Peu connue du grand public, cette figure de l’ombre (ses interviews sont rares) est au firmament du monde du sport. Hein Verbruggen a présidé pendant 14 ans l’Union cycliste internationale (UCI) et occupe depuis 2001 la tête de la commission d’évaluation du CIO pour les Jeux en Chine, ce qui fait de lui l’homme clé des prochains JO. « Comme tous les hommes d’influence, on lui prête des dossiers secrets, de quoi faire sauter une république, en l’occurrence celle du cyclisme, dont il a présidé la fédération internationale durant quinze années minées par le dopage », écrit de lui Le Monde dans un portrait daté du 8 juillet.
Deux sociétés en Irlande
Patron de la coordination des JO de Pékin qui s’ouvrent dans deux semaines, Verbruggen, un Néerlandais fils de petit employé, fait l’objet de quelques vilaines attaques. Ses discrètes sociétés (dont lui et sa femme sont administrateurs et actionnaires) installées en Irlande, Cove Consultants d’abord, Norse Consultants ensuite, attisent en effet la curiosité. Par ces coquilles vides ont été distribués à Verbruggen environ 13,2 millions de dollars, en l’espace de quelques années, sous forme de dividendes ou de commissions. Alors que régulièrement des affaires de corruption entachent la crédibilité du CIO, les voix de ses membres apparaissant achetées contre monnaies sonnantes et trébuchantes, ces millions intriguent. « Il s’agit de mes affaires commerciales, explique à Bakchich Hein Verbruggen, mercredi 23 au téléphone. Tout est légal. Tous ces dividendes ont été payés en Suisse, et je paie mes impôts en Suisse ». Quant à l’activité concrète de l’ex-patron du cyclisme international, on en saura pas plus.
Diable, mais pourquoi donc le directeur financier de l’UCI, Jean-Pierre Strebel en personne, apparaît un temps dans l’une de ses sociétés ? La structure serait-elle liée à l’UCI, voire au Comité olympique, comme murmurent quelques mauvaises langues ? « Absolument pas, répond l’intéressé. « Rien à voir. La présence dans la société de Jean-Pierre Strebel pendant un an ou deux s’explique par la nécessité légale d’avoir un secrétaire, et il savait faire. Je suis membre du CIO depuis 1996, et bénévole, comme tous ses membres. Seuls les voyages pour le Comité sont défrayés, à hauteur de quelques centaines de dollars par jour. Et je paie même mes boissons du mini-bar ». C’est dire.
Hein Verbruggen offre même des cadeaux à l’UCI
Comme président de l’Union internationale cycliste, une « petite rémunération » (dont il refuse de préciser le montant) a été instaurée par l’UCI, censée compenser le manque à gagner causé par l’activité menée pour l’UCI, en plus d’un appartement de fonction à Lausanne. « Mais comme je n’en avais pas besoin, je n’ai jamais touché cette rémunération, et l’argent est resté sur le compte de l’UCI », assure Verbruggen, toujours vice-président de l’Union. Il confie même faire des cadeaux à l’organisation sportive, telle une « statue » qu’il aurait acheté sur ses propres deniers. Tant de générosité l’honore !
Les montages sont néanmoins complexes à souhait. Absorptions de sociétés, recours à des fiduciaires, utilisation de structures belges, suisses et irlandaises, dont certaines ont un temps été gérées par une avocate proche de quelques Russes fort intéressants… Verbruggen clame avoir « toujours tout publié » de son business, comme il le dit à Bakchich. Nous voilà rassurés. N’a-t-il pas expliqué au Monde : « Je me suis mis au service du sport et ne me suis jamais enrichi avec lui » ?
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