Malgré des pressions insistantes, les États-Unis peinent à obtenir de ses alliés de l’OTAN l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan. En particulier dans le sud du pays, épicentre de la confrontation avec les Talibans. Le Canada, en première ligne sur ce front, qui a déjà payé un lourd tribu, menace de se retirer s’il n’obtient pas 1 000 soldats de plus. Les Pays-bas, qui y sont également postés, préparent déjà leur retrait, faute de renforts.
Les autres pays européens, positionnés sur des zones de combat moins exposées, montrent bien peu d’enthousiasme à pallier les manques. La perspective d’envoyer d’avantage de troupes pour une guerre dont la pertinence reste aujourd’hui à démontrer, surtout auprès de leur opinion, a refroidi les dernières velléités européennes de coopération transatlantique. Ils considèrent avoir déjà donné : en 18 mois, les effectifs de l’ISAF (Force Internationale d’Assistance à la Sécurité) sont passés de 16 000 à 43 000 militaires. Du coup, les Espagnols et les Italiens font les morts. Et l’Allemagne, comme la Pologne, a carrément dit non. Reste la France vers qui se tournent tous les regards…
Les plans de la France
En visite officielle à Washington le 31 janvier, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a dû réfréner les ardeurs des Américains chauffés par les déclarations enflammées de Nicolas Sarkozy en novembre dernier. Le président affirmait au sujet de l’Afghanistan que « l’Amérique peut compter sur la France ». En fait, la France réfléchit, a prudemment fait valoir Hervé Morin face à son homologue américain, Robert Gates. Et voit plus loin. Si elle reste ouverte à l’éventualité d’apporter son soutien aux forces canadiennes dans le sud, elle conditionne le renforcement de moyens militaires à une « solution globale » intégrant des objectifs civils de reconstruction du pays, capable de garantir à terme un niveau de stabilité suffisant pour amorcer un retrait des forces occidentales.
Mollah contre mollah
Les autorités pakistanaises l’avaient présentée comme un nouveau succès, gage de leur implication dans la lutte contre le terrorisme. Las ! L’arrestation au Balouchistan en février du Mollah Mansour Dadullah, chef militaire des Talibans pour la zone sud de l’Afghanistan, a surtout bien arrangé le Mollah Omar, qui venait de le virer de son poste…. Dans un communiqué daté du 29 décembre 2008, le leader de « l’Emirat Islamique d’Afghanistan-Taliban » (EIA), qui court toujours, ordonnait à ses soldats de « couper tous les liens avec Mansour Dadullah », qui « ne doit plus être considéré comme un dirigeant ou un officiel de l’EIA ». Sa faute ? Avoir « conduit des actions incompatibles avec celles de l’EIA ». Dont les décapitations en série, pratique que l’Emir vient justement de décréter « haram » dans une récente fatwa. Bon à savoir pour les futurs renforts français dans le sud…
Doux rêve ? Avant tout, une façon pour Nicolas Sarkozy de rassurer les Américains, qui souscrivent à cette option, tout en se gardant une marge de manœuvre d’ici au sommet de l’OTAN, prévu en avril à Bucarest, pour annoncer sa décision d’envoyer les renforts demandés. À quelques semaines de la présidence française de l’Union Européenne, le dossier afghan offre à Sarkozy plusieurs avantages stratégiques : se poser en sauveur auprès des Américains, prendre le leadership sur le renforcement de la défense européenne, et préparer le terrain à la grande rupture, à savoir le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique. Autre avantage collatéral : en réclamant la nomination d’un haut représentant de l’ONU en Afghanistan - « une personne reconnue pour ses compétences et son charisme pour travailler en étroite coordination avec les autorités afghanes » - Sarkozy travaille son remaniement ministériel. Il enverrait bien Bernard Kouchner se faire voir chez les Talibans…
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