Mais c’est trop de sévérité que de brocarder une aussi courte majorité, puisqu’elle est du… double, comme on s’en aperçut tardivement. Ça n’avait en revanche pas échappé le jour même à François Hollande. Ne fut-il pas de la Cour des Comptes ? Qu’on en juge. Huit cent quatre-vingt-seize parlementaires ont exprimé un vote, pour ou contre. Pour être adoptée, la révision proposée devait recueillir les trois cinquièmes de ces « électeurs » ; soit [(896 : 5) x 3]. Résultat : 537, 6 ; autrement dit 538, un parlementaire n’étant pas sécable. Or, le texte en a obtenu 539. CQFD.
Ce modeste supplément serait dépourvu d’intérêt s’il n’exonérait Jack Lang d’être « LE » coupable unique de la victoire sarkozienne. Il va falloir trouver (le vote étant public comme il convient à une Assemblée) une autre tête de turc qui, de gauche ou le prétendant, a voté en faveur de la révision.
D’autant qu’on peut, aussi, faire le crédit à Jack Lang d’avoir voté sincèrement. Évidemment, il est guetté par une exclusion du parti socialiste ; mais on peut gager qu’il s’en moque. Il y a beau temps que, dans sa tête, le divorce était prononcé ; pour cause d’inertie chronique du parti en question. On ne saurait lui en faire grief.
Indiscutablement acquise, la majorité qui permet la révision n’en est pas moins « faible, médiocre et aléatoire » pour reprendre une expression de Charles De Gaulle dans des circonstances similaires. On en verra l’incidence dans l’application de dispositions qui, par leur nombre, par leur recherche du détail, leur description procédurale ont fait, d’un texte dit fondamental, non plus une Constitution, mais un catalogue. Quoique il n’y soit pour rien, le Conseil constitutionnel peut se frotter les mains, son fonds de commerce vient de connaître une formidable expansion. Car cette prétendue Constitution nouvelle contient autant de fausses fenêtres que de claires certitudes. Il faudra bien trier, le moment venu.
Cette révision n’est pas qu’une augmentation des pouvoirs du Parlement, un « encadrement » (une « limitation » !) des pouvoirs du Chef de l’État, comme on l’a soutenu à droite, c’est en même temps un sac à procès, un nid d’embrouilles, un fourbi. Bien malin qui dirait aujourd’hui ce que seront les conséquences politiques et pratiques de cette nouvelle mouture (la vingt-troisième) d’un texte censé définir, aussi simplement que possible, l’organisation des pouvoirs publics, pour le bien des habitants de l’Hexagone, théoriquement.










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