Notre fier Sarko a déclaré qu’il allait désormais désigner lui-même les présidents de l’audiovisuel public. Or un sondage indique que 71% des Français s’opposent à ce projet ubuesque. C’est très injuste pour notre Niko, qui a le mérite de la franchise. Car c’est déjà ainsi que les présidents de chaînes sont « élus » par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel » (CSA). Les présidents actuels de France Télévision comme de Radio France ont été choisis par le Prince, c’est un secret de polichinelle. Sarkozy a le mérite de rappeler cette parfaite hypocrisie. Et l’on n’a pas manqué de rappeler le temps de l’ORTF, lorsque le ministre de l’information, Alain Peyrefitte, dictait lui-même les infos aux journalistes. On se félicite régulièrement de la disparition de cette mainmise du pouvoir politique sur les chaînes publiques. Mais est-ce si sûr ? Au moins, en ces temps anciens, le contrôle de l’information n’était pas caché et, question magouilles et copinages, on y allait franchement. Aujourd’hui on la joue plus fine et plus faux derche. Ainsi, le président de Radio France, le jovial Jean-Paul Cluzel, inspecteur des finances, longtemps collaborateur de Jacques Chirac, parrain de la fille de son ami, le tout aussi jovial Alain Juppé, et qui aime se déclarer « de droite, libéral et catholique ».
Cluzel en disgrâce
Sauf qu’aujourd’hui, Cluzel a bien du souci. Car le Prince a changé et le nouveau Prince n’aime guère la cour du Prince précédent. Et le jovial Cluzel est fort inquiet sur son sort. En avril 2009, il arrivera au terme de son mandat, et il voudrait bien rempiler jusqu’à sa retraite, notre Jean-Paul. La place est douillette et convoitée. Aussi, avec une remarquable souplesse d’échine a-t-il donné tous les gages d’allégeance possibles. En sera-t-il récompensé ? Et d’abord le Maître remarque-t-il au moins tout ce que Cluzel fait pour lui plaire ? Car en bon courtisan, il n’hésite pas à aller au-devant des désirs de son Prince et de ses amis. Ainsi, le disque de Carla Bruni Sarkozy, un chef d’œuvre soutenu par France inter, « Comme si de rien n’était » (sic !). Ainsi, Alain Rey viré (trop à gauche), ainsi le changement d’horaire de « Là-bas si j’y suis » afin d’étouffer le succès de cette émission trop dérangeante, ainsi en juin 2007 le licenciement brutal de Frédéric Bonaud pour audience insuffisante à 17 heures. L’émission de Bonaud ne faisait que 0,7 point d’audience.
Calvi si !
Pour le remplacer c’est le très peu contestataire Yves Calvi qui a été choisi pour une des émissions les plus insipides et les plus bâclées de l’année. Au bout d’un an, Calvi atteint péniblement 0,7 d’audience, comme Bonaud un an auparavant. Mais Calvi n’est pas viré pour audience insuffisante. Il a seulement viré la réalisatrice de l’émission. Celle-ci n’aurait plus supporté que, depuis la cabine technique, l’épouse (et collaboratrice) de Calvi lui souffle les questions à poser à l’invité dans son casque. Des ragots bien sûr. Et puis il faut comprendre, Calvi n’en peut plus. Il a déjà deux émissions de télé, Mots Croisés (France 2), et « C dans l’air » chaque jour sur la Cinq à 17 heures. Aussi, au grand dam des techniciens, son émission sur Inter est-elle enregistrée. Mais Calvi n’a pas une minute pour la préparer. Le plus souvent, il découvre son invité en entrant dans le studio. Son bagout fait le reste. Et puis surtout, Calvi plaît à Sarko. Et donc à Cluzel. Au moins, au temps de l’ORTF, c’était plus franc du collier. Et puis, s’il fallait un ministère pour imposer l’information, c’est que le pouvoir d’alors craignait une certaine résistance de la part des journalistes. Aujourd’hui ce problème n’existe plus. Plus de récalcitrants. Le Prince en fait à sa guise et ses petits moutons le suivent gambadant avec entrain, bêlant soir et matin.
Ah, oui, rendez-nous l’ORTF !
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