Sans surprise ce sont les Marocains du RMF (Rassemblement des musulmans de France) qui ont remporté les élections des instances représentatives du CFCM, le Conseil français du culte musulman, organisées le 8 juin. Et pour cause ! La Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP) de Dalil Boubakeur, tenue par les Algériens, a boycotté le scrutin. En cause ? Le recteur Boubakeur, soutenu par Alger sur ce coup, voulait avoir la garantie d’être nommé président du CFCM pour la troisième fois consécutive. À deux reprises dans le passé, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, le lui avait accordé.
S’estimant dans son bon droit, l’ami Boubakeur n’a pas hésité à menacer, en avril dernier, de boycotter les élections du 8 juin si les Français ne lui garantissaient pas cette satanée présidence. Pour plaider sa cause en haut lieu, il gratte à la porte de l’Élysée mais atterrit dans le bureau de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur. Qui lui oppose une fin de non-recevoir : les urnes trancheront ! La ministre pousse même le bouchon jusqu’à lui suggérer de nouer des alliances stratégiques avec les Marocains. Ambiance…
Furieux, Dalil Boubakeur réunit alors ses troupes pour leur annoncer que personne de la Fédération de la Grande mosquée de Paris ne participera aux élections du CFCM. Puis, quelques jours plus tard, il organise une conférence de presse et réitère ses propos. Principal argument avancé : le mode de désignation des délégués votants dont le nombre varie en fonction du nombre de mètres carrés des mosquées appartenant aux différentes fédérations en compétition. Or, pour la Mosquée de Paris, les Marocains ont triché sur les surfaces de leurs lieux de culte.
Boubakeur fait la girouette
À ce stade, l’affaire semble pliée et les compagnons de Dalil Boubakeur ne se présenteront pas le 8 juin. C’était sans compter sur la guerre de tranchées qui égaye la vie de l’ambassade d’Algérie depuis de longs mois maintenant. Plus exactement entre l’ambassadeur, Missoum Sbih, proche du président Abdelaziz Bouteflika, et le responsable des services secrets algériens en France, le colonel Ali Bendaoud, lui aussi en poste à l’ambassade. Les deux hommes ne peuvent pas se sentir ! Or, depuis de nombreuses années, c’est le colonel qui gère le dossier « Islam de France » pour le compte d’Alger et tient Dalil Boubakeur en laisse.
Et voilà que le recteur de la Mosquée de Paris se met à jouer les girouettes à la fin avril en annonçant que, finalement, ceux qui le souhaitent pourront se présenter aux élections qui désignent les membres des 25 conseils régionaux (CRCM) du culte musulman. Avant de se rétracter arguant du fait qu’Alger lui a ordonné que personne ne bouge ! Il faut dire qu’entre-temps, Dalil Boubakeur a été convoqué par l’ambassadeur d’Algérie qui lui a intimé l’ordre « d’être cohérent avec lui-même » et de maintenir le boycott des élections. Notons qu’au passage l’ambassadeur Sbih a mis la main sur ce dossier tandis que le colonel Bendaoud était convoqué à Alger pour s’expliquer sur la gestion chaotique des élections au CFCM.
Guéant prié d’aller se faire voir à Alger
Tout chafouin que les Algériens ne participent pas au scrutin, les Français ont fini par mettre leur nez dans les salades de l’ambassade. Histoire de débloquer la situation. Exceptionnellement, ce n’est pas le ministère de l’Intérieur (en charge des Cultes) qui s’en est chargé mais l’Élysée, en la personne de Claude Guéant. Le secrétaire général du Château a convoqué Dalil Boubakeur au tout début du mois de mai pour l’entendre geindre que c’est la diplomatie algérienne qui lui a donné l’ordre de bouder le scrutin du 8 juin et que l’Élysée n’a qu’à… téléphoner à l’ambassadeur !
Missoum Sbih sera à son tour convoqué au Château par Claude Guéant. Objectif : convaincre le diplomate de la nécessité pour les Algériens de participer aux élections du CFCM. Les fortes tensions diplomatiques entre Paris et Alger au sujet du projet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) ne l’y aideront guère. Toutefois, suite à un courrier que lui a envoyé Dalil Boubakeur qui essaye aussi de faire plaisir à la France, l’ambassadeur accepte que la Grande Mosquée conserve les deux délégués au CFCM auxquels elle a droit de facto en tant que membre fondateur de cette institution. Ceux-ci lui permettront de continuer à avoir son mot à dire dans trois importantes commissions du CFCM : l’émission « Vivre l’Islam » diffusée sur France 2, la viande hallal et les voyages à la Mecque.
Quant à Dalil Boubakeur, il devrait pouvoir briguer le poste de président d’honneur du culte musulman et aller picorer des petits fours à l’Élysée avec le futur président du CFCM (qui devrait être le Marocain Mohamed Moussaoui) lors de la cérémonie des vœux. L’honneur est sauf.










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