles de la démocratie, mais encore les droits fondamentaux des personnes. Au mieux, on prend ses distances, avec la Biélorusssie ou le Turkménistan. L’Iran chiite, qui est l’objet de toutes les attentions des censeurs politiques, n’est qu’un cas plus évident de théocratie délirante que Bahreïn, où la richesse par habitant masque l’obscurantisme, et où les règlements de comptes entre sunnites et chiites, enveloppés dans une parodie de justice, aboutissent à 2 ans de prison pour insulte à la femme du Prophète! Les religions militantes portent en elles le déni des Libertés reconnues depuis le siècle des Lumières. Toute concession, en ce domaine, est une régression, consentie ou subie. Ceux qui s’en prennent au religieux n’ont pas l’apanage de la provocation : « Dieu te juge» est une affirmation aussi provocante, pour l’athée, que « Dieu n’existe pas » pour le croyant. L’anathème lui-même, s’il peut être considéré comme une incivilité, ne doit jamais être jugé comme un crime dans une nation libre : cela vaut pour la France, où l’on peut dire « Jésus crie, la caravane passe » mais où il est de plus en plus risqué d’écrire « le prophète » sans majuscule !
Il faut donc, ce me semble, garder le sens des proportions, et ne pas verser dans cette auto-flagellation permanente qui affaiblit les valeurs de liberté et de démocratie dont nous sommes, historiquement et fût-ce par défaut, les défenseurs. On a accordé beaucoup d’importance au voile intégral, et on a eu raison de le proscrire dans les lieux publics de notre communauté civique ; or, en comparaison, le djihad et les autres barbaries méritent une réponse de rejet universel, traduit dans les faits par une exclusion radicale de la communauté des nations, seule manière d’aider effectivement les victimes et leur résistance, en affaiblissant les appuis internationaux des tyrans et des bourreaux. Mais aussi longtemps que l’on sera indulgent avec l’islam guerrier, fanatique et militant, l’islamophobie a de beaux jours devant elle.







