Au moment où le colonel Kadhafi visitait l’Europe le mois dernier, une délégation de 20 sociétés américaines débarquait à Tripoli. Cette mission était organisée par la Chambre de commerce américano-arabe, présidée par David Hammoud. Parmi les sociétés représentées figurait le constructeur aéronautique Lockheed Martin, ce qui montre que la vente d’armements à la Libye est dorénavant autorisée par les États-Unis. En particulier, celle des avions de combat F-16 que les Américains ont imposé aux Marocains en septembre, alors même que les Français clamaient que le royaume enchanté avait choisi le Rafale. Le même scénario se reproduira-t-il avec la Djamahiriya Libyenne ? Toujours est-il qu’une source proche du chef d’État major des armées libyennes, le général Abou Bakr Younès Jaber, affirme qu’un intermédiaire de nationalité française faisait partie des représentants de Lookheed Martin en Libye. Et aurait joué un rôle important pour contrer l’offre de Dassault et de son Rafale. La même source révèle qu’un haut responsable des Forces aériennes marocaines aurait appuyé cet ingénieur français qui a jadis travaillé sur le dossier de la sécurisation du port Tanger-Med, au Maroc.
Avec du recul, on comprend mieux l’attitude un brin trop zen du colonel Kadhafi lors de son séjour à Paris. Alors que ses collaborateurs vitupéraient contre les critiques des médias et de certains politiques français à l’encontre de leur Guide bien aimé, le vieux renard du désert leur répondait sobrement que « c’est Washington l’important ». Et que le reste suivra.
Autrement dit, qu’en ce qui concerne la Libye, les Européens s’aligneront sur Washington.
Très inquiétant pour les Français, l’offensive des entreprises américaines en Libye ne se limite plus au secteur des hydrocarbures. « Il y a 40 milliards de dollars de projets à réaliser dans les infrastructures », fanfaronne David Hammoud qui ajoute : « Nous utiliserons le rapprochement en cours entre Washington et Tripoli pour prendre la part du Lion ». Les sociétés américaines qui ont visité la Libye n’ont d’ailleurs rencontré aucune difficulté à se mettre en contact avec les bonnes personnes au sein des ministères libyens qui avaient reçu le feu vert de la « tente » pour leur faciliter la tâche. Ce n’est pas le cas des entreprises européennes et notamment françaises.
Ainsi, le colonel Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, responsable des services de renseignements militaires et principal accusé dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA, escortait plusieurs dirigeants des sociétés américaines dans leurs déplacements en Libye. Idem pour Assâdi Kadhafi, chef des Forces d’intervention rapide, qui a été vu et revu au bar de l’hôtel Bawabet Ifriquia en train de papoter avec les représentants de Lockheed Martin. Dire qu’en visitant les usines de Dassault Aviation, il répétait à l’envie que la Libye ne devait jamais se doter d’un autre avion que le Rafale…
Dans leur ensemble, les observateurs libyens n’hésitent plus à dire que les « Américains sont maintenant chez eux » à Tripoli. Pour preuve, ils occupent plus de 60% des hôtels de la capitale. Chevron, Exxon Mobil, le consortium Oasis… Ils font tous le voyage. Sans oublier Boeing qui a déjà signé avec la compagnie d’aviation libyenne privée Al-Barraq un contrat pour l’acquisition de cinq avions et entend se partager avec Airbus le renouvellement de la flotte civile de la Libyan Arab Airlines.
D’autres groupes américains commencent également à faire leur trou. C’est par exemple le cas d’Halliburton, de Pfizer et de Bechtel, des majors dans les domaines des infrastructures et de l’industrie pharmaceutique. Tous savent pertinemment qu’en raison de ses relations privilégiées avec bon nombre de pays africains, la Jamahiriya libyenne est un tremplin pour attaquer les marchés du continent noir.










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