Tout le monde s’y attendait : la BCE a monté son taux de refinancement. Elle ne l’aurait pas fait que tout le monde aurait été déçu. À Paris, les habituels cris d’indignation ont accompagné la nouvelle, mais sans que cela n’ait vraiment de conséquences. D’abord, parce que ministres et conseillers ont conscience que les problèmes de l’économie française ne dépendent pas d’un quart de point dans le taux de refinancement de la BCE… Ensuite, parce que depuis le temps que la classe politique se livre à un dénigrement systématique de la BCE, le côté rituel de l’opération en efface l’efficacité pratique. Enfin, parce qu’une nouvelle rumeur se répand à Paris : les Allemands eux-mêmes trouvent que la BCE en fait trop !! Laissons les agir… Tous les commentateurs le disent, bien que cela ne soit pas tout à fait exact. Ce que les Allemands défendent, c’est un durcissement coordonné des politiques monétaires. Pour eux, ce n’est pas la BCE qui en fait trop, ce sont la Réserve fédérale américaine (FED) et la Banque du Japon qui n’en font pas assez. Résultat, la préoccupation économique du moment est plutôt de savoir comment on va boucler le budget 2009.
Il faut dire que c’est la période. Tous les ans à l’été, il faut construire le budget de l’année suivante et depuis quelques temps, cette opération prend de plus en plus de retard. La position de Nicolas Sarkozy en la matière est claire : il ne faut pas trop se laisser impressionner par les appels européens à plus de rigueur. D’autant qu’en ce moment, parmi les pays tancés par Bruxelles, il y a l’Espagne du fait d’un taux d’inflation supérieur d’un point à la moyenne européenne et d’un déficit extérieur qui, rapporté à la production du pays, est le plus élevé du monde. Or, les finances publiques espagnoles sont équilibrées. Le taux d’endettement public y est de 35% alors qu’il est de 64,4% en France et de 62% en Allemagne. A quoi cela sert-il d’être vertueux si de toute façon, les eurocrates trouvent toujours une raison pour vous faire des reproches ?? !!
La solution, c’est l’inflation !
Pour l’instant, Bercy travaille sur l’hypothèse d’un déficit ramené à 35 milliards, soit environ 15 milliards de moins qu’en 2008. Pour y parvenir, il faudrait d’abord mobiliser toutes les économies possibles et imaginables que les audits divers et variés ont évaluées à 12 milliards. Puis il faudra trouver de nouvelles recettes.
La position officielle, c’est que la croissance les fournira. D’ailleurs, quand l’Insee annonce une croissance poussive, Sarkozy fait les gros yeux en l’accusant de se tromper sans cesse. La position officieuse, c’est qu’après tout, l’inflation a du bon : les prix qui augmentent, augmentent les recettes de TVA, et on serait bien bête de s’en priver. Évidemment, cela ampute le pouvoir d’achat. Mais cela n’a guère d’importance : Thierry Saussez s’en occupe en ligne directe.
Finalement, dans les cercles gouvernementaux, on pense de plus en plus que dans la situation présente, un peu d’inflation éviterait la rigueur et ses hausses d’impôts. En outre, chaque fois qu’au nom de la lutte contre l’inflation la BCE augmente les taux d’intérêt, la charge de la dette s’alourdit : un point de taux supplémentaire, cela coûte grosso modo 1,6 milliards d’euros. Trichet, en augmentant d’un quart de point le taux, a potentiellement généré une dépense supplémentaire pour l’État de 300 à 400 millions d’euros. Le débat qui se noue désormais autour de Sarkozy devient donc plus fondamental : ce n’est plus la BCE en tant que telle qui est en cause, mais la philosophie de la politique économique en Europe dont le point focal est le refus de l’inflation.
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