En prison, le pain est un des seuls plats qui fassent l’unanimité avec les frites. Les diététiciens le constatent, mais aussi les détenus. L’Observatoire International des Prisons (OIP), qui a fait une étude sur l’alimentation en prison, a reçu un certain nombre de mails sur la question : Aux Baumettes, une détenue se plaint, « nous mangeons énormément de pain car les plats sont le plus souvent immangeables ». Car le pain, c’est du connu, ce qui n’est pas le cas de tous les plats proposés aux détenus. Issus souvent de milieux défavorisés. Léonore La Caisne, une ethnologue qui vient de passer plusieurs mois à Fleury, constate que les prisonniers sont des « habitués de Mac Do, des grecs et des kebabs ». Cette population est peu portée sur la cuisine bourgeoise et ses plats en sauce que l’administration pénitentiaire essaie de leur faire ingurgiter. Les taulards comme les enfants aiment les féculents. « Parce que ça tient au corps », les pâtes, les patates et le pain.
« Notre pain quotidien »
C’est à midi que le taulard reçoit son pain quotidien. C’est la seule pitance que les détenus de France et de Navarre reçoivent ensemble, au même moment. Il est distribué avec le déjeuner, généralement mou, voire « toujours mou », écrivent les détenus à l’OIP. Ce pain doit faire le dîner qui est servi entre 17 h 30 et 18 h en fin d’après-midi. Mais surtout, il est le seul élément solide du petit-déjeuner presque 20 heures après. Car, quand les « auxis », qui sont des prisonniers servant d’auxiliaires à l’administration, passent à 7 h 30 avec les gardiens pour distribuer le repas du matin, ils ne distribuent pas de pain. Seulement du café, du lait, du beurre et très rarement un fruit.
Pour la conservation du pain, les détenus utilisent les mêmes techniques que les ménagères, une poche plastique permet d’en garder l’humidité. Alors que le pain leur est déjà arrivé pas très frais. Et là, s’il en reste, plutôt que de le mettre dans la poubelle réglementaire, les détenus le jettent par la fenêtre. Un surveillant de Fleury constate que tous les midis, sortie de nul part « une nuée de corbeaux et de mouettes viennent se nourrir de ses quignons de pain de la veille ». Un enseignent constate qu’à la maison d’arrêt d’Amiens, ce sont de gros rats qui remplacent les mouettes. Car oui, il y a encore des gros rats dans les prisons de la République !
Payer soi-même son croissant
Si on ne vend pas de pain en prison, en revanche il est possible de cantiner pour avoir de la viennoiserie. Cantiner, c’est-à-dire se payer, avec l’argent de son travail mais aussi avec celle que vous envoient vos proches, des produits que l’administration pénitentiaire via des entreprises privées comme Eurex et Sodexo vous vendent. Ainsi à titre d’exemple à la prison de Varennes Le Grand, les détenus peuvent acheter un croissant 0,50 centime d’euros et un mille feuilles 1,39 centimes. Vous passez la commande à midi, une fois par semaine, livraison le lendemain, avec l’aide, parfois, du « meunier » (l’aumônier en argot), pour les moins vernis des détenus.










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