En ces temps de manifestations contre la réforme des retraites, il n’est pas inutile de lire un petit livre concocté par la FSU sur le sujet : Retraites : la solidarité a de l’avenir (Syllepse). Le principal syndicat de l’Education nationale a réuni ses cadres spécialisés dans la protection sociale. En moins de cent pages, ils rappellent qu’en 2003, François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, avait justifié l’allongement de la durée de cotisation à 40 ans en raison de l’accroissement du nombre de retraités. Les salariés, de moins en moins nombreux, n’arriveraient plus à payer pour ces oisifs ! Manque de pot, l’Institut National de la Démographie a montré depuis que ces prévisions catastrophiques ne sont pas réalistes : il n’y a aucun déséquilibre à craindre de ce côté-là. Les hypothèses sur lesquelles la réforme a été bâtie se révèlent caducs.
François Fillon, désormais Premier ministre, serre encore une fois la visse. Désormais, les salariés voulant toucher une pension complète, sans le malus instauré par la réforme de 2003, devront cotiser 41 ans. Le petit livre de la FSU ne se contente pas de montrer que cette politique est illégitime, mais tire aussi un premier bilan de la première réforme Fillon : les durées de cotisation n’augmentent pas, notamment parce que au-delà de 50 ans, les entreprises débauchent et les salariés s’épuisent. Résultat, les retraités partent avec moins d’argent, en particulier les femmes (garde d’enfants, temps partiel…). Et encore, lorsque les générations ayant fait des études supérieures et ayant été confrontées à des périodes de chômage arriveront à la retraite, le phénomène de paupérisation ne pourra que s’aggraver. Sympa François.
La FSU s’insurge devant cette insécurité sociale organisée par l’Etat : désormais personne ne peut prévoir à l’avance quelle sera sa retraite. La solution du gouvernement Fillon est l’épargne-retraite individuelle. Un dispositif indexé sur les montagnes russes de la Bourse et très inégalitaire car « 85% des personnes ayant souscrit à un complément retraite sont imposables, et plus le revenu est élevé, plus l’avantage fiscal accordé par l’Etat est important » (p.54). Ce système est particulièrement pervers puisqu’il détourne des recettes des caisses de retraite. La Cour des Comptes estime que les exonérations de cotisations patronales liées à ces dispositifs font perdre entre 4 et 5 milliards d’euros par an. Autant de recettes pour les assureurs.
Les auteurs soulignent que rien ne vaut notre système de répartition qui assure la solidarité entre les groupes sociaux et les générations.
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