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Ils ne l’appellent que Rachida

Patronyme / mercredi 18 juin par Akram Belkaïd
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De l’usage du prénom Rachida pour désigner dame Dati, ministre de la Justice.

Il y a dix jours, sur Canal +, Jean-Pierre Raffarin a donné son avis sur les diverses et récurrentes polémiques qui entourent Rachida Dati. Comme à son habitude, l’ancien Premier ministre français a louvoyé, oscillant entre soutien plus ou moins ferme et critiques implicites à l’adresse de la garde des Sceaux.

Mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est l’une de ses phrases dont je vous cite de mémoire le contenu. « Rachida, a-t-il expliqué, est quelqu’un qui a de la personnalité et qui sait où elle va ». Vous noterez qu’il n’a pas dit « Madame Dati » ou tout simplement « Rachida Dati ». Non, il l’a désignée par son prénom et il a fait cela de manière systématique durant tout l’entretien avec Laurence Ferrari.

Ce qu’il y a d’intéressant dans l’affaire, c’est qu’il n’est pas le seul dans ce cas. La semaine dernière, un confrère parisien m’a ainsi téléphoné pour savoir ce que je « pensais du cas Rachida ». Je lui ai alors demandé pourquoi il l’appelait de la sorte. Blanc à l’autre bout de la ligne puis cette réponse embarrassée : « Bah, tout le monde l’appelle comme ça, non ? ». Et c’est bien le problème. Combien d’hommes politiques, de journalistes ou de personnalités du show-biz versent dans cette familiarité à l’égard des beurs ? En son temps, déjà, Dominique de Villepin évoquait sa confiance en « Azzouz », alors secrétaire d’État à l’égalité des chances, et il suffit de tendre l’oreille pour entendre les uns et les autres parler de « Rama » ou de « Fadela » comme on parle de bonnes copines ou d’adolescentes pour lesquelles on a cette affection qui excuse les petites bêtises.

« Ne l’appeler que Rachida, c’est penser Fatma »

S’agit-il d’une forme de complicité qui serait la marque du monde politique ? Je ne le crois pas, n’ayant jamais ouï Raffarin parler de « Roselyne » ou de « Christine ». On m’objectera que les dirigeants socialistes, communistes ou verts ont tendance à s’appeler par leurs prénoms en public. C’est vrai, mais il s’agit-là d’une certaine forme d’égalitarisme forcé, une manière de se rappeler les uns aux autres qu’il n’y a pas, parmi eux, de tête qui dépasse. Si j’insiste sur cette histoire, c’est parce que je suis convaincu qu’évoquer Rachida Dati uniquement par son prénom est loin d’être innocent. Cela traduit ce paternalisme, parfois inconscient, que subissent souvent les enfants de l’immigration y compris (et surtout) celles et ceux qui veulent que l’on oublie leurs origines pour ne retenir que leurs seules compétences. J’irai même plus loin : ne l’appeler que Rachida, c’est faire comme il n’y a pas si longtemps où l’on ne disait que Fatma et le titre de cette chronique aurait pu s’intituler « Ne l’appeler que Rachida, c’est penser Fatma ».

Ne croyez pas que je cherche à défendre Rachida Dati : elle n’en n’a pas besoin et, de toutes les façons, elle est loin de constituer ce que j’appellerai une cause prioritaire. Il reste que cette tempête autour d’elle est un cas d’école dont devraient s’inspirer tous les enfants issus de l’immigration qui cherchent à s’en sortir. Cette histoire de prénom, tout comme le procès en obscurantisme qui lui est fait depuis la pathétique affaire du mariage annulé pour cause de mensonge à propos de la virginité, démontrent qu’ils ne pourront pas éviter de se trouver en face de personnes tentées de leur rappeler leurs origines qu’elles soient raciales ou sociales.

Dans un pays qui a connu une révolution et plusieurs révoltes, la notion de classe, quoiqu’en disent quelques « socialistes » qui n’en finissent pas de se perdre, demeure incontournable. Appeler quelqu’un uniquement par son prénom, surtout dans un univers policé où chaque code compte, c’est, consciemment ou non, le rabaisser. C’est lui rappeler que l’on n’oublie pas d’où il vient et que, par conséquent, lui aussi n’a pas intérêt à le faire. Les déboires de Rachida Dati démontrent aussi l’importance de la manière dont l’élévation sociale est perçue. A tort ou à raison, de nombreux Français sont aujourd’hui convaincus que la ministre de la Justice ne doit sa position qu’à la volonté de Nicolas Sarkozy (vous voyez chère Lamia, je ne l’appelle plus « le mari de Carla », et c’est bien pour vous faire plaisir !).

Seule la compétence compte

La mise en cause a beau se défendre, clamer qu’elle possède ses réseaux et les compétences requises, on voit bien que le message a du mal à passer et les polémiques au sujet de ses tenues, de son autoritarisme et de ses études n’arrangent pas les choses. En réalité, la compétence est la condition première pour la réussite des enfants d’immigrés.

C’est elle qui forge la légitimité et force le respect. Sans elle, le soutien du plus puissant des réseaux ne sert à rien car, tôt ou tard, l’heure de vérité sonne avec violence. S’élever au-dessus de sa condition est un combat qui n’est jamais terminé et il ne suffit pas d’arriver pour se croire installé. Une fille ou un fils d’immigré peuvent être admis dans les cercles les plus fermés, il ne devront jamais baisser leur garde et quelle meilleure protection que leur compétence ? Ce qui signifie une chose : il faut, un jour ou l’autre, savoir dire non, et réfréner ses ambitions afin de ne pas franchir ce que l’on appelle communément son seuil d’incompétence. Un berrichon incompétent déclenchera certainement les critiques, mais un beur ou une beurette incompétents provoqueront des torrents de fiel surtout si leur comportement est jugé arrogant ou revanchard.

Quoiqu’en dise ce bon vieil Edouard (je parle de Balladur, pas du fils de notaire), rien ne prouve vraiment que Dati soit « nulle » ou incompétente (mais inexpérimentée, pressée, brutale, c’est très possible). Le serait-elle qu’il ne faudrait tout de même pas oublier que dans l’actuel gouvernement, il y a des ministres qui sont de véritables branquignoles (des ’bghoulas’ pluriel de ’bghel’, si vous préférez) que l’on critique rarement, alors qu’il suffit de les écouter parler pour se rendre compte de leur vacuité. Comment expliquer cette différence de traitement ? Peut-être parce qu’ils ne s’appellent pas Rachida. Ou alors parce qu’ils ont compris que modestie et discrétion sont, que l’on soit compétent ou pas, mères de toutes les assurances…

Voir en ligne : in le Quotidien d’Oran

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  • Ils ne l’appellent que Rachida
    le samedi 20 septembre à 00:37, Jean Rage a dit :

    Mouais … c’est pas faux. Sauf peut-etre pour le coup de Rachida Fatma qui me laisse sceptique. N’étant pas beurette moi-même je n’ai pas cette notion là. Je penche plus pour l’hypothèse du paternalisme, en fait.

    Y a aussi la suffisance des quelques racistes qui ne font voir qu’eux, mais je pense que pour ceux qui ne sont pas racistes (la majorité j’espère), se laisser aller à du paternalisme est très possible. On le sait bien que ça n’a pas été facile pour les émigrants de première génération, et que le choc des cultures et de la langue a engendré de profondes incompréhensions… Forcément on veut que maintenant il y ait l’égalité entre eux, leurs descendants et nous !

    Maintenant, on sait très bien que les membres de notre gouvernement sont en majorité stupides, vu leurs actes, donc on peut supputer des traces de supériorismyte aigüe …

    Quand à nous, les français. Si la majorité des français pensent comme moi ça donne : Rachida Dati , voyons … Ministre de la Justice ? Woaow, faut pas plus d’expérience pour diriger la Justice ? Point fondamental de notre démocratie ??? Soit, voyons ses compétences donc … Ah ? C’est ça qu’elle fait à la justice ? Ah oui là, on est dans la merde …

    Remarquez avant tout, que la même réflexion m’est venue concernant Morin (qui pour moi n’a pas de prénom) à la tête de nos armées !!! En fait là j’ai même bondit parce que : Morin ?? A la tête de l’Armée ???? Mais c’est quoi le but ? Liquider notre force militaire ??

    J’avais raison t’as vu ?? Ils liquident notre défense nationale, Le Morin aux ordres de son patron. C’est quoi le but à long terme ??

    Quelqu’un s’en inquiète ?

  • Ils ne l’appellent que Rachida
    le dimanche 27 juillet à 01:47, Dina a dit :

    Votre article est interessant,cependant,permetez_moi d’ajouter quelques observations. Les acteurs politiques "issus de l’immigation"_selon le terme consacré ont des caractéristiques communes,quels qu’ils soient. D’une part les médias prennent bien soin de surligner leurs origines ;surtout si ces acteurs politiques ont le teint basané. D’autre part,ils sont souvent à l’origine : des mesures les plus impopulaires (p.ex.R.Dati avec La Carte Judiciaire),ou alors des saillies verbales les plus ridicules (p.ex.F.Amara dont l’indigence de son vocabulaire n’a d’égale que son abyssale stupidité).Ainsi,l’opinion peut être tentée d’associer l’incompétence et la stupidité à tous les descendants d’immigrés maghrébins et africains.Tout cela étant éxacerbé par l’islamophobie ambiante. (Et que dire de la présence de ces ministres "issus de la diversité" au sein d’un gouvernement qui a comme objectif,de limiter l’immigration_aux moyens de fichages ADN,d’enfermements_y compris d’enfants et malades_et j’en passe). IL est vrai que la façon d’apprehender les gens "issus de minorités visibles a des relents post_coloniaux. Ces ministres,descendants de gens d’anciennes colonies doivent vraiment se détester pour cautionner une politique ouvertement raciste.

    p.s:pouvez_ vs svp éviter d’employer des mots tels que "beur" ou "beurette".Personnellement,je suis une jeune fille,un être humain,pas un produit laitier ;une "beurette".Ces racourcis de langage sont cèrtes pratiques,mis très injurieux. Bien à vous Dina

  • Ils ne l’appellent que Rachida
    le lundi 21 juillet à 18:25, livia a dit :
    Tout comme Plume, je pense que le fait d’être appelée Rachida plutôt que Mme Dati n’a strictement rien à voir avec le fait qu’elle soit de telle ou telle origine….. D’ailleurs, les politiques du gouvernement Sarko ont quasi tous des petits noms ou surnoms….. Je crois que c’est surtout une volonté de la droite décomplexée de faire "djeuns"…… tout comme le soit disant franc parler de Sarko est censé faire "rupture"……. D’où les tutoiements permanents, les p’tits noms, les "Casse toi pôv con" ou les "Descends si t’es un homme" etc, etc …… A mon avis, c’est dans la même lignée…. Hormis çà, il faut reconnaitre que Mme Dati a tellement oeuvré pour passer pour la super copine de Sarko en lêchant d’abord les escarpins de Cécilia, puis ceux de Carla que forcément, ça porte à une certaine familiarité….. Elle avait donc réussi son coup de "je suis la plus proche du président, on est super potes….. d’ailleurs, il m’appelle Rachida" jusqu’à ce que patatras, la Carlita vienne foutre sa zone….. Du coup, le Rachida de copinage des débuts perd tout son sens et on en vient à se poser la question "Mais pourquoi l’appelle-t-on Rachida ?"…. Simplement parce qu’elle a tout fait pour !!!!
  • Ils ne l’appellent que Rachida
    le vendredi 27 juin à 19:56
    Rachida(Dati), Ségolène (Royal), Roselyne (Bachelot)….. La familiarité est monnaie courante envers les femmes politiques.C’est inadmissible. Il ne s’agit ici ni d’origine, ni de beurs, ni de quoi que ce soit. SImplement il s’agit de l’infantilisation et de la négation de la capacité des femmes en politique… !C’est une façon des les amoindrir et de ne pas les prendre au sérieux.
  • Ils ne l’appellent que Rachida
    le mercredi 25 juin à 05:49, Laure du 14 a dit :
    J’avais déja remarqué cette (facheuse) tendance au cours de la dernière élection présidentielle et particulièrement chez Arlette Chabot qui nommait, systématiquement, les personnes "issues de l’émigration" par leur prénom. Dans certaines familles, on nomme encore son personnel de service par son prénom…
    • Ils ne l’appellent que Rachida
      le mardi 15 juillet à 01:11, Cool a dit :
      C’est exactement l’exemple d’Arlette Chabot que je voulais prendre. Elle ne manque jamais une occasion de faire preuve de condescendance envers les invités d’origine immigrée. Les "Mots Croisés" et autres émissions spéciales de l’époque des émeutes en banlieue en sont des illustrations patentes de l’usage systèmatique du prénom envers l’intervenant "beur"…
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