Paul est-il un boulanger ? Oui et non. Paradoxal « le premier boulanger de France » ne vend pas son pain dans des « boulangeries » mais dans des « magasins ». Allez comprendre. Une loi complexe définit qui peut utiliser l’enseigne de « boulanger ».
La loi de 1998 réserve l’enseigne de boulanger aux artisans qui produisent leurs pains sur place.
Dans un souci de protéger « le savoir-faire de l’artisan, d’une part, et la fraîcheur des produits, d’autres part » la loi du 25 mai 1998 de Jean-Pierre Raffarin (le seul, l’unique) protège les boulangers. L’enseigne de « boulanger » et de « boulangerie » est réservée à ceux qui assurent eux-mêmes « à partir de matières premières choisies, le pétrissage de la pâte, sa fermentation et sa mise en forme, ainsi que la cuisson du pain sur le lieu de vente au consommateur final ». Première conséquence de ce texte, et de taille : si elles répondent à ces caractéristiques, les grandes surfaces ont le droit à l’enseigne « boulanger ». Jusque là, tout est relativement simple. Mais tout se complique quand on veut faire appliquer la loi.
La Confédération ne mène pas ses adhérents à la baguette
C’est la direction de la répression des fraudes (DGCCRF) du ministère des Finances qui est chargée de faire respecter la législation. Elle y met assez peu d’empressement. La boulangerie n’est ni un sujet des « enquêtes récurrentes », ni un « axe prioritaire ». Les enquêteurs peuvent, à leur initiative, contrôler les boulangers. Leur emploi du temps ne leur en laisse pas ce loisir, comme le prouve les dernières jurisprudences qui datent de 2003. À qui la faute ? Certaines mauvaises langues, nombreux dans la boulange, disent que le poids électoral des 30 000 boulangers ne serait pas étranger à ce traitement privilégié.
De son côté, la profession ne met pas beaucoup de bonne volonté à chasser « les brebis galeuses » qui abusent de l’enseigne et qui congèlent à tour de bras. La Confédération, qui représente la profession est claire : elle ne demande pas que les pouvoirs publics viennent contrôler ses adhérents : « ce n’est pas notre mission ». Elle déclare cependant « ne pas défendre ses adhérents pris en faute » (sic). C’est le moins que l’on puisse attendre d’un organisme qui a voulu et soutenu cette loi !
Ce qui permet à des industriels comme Paul, et d’autres, de prendre des libertés avec la loi
Paul est l’un des plus opaques, il possède des usines, mais son service consommateur ne tient pas à dire où et comment sont produits les pains. Le site Internet de ce fabricant référence les « boutiques » et non les « boulangeries ». En revanche, le site avance que Paul dispose « d’un réseau de plus de 330 boulangeries ». Et ce, a priori, en violation de la loi, puisque, d’après le service clients, tous les magasins, mêmes ceux qui ont des fournils, « reçoivent des pains spéciaux ». Ils ne produisent donc pas tous leurs pains sur place, et n’ont théoriquement pas le droit à l’enseigne de boulanger.
Autre anomalie : de nombreux points chauds (lieux où sont cuits les pâtons surgelés ou frais) ou dépôts de pains se font référencer dans la rubrique « boulangerie » des annuaires téléphoniques. D’autres abusent de l’enseigne « boulanger » sur les sites Internet. Ainsi, Moisan, une des stars parisiennes de la boulange, fait ainsi référencer sur le net des « boulangeries ». Alors qu’il précise que son pain est fabriqué dans « l’atelier de Villejuif ». Si la star des artisans abuse, les boulangers sont carrément dans le pétrin !








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