Entre le XXe et le et le XVIe arrondissement de Paris, y a pas photo. Dès l’enfance, on est bien mieux loti chez les riches. Et surtout mieux éduqué ! La belle cuillère en argent de naissance, est très vite redorée à l’école publique. Dès trois ans. En plus d’êtres beaucoup moins bien nourris que les autres enfants parisiens, comme Bakchich l’avait raconté, ceux du XXe vont suivre leurs cours dans des classes particulièrement bondées à la rentrée de septembre.
Depuis des mois, nombre d’instituteurs se mettent régulièrement en grève pour protester contre les réformes du ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, prévoyant, entre autres, la suppression de classes dans les écoles maternelles et élémentaires. Mais il y a peu de chances pour que les petites têtes blondes du XVIe en pâtissent. Ou échappe à une partie du programme. Dans ce fort cossu quartier, une seule classe ferme. Et encore.
Si les effectifs réels en septembre ne correspondent pas aux prévisions, une classe sera ouverte à la rentrée. C’est du moins ce qu’affirme le rectorat de Paris. La fermeture, l’institution l’explique par la baisse prévue du nombre d’élèves, dans l’arrondissement, à la rentrée prochaine : 55 élèves en moins par rapport à la rentrée 2007. La mairie de la ville, elle, prévoit moins 5 écoliers par rapport à l’an passé. 5 bouts de choux ne remplissent pas une classe, et ne justifient donc pas de suppression. Mais grosso modo, le monde des écoliers jupe plissée et joli béret tourne bien.
Quatre écoles fantômes
Dans le XXe, (ces pauvres, il faut toujours qu’ils se fassent remarquer), c’est beaucoup plus compliqué. Les mairies de Paris et du XXe, socialistes, et le rectorat de Paris, qui s’efforce de tenir les objectifs fixés par les réformes gouvernementales, ne tombent pas du tout d’accord sur le nombre prévisionnel d’élèves dans l’arrondissement à la rentrée 2008. Etrange non ? Et la bataille tourne au grand écart. Entre les prévisions du rectorat de Paris et celles de la mairie du XXe : il y a plus de… 1000 élèves de différence, l’équivalent de quatre écoles. Alors que la mairie prévoit 15 473 écoliers à la rentrée dans l’ensemble de l’arrondissement, soit 537 élèves de plus qu’aujourd’hui, le rectorat en prévoit 14 324, soit 62 de moins qu’en septembre 2007. Cet écart s’explique par les méthodes de calcul. Pour l’inspecteur d’Académie en charge du premier degré Edouard Rosselet, qui se targue de disposer d’un formidable logiciel de calcul permettant de faire des prévisions sur la très longue durée, « la mairie du XXe n’a pas pu prendre en compte les nouveaux élèves, les départs, et les redoublements qui auront lieu entre juin et début septembre ».
La mairie du XXe, sans infirmer l’argument du professeur Rosselet, explique la monstrueuse différence par la malhonnêteté du rectorat : « leurs chiffres sont biaisés, dans la mesure où ils ont basé leur évaluation sur leur enquête annuelle de novembre. L’enquête consiste à relever le nombre d’élèves préalablement comptés par les directeurs d’établissement, dans chaque école. A ce chiffre, le rectorat enlève 10 %, correspondant selon lui à la marge d’erreur. In fine, ils n’ont pas pris en compte le fait qu’entre le mois de novembre et le mois de juin, il y a eu des changements, des déménagements, par exemple. » Et en effet. Alors qu’on comptait 14 385 élèves dans le XXe en novembre 2007, on en compte aujourd’hui 14 936, soit… 551 lardons supplémentaires.
A partir de là, quoi de plus logique, pour l’Académie, de s’appuyer sur ses chiffres pour justifier la fermeture de 2 classes dans l’arrondissement, les 2 blocages [1] et les 2 postes de soutien lecture squizzés. Au passage, là aussi, les chiffres divergent. Pour la mairie du XXe, le décompte du rectorat induit qu’il n’y aurait pas 2 classes supprimées à la rentrée, mais 3, pas 2 mais 4 blocages, assortis de 2 postes de titulaires et 3 postes de soutien lecture supprimés. C’est pas la taille qui compte mais quand même…
Les immigrés et les pauvres iront dans le privé
Les querelles chiffrologiques ne sont pas sans conséquences dans le XXe. L’arrondissement compte 48 écoles classées Zones d’Education Prioritaire (ZEP) sur 77 écoles publiques. Or, les ZEP ne peuvent, en théorie, pas dépasser 25 élèves par classe. Qu’il y ait quatre écoles ou moins dans le décor, le ministère de l’éducation nationale aura donc beaucoup de mal à recaser tous les élèves « en trop ». Pour la mairie du XXe, c’est clair, l’objectif du gouvernement est de « blinder les écoles dans des arrondissements comme le Xe et le XXe, y compris les ZEP, à 35 élèves par classe. »
Par ailleurs, comme beaucoup d’enseignants, la mairie s’inquiète de la suppression de Classes d’initiation (Clin) – conçues pour intégrer progressivement les élèves non-francophones fraîchement arrivés en France, via l’apprentissage de la langue française – et d’heures consacrées au soutien de lecture.
A contrario, pour le rectorat de Paris, ces fermetures ne posent aucun problème, « puisque on les regroupera dans des établissements spécialisés ». Ah ? Encore faut-il que les parents aient les moyens financiers de les inscrire dans le privé.
Mais nul doute que les prochains CDEN (Conseil Départemental de l’Education Nationale) du 4 juillet et de septembre, qui porteront sur les modifications autour de la carte scolaire vont désamorcer la situation…
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