Le 3 mai prochain, plus de 25 000 personnes sont attendues à Omaha, Nebraska, dans la ville qui a vu naître l’homme aujourd’hui le plus riche du monde. Ce « Woodstock pour capitalistes » , dixit Buffett, rassemblera les actionnaires de Berkshire Hathaway, venus écouter religieusement leur gourou présenter les résultats annuels de son fonds d’investissement.
A la tribune, comme chaque année, deux vieillards tiendront en haleine cette assistance de nantis, répondant aux questions de la salle pendant plus de cinq heures. Deux hommes respectivement âgés de 77 et 84 ans : Warren Buffett, président, et Charlie Munger, vice-président. « Nous avons eu tous les deux beaucoup de chance dans la vie », reconnait Warren Buffett dans sa lettre aux actionnaires 2008. « Nous sommes nés en Amérique, avons eu des parents qui nous ont donné une bonne éducation, des familles formidables et une excellente santé. Et nous sommes venus au monde avec un gène des affaires qui nous a permis de prospérer de façon exceptionnelle ».
L’enfance d’un milliardaire
Ce gène des affaires, le jeune Warren a commencé à l’exprimer à l’âge où ses copains jouaient encore aux billes. Assis sur le trottoir devant sa maison, il vendait à la pièce des chewing gums qu’il achetait par paquets à l’épicerie de son grand-père. Buffett a grandi dans une famille américaine ordinaire, entre un père modeste courtier en Bourse et une mère au foyer. A dix ans, son père l’emmène en train à New York, visiter Wall Street, dont les murs résonnent encore des cris de désespoir de ceux qui ont tout perdu pendant la grande crise de 1929. Le livre de chevet du jeune garçon ? Mille façons de gagner 1000 dollars.
A quinze ans, Warren Buffett investit ses premières économies dans l’achat de 20 hectares de terres agricoles dans le Nebraska ; à vingt-quatre ans, il trouve son premier job dans une petite firme de gestion de portefeuille à New-York ; et à vingt-six ans, il rentre à Omaha pour créer son propre fonds d’investissement, avec l’argent que veulent bien lui confier quelques amis et voisins. Il n’en repartira jamais.
L’homme le plus riche du monde vit toujours dans la maison qu’il a achetée dans les années 1950. Il porte des costumes mal coupés, des bretelles et des cravates démodées, se nourrit de steaks saignants et ne voit jamais de vin, uniquement du cherry coke.
« On a trouvé du pétrole en enfer ! »
Ses principes d’investissement sont aussi déconcertants que son look. Voici quelques-unes des maximes qui lui ont permis d’amasser ses 62 milliards de dollars :
« Soyez avides quand les autres sont craintifs et méfiants quand les autres sont euphoriques ». Autrement dit, achetez quand les autres vendent et tenez-vous à l’écart quand les cours sont au plus haut ! Warren Buffett, c’est l’anti-spéculateur par excellence.
L’histoire qui suit est l’une de ses favorites, sa parabole de Wall Street.
« C’est l’histoire d’un prospecteur de pétrole qui arrive au paradis.
L’homme se présente devant Saint-Pierre, qui lui dit :
Mauvaise nouvelle, il n’y a plus de place pour vous, mon quota de
prospecteurs de pétrole est déjà rempli.
Le prospecteur réfléchit un moment et demande à Saint-Pierre :
Est-ce que vous me permettez de dire un mot à mes confrères ?
Saint-Pierre n’y voyant pas d’inconvénient, le prospecteur met ses mains en porte-voix et crie :
On a trouvé du pétrole en enfer !
Tous se précipitent alors vers la sortie, et foncent vers l’enfer.
Impressionné, Saint-Pierre invite le prospecteur à entrer et à s’installer confortablement. Après un moment d’hésitation, celui-ci lui répond :
Non merci, je vais plutôt aller rejoindre les autres, il y a peut-être
du vrai dans cette rumeur, après tout ».
Des investissements dignes d’une émission de téléachat du Middle West
Autre maxime : « Investissez dans une affaire que même un imbécile pourrait diriger, car un jour, un imbécile le fera ».
Les choix d’investissement de Berkshire Hathaway n’ont rien de glamour : ce sont généralement d’obscures firmes familiales, dans des activités on ne peut plus traditionnelles : Justin industries, fabricant de bottes de cowboys, de Fort Worth, Texas ; Shaw Industries, premier producteur mondial de moquette à Dalton, Georgie ; Johns Manville, producteur de matériaux de construction à Denver, Colorado ; Fruit of the Loom, fabricant de T-shirts à Bowling Green, Kentucky ; Ben Bridge jeweler, chaîne de bijouteries de Seattle, Washington ; See’s candies, chaîne de confiseries de San Francisco, Californie…
La liste des entreprises possédées par Berkshire Hathaway ressemble au catalogue d’une émission de téléachat pour fermiers du Middle West ! Avec, en outre, une préférence affichée pour les managers vieux et radins.
Rigolez, rigolez, c’est pourtant comme ça que Warren Buffett est devenu l’homme le plus riche du monde. Et, malgré ses 77 ans, qu’il pourrait bien le rester un moment
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