Un peu comme notre Sarkozy national, elle a promis le « changement dans la continuité ». Depuis son élection à la tête de l’État argentin, le 29 octobre 2007, Cristina Kirchner voit sa popularité chuter. Elue dès le premier tour avec 44,92% des voix, elle atteint péniblement aujourd’hui les 20% d’opinions favorables. Pourtant, son mari, Nestor Kirchner, qui a occupé le même poste de 2002 à 2007, a tout fait pour propulser sa douce aux firmaments de la politique. Elu en 2002, cet ancien avocat a en effet réussi le tour de force de sortir le pays de la banqueroute qui l’a frappé en 2001. Exsangue quand il est arrivé au pouvoir, l’Argentine connaît un taux de croissance de 8% à 9% depuis six ans. Du pain béni pour dame Cristina qui, alors que son mari avait décidé de ne pas se représenter, pouvait espérer reprendre les rênes de la Casa Rosada, le siège du pouvoir exécutif argentin. C’est donc ce qu’elle fait en octobre 2007. Sans trop de difficultés, ce qui ne manquera pas d’émerveiller Ségolène Royal qui, alors en tournée en Amérique Latine, avait déclaré : « j’ai trouvé une femme très déterminée, très tonique, très mobilisée ».
Accusations de corruption
Hélas, en moins de six mois, la machine Kirchner s’est grippée. Accusations de corruption, fronde des agriculteurs, critiques sur le style de la présidente… Les fronts d’opposition se multiplient et les vieux démons de l’Argentine ressurgissent. Dès le mois de décembre 2007, une petite valise, pleine de dollars, est venue entâcher le tout frais triomphe de Cristina Kirchner. Après qu’un homme d’affaires vénézuélien a été arrêté à l’aéroport de Buenos Aires avec, dans sa mallette, 800 000 dollars (550 000 euros) non déclarés, les Etats-Unis ne se sont pas fait prier pour accuser le président vénézuélien Hugo Chavez de financer la campagne de Kirchner. Plus récemment, l’arrivée prochaine du TGV, emmenée par le groupe français Alstom, a lui aussi fait quelques vagues. Un ex-député de l’opposition, Mario Cafiero, a porté plainte contre le premier projet de TGV d’Amérique latine et réclame une enquête. Comme l’a raconté Bakchich, cela n’a pas empêché l’entreprise française de financer une réception de l’ambassadeur argentin à Paris.
Ces dernières semaines, l’agitation sociale est venue s’ajouter aux scandales politico-financiers et affaiblir un peu plus la présidente Kirchner. Le 26 mai dernier, près de 300 000 agriculteurs ont manifesté à Rosario (centre) pour faire valoir leurs droits sur les bénéfices tirés de la production du soja dont l’Argentine est l’un des principaux exportateurs au monde. De son côté, la redoutable Cristina ne cède pas, feignant même d’ignorer le mouvement dans ses déclarations publiques. Dans le même temps, elle a renvoyé son ministre de l’Economie, Martin Lousteau. Un fusible dans cette crise ? Sans doute. Mais l’inflation galopante (25% en un an selon les experts, 10% selon le gouvernement) contribue à fragiliser le gouvernement. Et Cristina Kirchner refuse toute mesure (dont celles du ministre de l’Economie) qui viendrait stopper 45% de croissance cumulée en cinq ans. Très autoritaire dans la gestion de ses équipes, beaucoup la disent intelligente, vive mais peu cultivée, malgré le fait qu’elle se sente « absolument hégélienne » comme elle l’a déclaré lors d’un récent congrès de philosophie.
Reine du bling-bling
Tous ces problèmes, au demeurant fort graves, n’empêchent pas Cristina Kirchner de penser à prendre soin de sa petite personne et de soigner son image de reine de beauté doublée d’une « bomba latina ». Mêlant tailleurs haute-couture et Botox, coiffure sans cesse renouvelée et bijoux de grands joailliers, Mme Kirchner est bling-bling jusqu’au bout des ongles. Le couple présidentiel, qui a fait ses premières armes dans le business et la politique dans la province de Santa Cruz (Patagonie), y possède de nombreuses maisons. Le plus souvent, ils partent à El Calafate où ils disposent d’un joli châlet, idéal pour les fins de semaine un peu rudes. Un Boeing 707 et plusieurs hélicoptères sont d’ailleurs à disposition de la présidence.
L’ancienne première Dame devenue présidente travaille son image mais fait beaucoup aussi pour la contrôler. L’opposition politique restant relativement faible, les attaques les plus virulentes viennent de la presse. Et c’est contre les médias que la présidente concentre ses saillies. En juillet 2007, avant même d’accéder à la présidence, la reine Cristina a publiquement qualifié les journalistes d’« ânes » et d’« ignorants ». « Elle déteste les journalistes », confirme un correspondant argentin de presse à Paris. Lors de sa visite en France, le 7 avril dernier, elle a fait attendre près de trois heures les journalistes venus assister à sa conférence de presse, pour finalement annuler le rendez-vous sans un mot d’excuse. C’est que sa visite a été particulièrement courte. Trente-six heures dont quarante-cinq minutes à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy. Officiellement, il s’agissait de redonner une stature internationale à l’Argentine. Mais Dame Cristina a quand même trouvé le temps de goûter aux bonnes tables françaises, comme aux « Ombres », sur le toit du musée du Quai Branly, ou au Meurice, en compagnie de l’ex top-model Naomi Campbell. Le luxe, encore et toujours…
De son côté, Nestor Kirchner s’agite. A la tête du puissant parti péroniste, il ne cesse de faire du lobbying pour soutenir la politique de sa femme. Et de l’avis de nombreux observateurs, c’est bien lui qui fixe encore et toujours la politique du gouvernement. La dynastie Kirchner s’est installée, mais pour combien de temps encore ?








Version imprimable
Recommander à un ennemi