La commission Copé, chargée de réfléchir à l’avenir de la télévision publique sans publicité, a présenté mercredi dernier 11 juin un projet de nouvelle structure du groupe public France Télévisions, avec notamment une réorganisation de la chaîne France 3 autour de sept régions. Un séisme pour la chaîne.
Le président de la commission indiquait qu’il souhaitait « renforcer l’identité régionale de France 3 par un renversement complet de son mode de fonctionnement. Au lieu d’une chaîne nationale, et de décrochages régionaux, on propose un réseau de chaînes régionales et un décrochage national ».
Une annonce qui n’a pas tardé a provoquer des réactions chez les syndicats. Le SNJ-CGT a estimé que cela signifiait « la fin de la rédaction nationale ». Jean-François Téaldi, membre de l’intersyndicale de France Télévisions et porte-parole de la SNJ-CGT, fulmine. Pour lui il s’agit purement et simplement de la « disparition de France 3 ».
Des idées mais pas de pistes de financement
Et pourtant, auditionnés il y a quelques semaines par la commission, les dirigeants de France 3, bien silencieux jusqu’ici, n’avaient pas ménagé leurs efforts pour défendre l’identité de la chaîne. Ainsi dans le compte-rendu d’audition que s’est procuré Bakchich, Geneviève Giard, directrice générale de France 3, affirme que « le mélange de national et de régional est la force de la chaîne ». Et d’avancer des pistes pour l’avenir de France 3 afin d’en faire un média global. Ainsi, deux sites internet doivent être lancés. L’un, « c’est culte » sera, dès le 21 juin, le portail culturel de la chaîne. L’autre, « Régions », est en cours de développement.
Mais l’actuelle directrice de la chaîne est bien en peine d’avancer des pistes de financements. À la question « votre ambition (global média, réforme de structure) est-elle possible à budget constant ? » Geneviève Giard répond qu’ « il va falloir rationaliser et investir. Nous travaillons à l’élaboration d’un business model. Mais il va falloir investir. Si notre offre internet est attirante, on devrait pouvoir trouver des partenaires institutionnels. » Voilà des pistes concrètes ! Des idées donc, pas d’argent, et un certain angélisme. Ainsi Rémy Pfimlin, directeur général des NMPP et ancien directeur général de France 3, affirme, lui, à la commission que « la suppression de la publicité apporte une indépendance éditoriale qui doit apporter innovation et ouverture. » On aimerait y croire…
Mais où est Carolis ?
À la rédaction nationale, il règne « un attentisme pétri d’angoisse », confie l’un des cadres de la chaîne. « On aimerait bien que le PDG choisisse son camp », affirme quant à lui à Bakchich, Jean-François Téaldi. « Depuis l’annonce de Jean-François Copé, on ne l’a pas entendu. » L’intersyndicale, qui reste unie malgré des tensions croissantes, appelle donc à manifester mercredi 18 juin, de Bastille à République.
Du côté des régions, on ne sait pas trop quoi penser. L’annonce de Copé constitue-t-elle une victoire du régional sur le national ? Rien n’est moins sûr. Pas de plan de financement clairement défini, et la crainte de devoir payer un coût social après le regroupement des régions (de 13 à 7). Laurent Corteel, directeur régional de France 3 Ouest avait reconnu devant la commission que « l’organisation est ancienne », ajoutant que « dans l’organisation actuelle, on aurait du mal à augmenter la part régionale. »
Peu importe, la commission, que beaucoup considère comme illégitime (les socialistes, la SNJ-CGT, Sarkozy ?) s’est fait son idée, si ce n’était pas déjà le cas avant les auditions. Elle aura donc réussi le tour de force de faire la quasi-unanimité contre elle. Et ce n’est pas fini. L’Europe qui, par la voie de Viviane Reding, commissaire à la Société de l’information, a déjà dit ce qu’elle pensait (de mal) des pistes de financement (notamment le projet de taxes sur internet) pourrait avoir envie de mettre son nez dans les affaires françaises et de retoquer les propositions de la commission Copé. C’est ce qu’on appelle le Copé-décalé.
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