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Valls récidive

Le ministre de l'Intérieur ne se lasse pas de se rengorger de la prose sarkozyste. Sous les hourras socialistes.

 

 

Manuel Valls a fait ce samedi à La Rochelle,  où s’était réuni le Parti « socialiste », un prêche « salué par des applaudissements déchaînés » de ses camarades, où il a notamment déclamé que « dans certains territoires, la République a été remplacée par d'autres ordres, dont le premier est celui de la délinquance, de l'économie souterraine, des mafias » (qui d’après lui touche « avant tout les plus fragiles et les plus pauvres de notre société »), et que « la gauche »  - puisque c’est ainsi que les « socialistes » veulent qu’on les appelle – « doit rétablir l'ordre républicain dans les quartiers où il y a un ordre de la jungle » (sans se laisser intimider par la police de la pensée de la tyrannie de la bien-pensance, avec sa pénible culture de l’excuse et sa triste addiction à la sociologie).

 

Cette péroraison, et l’acclamation qu’elle a suscitée, nous apprennent – au moins – deux choses.

La première est que les mêmes « socialistes » qui voulaient à la fin du printemps dernier « le changement » s’accommodent finalement assez bien de ce qu’il n’advienne qu’assez lentement – et trouvent même tout à fait chic (puisqu’ils l’ovationnent) que l’un des leurs use exactement des mêmes ressorts et du même vocabulaire que Sarkozy, quand Sarkozy, en 2005, déclarait : « La première cause de la misère dans les quartiers, c’est le fait que des délinquants puissent y prospérer en toute impunité depuis des années. »

 

 

« Que des blackos »

 

La seconde est que le point de vue de Manuel Valls sur la République et les « quartiers » peut certaines fois varier, au gré des saisons : cela se vérifie dans le nouveau livre de l’écrivain Laurent Binet, qui a suivi pendant plusieurs mois – jusqu’à son élection, le 6 mai 2012 - la campagne de François Hollande. 

Au soir du premier tour de la présidentielle, rapporte Binet : le candidat « socialiste » et ses proches se réunissent, à la fin de trouver l’endroit où celui-ci fera son prochain « déplacement ». Manuel Valls évoque alors « la ligne D du RER », où « plus tu t’éloignes » (de Paris), « plus ça vote FN ». Mais pour autant, il n'est pas convaincu que « François » doive se rendre dans les banlieues parisiennes. Car il n’y rencontrera, lui explique-t-il, « que des blackos » (1). 

 

 

Extrait (2) : 

« - Dray : Il y aussi une réserve d’abstentionnistes dans les banlieues. Le Pen leur fait peur.

 - Hollande : Les coins où c’est vraiment mauvais, c’est la Meuse… les Vosges, c’est affreux !... Épinal…

- Valls : L’Alsace, c’est très mauvais.

- Hollande : M’enfin, faut peut-être aller dans un endroit où il y a plus d’électeurs…

- Valls : La ligne D du RER ! Plus tu t’éloignes, plus ça vote FN. Melun, Montereau…

- Hollande : Oui, mais là ne viennent à notre rencontre…

- Valls : …que des blackos. 

- Hollande : Les petits Blancs, ils viennent pas. »

 

Au printemps dernier, donc, ce changeant personnage jugeait inutile qu’un futur président de la République honore de sa présence certains faubourgs – où il n’aurait selon lui trouvé que des Noirs.

 

 

Mais voici que, l’automne venant, le même, promu ministre d’État, redécouvre la nécessité d’insérer ces « territoires » dans l’aire républicaine : car si leurs ressortissants font lorsqu’ils sont de couleur de négligeables électeurs – qui ne méritent pas le déplacement -, ils restent en revanche, quand (re)vient le temps des moulinets sécuritaires, de toujours commodes épouvantails…

…Sous les nourris applaudissements des toujours dignes « socialistes ».

 

(1) On se rappelle que le même Manuel Valls, probablement inconscient qu’il était filmé, avait déploré en 2009 qu’il y eût trop de Noirs sur un marché de la ville d’Evry (Essonne), et demandé : « Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos ». Certaines thématiques semblent décidément le préoccuper…
 

(2) Papier modifié le 27 août à 23h30 avec la conversation extraite du livre de Laurent Binet, Rien ne se passe comme prévu (Grasset)

 

 

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