Flotte petit drapeau ! Autour de la table de la Commission européenne présidée par le portugais Barroso, il incarne seul l’excellence française. Lourde responsabilité pour le centriste Jacques Barrot, dernier legs de Jacques Chirac à l’Europe. Depuis que celle-ci s’est élargie à 27, chaque pays membre n’a en effet droit qu’à un seul commissaire. Et Barrot, qui a été désigné par notre ex-président, assure depuis 2004 la direction générale des transports et de l’énergie, la DG Tren. Mais avec, s’il vous plaît, le titre très honorifique, de vice-président de la commission.
Pour ce natif de Haute-Loire – comme son protégé Laurent Wauquiez – qui a toujours fait une carrière nationale à des postes assez techniques (secrétaire d’État sous Giscard, ministre du travail et de la santé de Chirac en 86, puis de Juppé en 95), il a d’abord fallu, à 67 ans, se mettre à l’anglais pour pouvoir négocier avec les autres pays.
Et se plonger dans des dossiers aussi rigolos et légers, auxquels il n’entendait rien, et que l’on cite en vrac : les problèmes de ligne à haute tension, l’ouverture du marché du rail à la concurrence, les grands projets d’infrastructures de transports comme le tunnel du Lyon-Turin, la sécurité maritime, les autoroutes de la mer, l’harmonisation des règles sociales et fiscales sur le marché du transport routier…
Sans oublier Galiléo, ce fameux projet qui consiste à tirer dans l’espace des satellites pour monter un réseau de guidage qui fasse concurrence au GPS américain. Presque quatre ans après son arrivée, ce technocrate chrétien qui n’a pas perdu sa pointe d’accent du terroir a-t-il su apporter un souffle décisif au dossier ? La réponse avec cet extrait tiré d’une interview donnée à un journal spécialisé.
« - À quoi servira Galiléo et comment convaincre ceux qui utilisent le GPS de préférer Galiléo ?
- Mais Galiléo offrira un service beaucoup plus précis, beaucoup plus performant que le GPS. »
Mais encore ? Et l’excellentissime Jacques Barrot, as de la langue de bois et du consensus, de se mettre en pilotage automatique, renvoyant à un prochain Livre blanc sur la question. Il est vrai qu’on n’en est pas là et que ce dessein lancé par la précédente Commission n’en finit pas de déraper dans le temps.
Bruxelles la poubelle
« Cela fait un peu pitié, mais Barrot a l’âge de ses artères. Je ne sais pas si on sera comme lui à son âge », tempère un euro-fonctionnaire plein de mansuétude. « On n’imagine pas combien le boulot de commissaire européen est éreintant. Le stress est énorme. À Bruxelles, les années comptent double. Il faut se déplacer souvent, passer des journées à discuter avec un casque de traduction sur les oreilles, ingurgiter des dossiers complexes… » Et ce Français de se mettre à regretter la prédécesseuse de Barrot, la bouillonnante et dynamique espagnole, Loyola de Palacio.
Il est loin le temps où Jacques Delors présidait la Commission de 1985 à 1995. « C’est le problème de la mentalité française, note-t-il. Si on veut se débarrasser de quelqu’un, on l’envoie à Bruxelles. Les Anglais par exemple prennent les meilleurs pour faire avancer leurs positions ».
À un an de la fin de la présidence Barroso, Barrot aimerait, dit-on, passer à autre chose et espérait beaucoup de l’élection de Sarkozy. Las ! Des bruits ont circulé récemment. Anne-Marie Idrac, virée de la SNCF, aurait pu le remplacer, mais elle vient d’entrer au gouvernement. Michèle Alliot-Marie, qui trouve la France trop petite pour elle, se sentirait pousser des ailes européennes, jase-t-on à Bruxelles. Mais déserter son poste de commissaire juste avant le début de la présidence française de l’Union Européenne, programmée pour juillet 2008, qui tarabuste Sarkozy au plus haut point, la ficherait mal.










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