Si la Société générale a pu limiter la casse, après la découverte des pertes gigantesques occasionnées par un trader devenu célèbre, Jérôme Kerviel, c’est qu’elle a bénéficié du soutien des pouvoirs publics. Comme le raconte William Emmanuel dans son livre Trader, l’affaire Kerviel ou la folie du système (Les éditions du Toucan), qui paraît cette semaine, la Banque de France, l’Autorité des marchés financiers, la Banque centrale européenne se sont mobilisées pour lui permettre de solder ses positions dans les meilleures conditions. Et de s’en sortir au mieux. Dans un pays où l’exécutif vante la liberté à tout crin de l’entreprise mais où le Président demande la tête du PDG de la banque « rouge et noir », un établissement pourtant privé, tout est possible, en effet.
Dans son livre petit format (120 pages), l’ancien journaliste de l’agence Reuters retrace le fil de l’engrenage qui a amené Kerviel à plonger, les tentatives de la banque et de ses avocats pour charger le trader, et par là même tenter de restaurer l’image de la Générale, les heures folles où la direction tente de sauver les meubles, les coulisses des événements, où les communicants entrent en scène. A chacun son client (Kerviel pour le lobbyiste Christophe Reille, la Générale pour Anne Méaux), à chacun sa stratégie.
« Pas question, on le garde »
Révélation de l’ouvrage, les propositions faites, avant que le scandale ne s’emballe, à Jérôme Kerviel par ses supérieurs hiérarchiques. Le samedi 19 janvier, lors du premier debriefing tenu en urgence et en secret dans les locaux de la Générale, Jean-Pierre Mustier, directeur général adjoint, accompagne le jeune trader aux toilettes – histoire de vérifier que Kerviel ne commette pas de bêtises. La discussion s’engage et, au détour d’une phrase, Mustier lui explique que sa femme monte un hedge fund, et lui suggère qu’il trouvera un emploi sans problème. Surprise du jeune homme, qui s’attend à tout, mais pas à une proposition de job…
Évoquant, devant un cadre de la banque, l’idée de trouver un boulot à Kerviel après qu’il a quitté la Société générale, Mustier s’entend même répondre, en substance : non, pas question, on ne le lâchera pas, on le garde. Alors que ses supérieurs se rendent compte que Jérôme Kerviel n’a pas respecté les règles internes et misé des sommes démesurées, le trader est encore considéré comme un crack ou presque.
Mais quelques jours après, on s’en souvient, le ton change. Daniel Bouton, le PDG de la banque, lui passe le costume de « terroriste ». Le débouclage de l’opération a coûté à l’entreprise 4,9 milliards d’euros. On est au bord de la faillite.
Mais si le solde des transactions de Kerviel s’était avéré positif… ?
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