Cinq jours auront suffi pour faire oublier six mois d’apparente accalmie sur le front terroriste en Algérie. Coup sur coup, plusieurs actions violentes ont été menées consécutivement en différents points du territoire. Le 4 juin, une bombe et un kamikaze explosaient aux abords de la caserne de la Garde républicaine à Bordj El Kiffan, dans la banlieue est d’Alger. Bilan : trois morts. Deux jours plus tard, six militaires étaient tués par l’explosion de leur véhicule près de leur caserne à Cap Djinet, à l’est d’Alger, près de Dellys. Le dimanche 8 juin, une bombe placée sur l’itinéraire d’un convoi de l’entreprise française de BTP Razel, basée à Beni Amrane près de Boumerdès (Kabylie) tuait un ingénieur français et au moins douze Algériens membres de son escorte, fauchés par une deuxième bombe déclenchée quelques minutes plus tard. Aucune de ces actions n’a été encore revendiquée. Si les forces de sécurité restent des objectifs traditionnels et constants des groupes armés, la concentration dans le temps d’attaques menées simultanément ajoutée à un attentat ciblant des intérêts étrangers indiquent clairement une stratégie coordonnée visant la démonstration de force. La marque de fabrique d’Al Qaïda dans les pays du Maghreb islamique (AQMI, ex-GSPC), qui avait usé de cette logique de surenchère tout au long de l’année dernière en frappant à plusieurs reprises la capitale, au grand dam des responsables algériens et ses services de sécurité.
Aujourd’hui encore, les autorités apparaissent prises de court. Et frappées de mutisme soudain. La France a parlé à leur place. Le président Nicolas Sarkozy, qui a dès le 8 juin condamné « les violences barbares et aveugles dont le peuple algérien continue de souffrir » et affirmé « la pleine solidarité de la France et son soutien indéfectible dans sa lutte déterminée contre le terrorisme » a même adressé des « condoléances au peuple algérien » qu’on attend toujours du Président Bouteflika… La promptitude française à occuper l’espace politique et diplomatique en lieu et place d’un régime algérien sans voix, condamnant, soulageant, rassurant en son nom, en dit long sur la fébrilité montante entre Paris et Alger sur le front sécuritaire. Il suffit d’écouter ce bon docteur Kouchner : « Quand on parle aux responsables algériens, au président Abdelaziz Bouteflika, ils sont déterminés à poursuivre », a-t-il affirmé sur RTL ce 9 juin. Sauf qu’ils « se battent contre ce que l’on croit à chaque fois être le dernier attentat ». C’est ce qu’on appelle tirer sur une ambulance.
Lire ou relire dans Bakchich :










Version imprimable
Recommander à un ennemi