Qui est l’ancien Président ? Faut-il parler de l’homme d’État, du chef de clan, de ses affaires de justice, ou du bon vivant fan de bière et de charcuterie ? Il y a deux ans, Patrick Rotman avait déjà réalisé un documentaire sur Chirac, en deux volets : « le jeune loup » et « le vieux lion ». L’animal politique, dont l’auteur voulait retracer le parcours, était alors président de la République en exercice.
Pour Laurent Delahousse et Christophe Deloire, le projet et le contexte de ce nouveau docu sont différents. Chirac a quitté l’Élysée, un an s’est écoulé. « Notre objectif était de réaliser une enquête pour savoir qui était Jacques Chirac, l’homme et sa famille », confie Deloire. « Les affaires de justice sont brièvement évoquées mais ce n’était pas le thème central de notre travail ». Tant mieux, cela laisse du travail à Bakchich…
Le documentaire se lance sur le discours de Jacques Chirac, le 11 mars 2007. Ce jour-là, il annonce qu’il ne se représentera pour un nouveau mandat et prononce cette phrase lourde de sens : « Cette France que j’aime autant que je vous aime ». Signe de l’importance du moment : on recense 104 versions de ce discours, modifié après d’incessants allers-retours entre Jacques Chirac et le secrétaire général de l’Élysée, Frédéric Salat-Barroux. Et dire que certains ont osé qualifié Chirac d’inculte…
Tout s’est cristallisé autour de ces quelques mots. Jacques Chirac voulait égaler son prédécesseur, François Mitterrand, qui dans son discours du 31 décembre 1994, avait déclaré aux Français : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ». Mais jusqu’au dernier moment, l’inconnu de l’Elysée hésite à se laisser aller à cette déclaration d’amour.
Les proches de Chichi sortent de leur silence
Grâce à des images d’archives, aux témoignages de journalistes et des collaborateurs de l’ex-président - que Rotman n’avait pas obtenus - les réalisateurs qui ont multiplié les entretiens en France et à l’étranger tentent de percer le mystère « Chirac ». Un mystère construit sur plusieurs décennies de vie politique ! Bakchich n’a eu accès qu’au DVD presse de 20 minutes. Nous attendons donc la diffusion pour savoir si les réalisateurs y parviennent…
Ce que l’on sait déjà : les proches de Chichi qui avaient jusque-là peu parlé sortent (enfin !) de leur silence. A l’image de sa fille, Claude Chirac, conseillère en communication de son père pendant douze ans et aujourd’hui directrice de la communication du groupe PPR (ex-Pinault-Printemps-Redoute). François Pinault, un bon ami de « Papa ».
Assurément, Claude est la plus discrète du clan. A côté, sa mère est une pipelette ! « À partir d’octobre 2007, nous avons fait un long travail d’approche auprès des Chirac pour que l’un d’entre eux accepte de s’exprimer dans le documentaire. Nous pensions que ce serait Bernadette », se rappelle le réalisateur. « Nous avions d’ailleurs rendez-vous avec elle, le 12 mars. Elle a annulé au dernier moment. Le 20 mars, nous avons réussi à rencontrer Claude Chirac, au café Le Bourbon, à côté de la Fondation de son père. »
La rencontre avec Claude Chirac n’a pas été facile à obtenir. Les réalisateurs ont multiplié les coups de téléphone directs et les demandes d’entretiens auprès de ses proches. Méfiante, la fille Chirac, qui n’a pas accordé d’interview télévisée depuis l’émission de Mireille Dumas en 1992, hésite. Puis finit par donner son accord, sans poser de conditions. Pas même celui de voir le résultat final qu’elle découvrira lundi soir.
Paradoxe de la situation : celle qui a contrôlé la communication du Président de la République pendant douze ans n’a pas habitude d’être face à la caméra. Généralement avare de confidences, la fille Chirac, timide et dans la retenue, accepte néanmoins de parler de sa famille et même de sa sœur malade, Laurence.
Qu’en pense Claude ?
Dans ce documentaire, Claude revient aussi sur la passation de pouvoir entre son père et Nicolas Sarkozy, le 16 mai 2007. Ce jour-là, au milieu des collaborateurs qui se tiennent dans la cour de l’Élysée, elle porte une veste en cuir rouge. Plutôt flashy pour une femme d’ordinaire assez reservée. Faut-il y voir le signe de son émancipation face à son papa ? Réponse de l’intéressée : « Je ne sais pas, je ne m’en souviens plus. C’est mon inconscient qui a dû parler ».
Claude Chirac, à l’image de l’ancien chef d’État, reste mystérieuse et contrôle son image. Si Jacquot s’est construit un rôle de président proche du peuple, capable d’enfiler moult plats et cochonailles, Claude s’est créée un personnage de discrète. Femme de l’ombre - l’ombre de son père - mais omniprésente, elle a eu une influence décisive sur toutes les décisions prises par celui qu’elle appelait en public « Chirac » puis « le Président ». Son père, lui, écoutait souvent - mais pas toujours - les conseils de cette fille qu’il a constamment défendue, même quand elle était sévèrement jugée pour sa possessivité et sa rigidité. « Qu’en pense Claude ? » avait-il d’ailleurs coutume de demander.
Jacques et Claude ont toujours fonctionné en tandem. En duo. Même à la télévision, l’un ne va pas sans l’autre.








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