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Souvent Alain ne varie pas

mercredi 4 juin 2008 par Sébastien Fontenelle
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Souvent Alain (Finkielkraut) ne varie pas, fût-ce à intervalle de plus d’une (longue) décennie. En 1995, il avait, crânement, démoli dans Le Monde un film d’Emir Kusturica qui venait d’obtenir la Palme d’Or du Festival du Cannes, et qu’il présentait comme « de la propagande serbe la plus raboteuse et la plus mensongère » – mais dont il oubliait, il est vrai que ce n’était qu’un minuscule détail, de préciser qu’il ne l’avait pas (du tout) vu.

Et le voilà, treize ans plus tard, admirable fidélité aux rigueurs de l’esprit, qui dans Le Monde s’en prend aujourd’hui à un film, de Laurent Cantet cette fois-ci, qui vient lui aussi d’obtenir la Palme d’Or à Cannes et qu’il n’a pas vu non plus (du moins ne s’en cache-t-il pas), mais dont cependant il sait qu’il « symbolise la crise d’une civilisation où les grands textes n’ont plus leur place ». La récidive pourrait n’être que divertissante (et pourrait même inaugurer le genre, nouveau, de la critique préventive), mais elle a ici une valeur doublement documentaire.

D’une part, en effet, elle établit que s’il était un hôpital (plutôt que le penseur fin que le monde nous envie), Finkie n’hésiterait jamais à moquer la charité : car il excelle à déceler à ses pareils des ridicules dont lui-même n’est pas toujours exempt. Il estime, ainsi, que François Bégaudeau, qui est l’auteur du livre d’où Laurent Cantet a tiré son film, « a à ses pieds le chef de l’Etat », Nicolas Sarkozy, et on ne sait de quoi se nourrit exactement cette ahurissante assertion – mais ce qui est certain, c’est que ce n’est pas (du tout) à François Bégaudeau que le chef de l’Etat en question a prodigué en 2005 une très jolie flatterie, en affirmant qu’il «  (faisait) honneur à l’intelligence française » et qu’il «  (disait) des choses justes », mais bel et bien à Finkie.

De sorte que si vraiment Nicolas Sarkozy était aux pieds de Bégaudeau, alors il serait aussi, et par comparaison, la descente de lit de Finkie. Autre exemple, non moins probant, de cette propension à réclamer parfois ce dont soi-même on s’exonère : notre philosophe énonce que « la civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie ».

Mais, scrupule ? Précision ? Nuance ? Courtoisie ? Précisément ce sont les disciplines, entre toutes, où Finkie, certaines fois, est un peu en deçà de son propre niveau d’exigence(s) – comme lorsqu’il se lance, impromptu, dans le commentaire sportif, et pose que : « On nous dit que l’équipe de France est admirée parce qu’elle est black-bkanc-beur (…). En fait, aujourd’hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque en France aujourd’hui, on va en prison, mais c’est quand même intéressant que l’équipe de France de football soit composée presque uniquement de joueurs noirs… »

L’autre intérêt documentaire de la tribune que Le Monde publie aujourd’hui est de rappeler, pour qui l’aurait par inadvertance oublié, que Finkie, c’est assez cocasse, continue de se vivre, nonobstant la faveur d’un homme qui n’est pas exactement ultraminoritaire, puisqu’il s’agit de Sarkozy (et comme si justement cet homme ne régnait pas sur le pays), comme une espèce de résistant à une imaginaire tyrannie altermondialiste.

Usant d’une ironie où s’entrevoit une longue fréquentation de l’humour des Monty Python, il déclare ainsi qu’ « il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l’avenir de l’homme ».

Puis Finkie trouve, pour conclure, des accents orwelliens (il a décidément l’inspiration anglaise), et (nous) prévient gravement que : « Portée par un désir de propagande décidément insatiable, l’idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social » (qui est comme on sait une prison).

Dans le monde réel, évidemment, et sous le règne de l’homme-qui-trouvait-que-Finkie-disait-des-choses-justes, les cadeaux faits aux riches et la traque des sans-papiers nous prémunissent contre l’excès de sensibilité au « métissage » et au « social » contre quoi Finkie nous fait un rempart de sa pensée. Mais ne pas lui dire que la droite est partout : il croit, très manifestement, que de belles idées sont au pouvoir…


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  • Souvent Alain ne varie pas
    le mardi 7 octobre 2008 à 14:06, johnmarguerite a dit :
    Et maintenant un billet sur Claude Imbert ! Je suis reconnaissant à Sébastien Fontenelle de ne pas dévier d’un pouce de sa ligne blogoboulique pour s’intéresser d’un peu plus près ne serait-ce qu’un instant aux désastres provoquée par la pédagogie de l’élève au centre du système et à ce qui reste de l’instruction publique sinistrée…
  • Souvent Alain ne varie pas
    le vendredi 26 septembre 2008 à 11:06, johnmarguerite a dit :

    bonjour

    Et bien, c’est dommage que je ne sois pas tombé sur cet article plus tôt car je me serais répandu en fiel et je n’aurais pas cette amertume qui m’étreint aujourd’hui.

    Aujourd’hui, je n’ai qu’une chose à dire : par quel sorte d’aveuglement peut-on évoquer "Entre les murs" seulement à travers l’article de Finkielkraut ?

    Le discours idéologique tenu par Laurent Cantet et François Bégaudeau sur l’éducation est autrement plus inquiétant que ce que pense Alain Finkielkraut.

    Une preuve extraordinaire existe, c’est la distance que prend aujourd’hui Philippe Meirieu avec le film dans un entretien accordé à Politis, avec cette phrase en forme d’aveu : "j’ai peur que l’on dise voilà donc l’école de Meirieu".

    Et bien oui, l’école de Meirieu, c’est ça : des profs désabusés à qui il ne reste plus que l’affectif dans les relations avec les élèves pour trouver un sens à leur métier, tellement ils sont livrés à eux-mêmes face à la connerie pédagogiste et IUFMesque.

    que Bégaudeau veuile transformer son échec personnel de professeur en victoire au travers d’un roman puis d’une fiction en dit assez long sur la démesure de l’égo de cet homme.

    Mais on n’est pas obligé d’être dupe et surtout de continuer à croire qu’il existe une pédagogie de gauche, humaniste, et une pédagogie de droite, autoritariste.

    Ce discours, c’est le seul qui peut encore sauver l’usine à gaz de Meirieu, la loi Jospin de 1989, les méthodes mixtes de lecture, l’élève au centre du système et tout ce qui détruit la transmission du savoir.

    La grossière erreur de perspective de cet article a quelque chose de criminelle : Finkielkraut et les louanges que lui chantent Sarkozy, on s’en fout ! C’est de la mort de l’instruction publique dont on parle.

  • Souvent Alain ne varie pas
    le dimanche 8 juin 2008 à 16:29, sibo09 a dit :
    Mais que feriez vous de votre vie Sebastien Fontenelle sans Alain Finkielkraut… ? Il ne sait probablement pas que vous existez mais il a une jolie formule pour vous (empruntée à je ne sais plus qui…) SOS racisme fonctionne aujourd’hui sur le meme mode que SOS baleines. Il faut sauver les baleines…il faut aussi sauver les racistes pour mieux pouvoir les detester et se draper sans sa vertu. Ridicule. Finkie s’est expliqué mille fois sur sa phrase black black black…un simple lien vers l’interview vidéo d’une heure donné à Grioo.com (site antillais je crois…de bien meilleure honnêteté intellectuelle que vous) suffirait pour que chacun se fasse son avis. Mais vous preferez que Finkie soit un salopard de raciste pour que vous puissiez continuer à l’attaquer encore et encore.. Idem pour le film de cantet…il ne parle pas du film mais du discours de begaudeau à sa sortie…c’est dit explicitement…mais c’est tellement agreable d’y aller de sa petite formule…comme vous devez être fier…
    • Et vous ? que feriez-vous sans Finkie ?
      le dimanche 15 juin 2008 à 03:28, nemo3637 a dit :
      Votre discours visant à défendre coûte que coûte Finkenkrout est déconcertant. Vous êtes un de ses parents ?
  • Souvent Alain ne varie pas
    le vendredi 6 juin 2008 à 02:25, coco_des_bois a dit :
    J’avoue que lors des trop rares grèves de France INter, je zappe sur Culture (d’ailleurs en disant ça je me demande pourquoi culture n’est pas en grève en même temps) … bref. Et je tombe sur Finkie, assez facilement en fait, et c’est ahurissant, il ne varie pas, mais pas du tout, on peut finir ses phrases le plus simplement du monde. C’est comme du Val, c’est carré, droit dans les bottes, c’est attendu, une valeur sûre quoi. Acrimed fait de Finkie des résumés d’émissions qui ne sont pas piqués des hannetons !
  • On s’en fout
    le jeudi 5 juin 2008 à 17:12

    Mais on s’en fout des c… de ce type, philosophe pour Paris Match et le Point, dont la fonction est d’"intellectualiser" les relents pétainistes de ces dernières décennies : l’école s’était mieux avant, le travail aussi et la France, ah ! la France…

    Même chose pour le Monde qui dégouline lentement mais sûrement de son piédestal auto-érigé de "presse de référence". Et qui publie de plus en plus de pages pleines de ce genre de conneries : tribune signée par des noms, mais creuse, des portraits complaisants, des enquêtes en vogue… et de moins en moins d’infos…

    AF, c’est le prêt à penser de la droite qui se veut "héritière", "intelligente", éclairée, moderne. Ça fait 30 ans que ces mecs vendent la même chose en trustant les émissions de télé, les rayons des éditeurs, les colonnes dans les journaux, les heures d’antenne à la radio. Les Edouard Leclerc de la philo : un avis sur tout et ce qu’on n’a pas, on l’invente… C’est exactement : "je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais laissez moi vous l’expliquer". Et c’est long, et c’est chiant et c’est con.

    • On s’en fout
      le jeudi 5 juin 2008 à 21:26, pinaud_for_ever a dit :

      Et c’est long, et c’est chiant et c’est con.

      Vi !

      mais sinon, qu’est-ce que c’est bien !

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