Un sénateur UMP de l’Essonne, qui vend des avions et de la presse, et dont le nom est Serge Dassault. Un homme connu, par conséquent, jusques au royaume de Belgique, pour sa vive brillance (qui fait comme un fanal dans la nuit des idées).
Vient d’exposer qu’il trouve gênant que l’Etat aide les chômeurs, ces faibles feignasses, et qu’il faudrait plutôt leur diminuer l’indemnité (après qu’ils ont passé une vie de labeur à cotiser à l’assurance du chômage).
Dans une déclaration où la décence monte vers de formidables hauteurs, Serge Dassault a posé que : « C’est quand même anormal de vouloir donner de l’argent de l’Etat qui n’en a pas beaucoup à des gens qui ne veulent pas travailler et coûtent aussi beaucoup d’argent à l’Etat". (En sorte que si qu’"on réduirait carrément les aides aux chômeurs, ce serait quand même plus efficace si on veut les faire travailler que de vouloir leur donner de l’argent sur denier de l’Etat ».)
On peut, naturellement, regarder cette saillie pour la confirmation que la droite régimaire a le goût de la haine de classe, et (donc) le désir fou de mettre enfin les miséreux au caniveau.
Mais cette envie que Serge Dassault a de briffer du gueux doit aussi nous interpeller - car elle peut, en somme, être vue comme une invitation à chercher si des chasseurs de sinécures ne se planqueraient pas dans les recoins de la République, et si de vraies grosses moules droitières ne s’accrocheraient pas au (large) rocher de la générosité publique.
Nous devons, dès lors, nous poser la question : comment réagirions-nous si par exemple nous découvrions (sidérés) un cumulard sommital, dont la fin serait en effet, par des moyens divers, de prélever de l’argent sur le denier de l’Etat ?
Le gars serait, par exemple, marchand d’avions (de guerre, tant qu’à faire, mais tout aussi bien de transport d’éminences), et bénéficierait, depuis des temps immémoriaux, de la clientèle de l’Etat, qui lui reverserait ainsi un peu de l’argent de nos impôts.
Il aurait, aussi, des journaux (que ne distinguerait aucun excès d’irrévérence à l’endroit du régime), et vivrait donc, aussi, des aides que l’Etat consent à la presse - avec l’argent de nos impôts.
Puis enfin, pour faire la mesure : notre collectionneur siégerait au Parlement, où, nonobstant le code (électoral) qui dit que « sont incompatibles avec le mandat parlementaire les fonctions de chef d’entreprise dans les sociétés jouissant d’avantages assurés par l’Etat », l’Etat lui allouerait, avec l’argent de nos impôts, une dernière indemnité.
Notre homme serait ainsi une espèce champion de la prébende prélevée au denier de l’Etat, et, le découvrant, nous hurlerions, dans une formulation assez ronde, que c’est quand même anormal de vouloir donner de l’argent de l’Etat à des gens qui coûtent aussi beaucoup d’argent à l’Etat.
Et comme nous aurions raison…










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