Alors que Sarkozy se prépare à recevoir en grandes pompes le président Bachar El Assad le 14 juillet prochain à Paris, ce documentaire signé Amal Hamelin des Essarts a tenu sa promesse : comprendre mieux un pays sans gaz ni pétrole dont « la richesse première est constituée de ses frontières » (« Syrie, partie d’échecs aux frontières », France 5 hier soir). Entourée de la Turquie, de l’Irak, et d’Israël (sans parler du Liban et de la Jordanie), la Syrie est à la fois victime et bourreau. Or rien de plus méchant qu’un animal blessé et cerné ! Cette méchanceté, c’est d’abord la population syrienne qui en fait les frais depuis quarante-cinq ans que dure la dictature Assad (le père Hafez et aujourd’hui Bachar).
Menacé par Israël (qui a annexé une partie du Golan, à 60 km de Damas), humilié par trois guerres perdues, se prétendant menacé par le petit Liban instable (à 40 km de Damas) dont il n’a jamais admis l’existence, menacé par la Turquie (qui lui a piqué une province du Nord), menacé par la présence américaine en Irak, le pouvoir syrien joue aujourd’hui la carte folle de l’Iran chiite, en soutenant le Hezbollah et en aidant les mollahs à s’implanter à Beyrouth. Comment arrêter cette fuite en avant ? Boutée officiellement hors du Liban, la Syrie y paralyse toute vie politique, éliminant par services secrets interposés et voitures piégées tout homme politique qui s’oppose à elle. Qui doute que Damas soit derrière l’assassinat de Rafic Hariri ?
En invitant Assad junior à Paris, Sarkozy fait un coup de poker : piétinant tous les principes humanitaires et diplomatiques, il prend le risque de torpiller l’action du Tribunal international qui enquête sur le meurtre d’Hariri. L’excellent documentaire de France Cinq montrait la complexité de la situation, la perversité de tous les acteurs, en donnant la parole à toutes les parties, y compris syrienne, sans laisser la moindre illusion sur le pouvoir de Damas. Le peuple syrien est épuisé. Mais si la Turquie entre dans l’Union européenne, alors « nous aurons une frontière commune avec l’Europe » sourit un officiel syrien. La Syrie, notre prochain voisin… Raison de plus pour s’y intéresser ! Dans cette partie d’échecs, on n’est pas sûr que le petit roi de Paris maîtrise vraiment les règles du jeu.










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