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Ultime sauvetage bancaire pour le Crédit Immobilier de France

Selon un principe solidement établi, jamais l’Etat n’abandonne à leur sort les acteurs de la finance, gros ou petits ; dernier exemple en date, le crédit immobilier de France qui va bénéficier de sa garantie…

Bakchich l’annonçait en mai, L’Etat l’a fait en septembre : répondre favorablement à la demande de garantie du groupe CIF pour lui permettre de respecter l’ensemble de ses obligations. Le tout bien entendu, sous réserve de l’autorisation « préalable » du Parlement et de la Commission Européenne qui pourraient en prendre ombrage, déficit public oblige.

Selon un modèle éprouvé, le communiqué n° 90 de Bercy daté du 1er septembre, pratique la langue de béton armé la plus achevée : sans réseau de collecte de dépôts, le modèle économique du CIF « est fragilisé par la crise et remis en cause par les nouvelles normes prudentielles Bâle III… ». N’allez donc pas vous imaginez que les carottes sont cuites et qu’il s’agit de la mise en place d’un plan de sauvetage ; non bien sûr, tout au plus d’une saine décision préventive. Même si le petit Poucet du financement de l’immobilier hexagonal se trimballe une petite trentaine de milliards d’Euros de dettes au compteur.

D’une délicieuse discrétion dans son communiqué, Bercy a cru prudent d’omettre de rappeler « l’autre communiqué », signé celui-là de l’affreux Moody’s en la personne de son Vice Président et Analyste Senior Alexis Michon, qui annonçait le 28 août la dégradation de la note de CIF de Aaa à Aa1 et celle de sa maison-mère, la Caisse Centrale du Crédit Immobilier de France (3CIF) de A1 à Baa1. 

 

 Moody's sort le carton jaune

3 crans de moins d’un seul coup tout de même, pour les néophytes auxquels l’ampleur de la nouvelle dégradation après celle du 17 mai signée Guillaume Lucien-Baugas, aurait échappée. Le nouveau carton jaune infligé au groupe ouvrant la voie à des créanciers pour exiger le remboursement anticipé de certaines obligations, on craignait sans doute un allongement des files d’attente au guichet qui aurait pu faire mauvaise impression.

Moody’s précise en outre dans le jargon maison, que dans l’hypothèse où 3CIF fondrait les plombs, la perte sur l’encours d’obligations émises par le groupe, évaluée d’après le modèle COBOL (Covered Bond Model) de l’agence, tournerait aujourd’hui aux alentour de 8%. Pas mal pour un groupe centenaire qui a juste quelques difficultés à s’adapter aux nouvelles normes Baloises… 

 

Le Ministère est plus disert en revanche sur le sort de Claude Sadoun, l’actuel président du réseau, appelée à faire valoir son droit à le retraite en laissant la place à Bernard Sevez au poste depilotage, assisté de Patrick Amat, Directeur Général Délégué. 

Histoire de tuer dans l’œuf la colère qui pourrait étreindre le contribuable qui va recevoir, si ce n’est déjà fait, son dernier avis d’imposition après avoir parcouru son communiqué alambiqué, Bercy fait mine de rouler les mécaniques en affirmant s’attendre à ce que Mister Sadoun ne demande pas d’indemnité…On a les succès qu’on peut. 

On se souvient de la promesse – une de plus à géométrie variable – du candidat Hollande de ne pas voler au secours des banksters avec l’argent des contribuables. Il faut donc en conclure que le groupe Crédit Immobilier de France n’est qu’une innocente victime de la finance folle et que son équipe sortante de losers demeure constituée d’entrepreneurs fréquentables qui ne font qu’ouvrir un nouveau chapitre de la saga de la crise financière qu’on intitulera, un brin provocateurs, « après les too big, voici venus le temps des too small to fail ».

D’après notre confrère Le Figaro dont le site Internet fait preuve d’une étonnante retenue dans l’article qu’il consacre à l’affaire le 2 septembre 2012, ce nouveau sauvetage, (après celui de Dexia ?) ne devrait toutefois pas coûter d'argent au contribuable « car la CIF est fortement capitalisé, avec 2,4 milliards d’euros de fonds propres. Les pouvoirs publics au contraire pourraient même réaliser un gain au final, car les actifs de la banque sont de bonne qualité…). C’est vrai qu’avec cette nouvelle saison de « qui veut ne pas perdre des millions » le compte est bon Jean-Pierre, puisque 8% de 30 milliards de perte potentielle représentent à l’Euro près, les fonds propres du CIF… 

Il fut un temps où le Consortium de Réalisation constitué lui aussi pour vendre dans les meilleurs conditions possibles, des vieux nanars du Crédit Lyonnais qui comptaient disait-on quelques pépites mal dégrossies, aurait dû rapporter de l’argent au contribuable. On sait ce qu’il en est advenu.

Dans l’immédiat et alors que nous n’en sommes encore qu’au milieu de la première mi-temps, nul ne peut raisonnablement contester le score de la partie :

Banquier 1-Contribuable 0...