Alors que la mission humanitaire dépêchée en toute hâte par Nicolas Sarkozy pour libérer Ingrid Bétancourt piétine en Colombie, certains diplomates, fins connaisseurs du dossier, ne lui donnent pas une chance sur mille de réussir. En tout cas pas à court terme. Selon ces experts du Quai d’Orsay, le chef de l’État a surtout voulu occuper le terrain médiatique au moment où la santé de l’otage franco-colombienne, détenue depuis plus de six ans au fin fond de la jungle, se détériore.
Silence radio
Le pire, c’est que le président de la République ne s’en cache même pas. En marge du sommet de l’OTAN, qui s’est tenu en fin de semaine dernière à Bucarest, Sarko a reconnu devant des proches, tout comme une poignée de journalistes, que les délégués français n’avaient pour l’heure aucun contact avec la guérilla. Et qu’ils étaient chargés d’en trouver sur place…
Depuis la mort du numéro 2 des Farc, Raul Reyes, localisé par l’armée colombienne grâce à son téléphone portable, la guérilla, n’a en effet, donné aucun signe de vie. Ni au président vénézuélien Hugo Chavez, qui a pourtant réussi à faire libérer six otages ces derniers mois. Ni aux français qui avaient jusque là un seul interlocuteur : Raul Reyes.
Sarko à la rescousse de cette « pauvre femme »
Et alors ? Où est le problème ? Pour Sarkozy, même s’il y a une infime lueur d’espoir, il faut tout tenter. En tout cas, il s’agit d’en persuader le grand public. Au risque de décevoir une nouvelle fois la famille et les proches de la sénatrice franco-colombienne.
Amateurisme ? Coup de bluff ? Pas du tout, rétorque Sarko en petit comité. En cas d’échec de la mission, les argumentaires sont prêts à l’Élysée : « Au moins on ne pourra rien nous reprocher si cette pauvre femme perd la vie, a t-il soupiré devant certains visiteurs du soir, qui l’ont immédiatement répété à Bakchich. Les responsables, ce seront les Farc et leur entêtement à ne pas saisir la main tendue ». La présence de la nouvelle Première dame à la « marche blanche » pour Ingrid, dimanche 6 avril, aux côtés de la présidente argentine Cristina Kirchner, de Bernard Kouchner, Rama Yade ou encore Florence Aubenas, conforte au moins l’idée d’un bon coup de pub…
Le come-back du médiateur Chavez ?
Preuve que le mission française est partie démunie : c’est à Noël Saez, ancien consul de France à Bogota, membre honorable de la DGSE, que la présidence a confié le soin de trouver une solution. Le même Saez qui a déjà fait de nombreux allers-retours dans la jungle ces dernières années, a rencontré plusieurs fois Raul Reyes… sans rien obtenir du tout. Par quel tour de magie parviendra t-il, cette fois, à débloquer la situation ? Mystère ! « Le seul a avoir été un peu efficace dans cette affaire c’est Hugo Chavez, note un diplomate du Quai. C’est lui qui a réussi à obtenir les preuves de vie d’Ingrid que l’on attendait depuis si longtemps. Les Farc ne jurent que par lui ».
Mais même Chavez semble à « court d’idées ». Dès lors il faudrait un « miracle » pour que la « Doctora » Bétancourt, comme on la surnomme à Bogota, soit libérée dans les heures ou même les jours qui viennent. Un « miracle », c’est précisément le terme employé par Astrid, sa sœur, qui est aussi la femme de Daniel Parfait, directeur des Amériques au Quai d’Orsay, très impliqué dans le suivi de cette affaire. Autant dire que l’optimisme n’est pas de mise dans le camp français.
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