Ancien Grand Maître du Grand Orient de France (GO), poste qu’il a dû quitter parce que l’organisation impose un renouvellement permanent, Alain Bauer se sent un peu désœuvré. Il continue d’arpenter les couloirs de l’Élysée, il déjeune avec les grands patrons, tuyaute les journalistes qui veulent bien l’écouter (ils sont relativement nombreux) et il fait prospérer sa petite société de conseil en sécurité en travaillant avec des élus locaux. De quoi largement occuper un homme. Mais pas un surhomme.
La polémique – relativement incompréhensible pour le commun des mortels – sur la nécessité ou pas d’avoir des loges maçonniques mixtes, permet à notre ami de revenir dans l’actualité. Dans une tribune publiée par Le Monde (8/07), il lance carrément une OPA sur la franc-maçonnerie française. Une ambition qu’il cultive depuis toujours, selon certains de ses ennemis, qui pointent son goût immodéré pour se présenter comme un homme au centre de tout. Ce qui en fait un interlocuteur pour tout le monde. Le besoin d’exister.
« Les sœurs sont des frères comme les autres »
Qu’écrit Alain Bauer ? Il estime que « les sœurs sont des frères comme les autres ». Il fallait oser la figure alors que les membres du Grand Orient en sont à se menacer de procès devant les tribunaux internes et devant les tribunaux de la République !
Face à cette pétaudière, Alain Bauer propose « de construire intelligemment une fédération de loges masculines, féminines et mixtes dans le Grand Orient de France qui a déjà la chance, depuis sa fondation, de travailler à tous les rites disponibles dans la franc-maçonnerie ».
« En réfléchissant ensuite à une Confédération maçonnique de France, rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui partagent les valeurs communes de la maçonnerie française. Affaiblir la principale obédience maçonnique française ne sert que les adversaires de la cause légitime défendue par des loges souveraines qui veulent initier des femmes. La justice maçonnique, comme celle de la République, ne sont pas les outils adéquats pour résoudre ce problème. Il faut que les loges, par référendum interne, marquent leur préférence de loge. Que le Grand Orient fasse preuve d’ouverture en leur laissant la liberté d’initier qui elles veulent. Et qu’une conférence rassemblant le Grand Orient, le droit humain, les grandes loges mixtes et la Grande Loge féminine de France puisse commencer à tracer la voie d’une évolution nécessaire mais surtout volontaire » , explique doctement l’homme d’influence.
Vers une nuit des longs compas
Une proposition qui a le don d’énerver les membres des obédiences rivales comme la Grande Loge de France ou la Grande Loge Nationale de France (celle-ci se targuant d’être la seule à être reconnue par les francs-maçons anglais, qui sont à l’origine de la franc-maçonnerie moderne). Certains y voient la volonté hégémonique du Grand Orient. D’autres y voient surtout une manœuvre de Bauer. « Bauer sait qu’il ne peut plus être Grand Maître du GO. Son idée est de créer une confédération afin de pouvoir en prendre la tête. Il cherche un poste de pouvoir. Il ne faut pas oublier qu’il cherchait jusqu’à présent à piloter une sorte de conseil de sécurité intérieure pour Sarkozy. Le projet a été abandonné. Il cherche donc un autre poste. Comme il connaît très bien la franc-maçonnerie, il pense pouvoir organiser tout ça autour de lui et devenir l’interlocuteur privilégié du pouvoir politique » , explique un membre du GO.
Un ami de l’auguste personnage souligne que Bauer « a toujours voulu montrer qu’il était au centre des événements. Il a besoin de montrer aux autres qu’il peut tout organiser. Si on le laissait parler, il nous expliquerait qu’il a déclenché mai 68 à lui tout seul. Par chance, il était trop jeune (il est né en 1962). Je suis sûr qu’il veut impressionner Sarko en essayant de devenir le grand vizir de tous les francs-maçons ».
Si c’est pour impressionner Super Sarko, les francs-maçons savent ce qu’il reste à faire.
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