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Algérie chérie

Roman / samedi 16 août par Stéphanie Frank
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Dans la cité algéroise de Zakaria, la vie s’écoule au rythme des distributions d’eau et des lettres de menaces. Attachants et agaçants, les personnages de Fellag, dans « L’ Allumeur de rêves berbères » publié aux éditions JC Lattès, dessinent l’Algérie du début des années 90, tandis que sévissent l’armée d’un côté et les groupes islamistes de l’autre.

« Mon nom est Zakaria, j’ai cinquante ans et je suis écrivain. Écrivain dans un pays où ne sont éditées que des œuvres asexuées, gommées de toutes les aspérités caractérisant la pensée individuelle ». Mais Zakaria n’écrit plus que pour lui : journaliste et écrivain officiel, il est tombé en disgrâce quand, retournant sa veste, il a dénoncé les massacres commis par l’armée en octobre 1988. Viennent les lettres de menaces, presque flatteuses puisqu’elles confirment l’ex-écrivain dans ses nouveaux choix politiques. Mais les coups de téléphone le plongent dans la terreur. Sa femme s’enfuit avant de mourir littéralement de peur. Leurs enfants quittent le pays sans avoir revu leur père. Zakaria s’enferme chez lui avec des litres de bière. Pour se distraire, il observe depuis son balcon la vie de la cité.

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"L’Allumeur de rêves berbères" de Mohamed Fellag
© JC Lattès

Celle-ci atteint son acmé deux fois par semaine, le mardi et le vendredi de trois heures à six heures du matin, quand l’eau, rationnée, coule enfin à flots : « Cette tranche de la nuit, vécue pendant longtemps comme une contrainte, devint peu à peu une oasis de paix de l’esprit et un contre-poids à la morosité de la vie quotidienne ». Tandis que les baignoires, les douches, les machines à laver et les tuyaux d’arrosage marchent à plein régime, la vie redevient douce : « Subitement, des actions aussi banales que rire, boire un café, fumer une cigarette, aimer, raconter une histoire, redeviennent des gestes fondamentaux, des rites magiques participant à la reconstruction de l’espoir et au ressourcement des désirs ».

Dans la cité, Zakaria rencontre Nasser, technicien du gaz terrifié par des lettres de menaces. Nasser aime Malika, pute clandestine mais respectée de tous les hommes. Il y a aussi Rose, l’obstétricienne à la retraite qui a fait naître la moitié de la cité, seule femme avec Malika a avoir le droit d’assister aux réunions du CQGAP, le Comité de quartier pour la gestion de l’antenne parabolique. Et lorsque celle-ci tombe en panne, c’est Aziz, roi de la mécanique, qui sauve l’immeuble de la malédiction des chaînes nationales.

« Tous les Algériens sont des mécaniciens », proclame Fellag dans sa prochaine tournée. Au fil des pages, on apprend d’ailleurs à réparer un Delco avec un stylo, une pile et un marteau, ou à capter simultanément cinq chaînes espagnoles grâce à un couscoussier pour famille nombreuse. Dommage, cependant que L’ Allumeur de rêves berbères ait lui aussi un petit côté bricolé sur la fin. À la recherche d’un ultime rebondissement, l’humoriste joue au chamboule-tout avec ses personnages et largue un peu son lecteur en cours de route. Pas grave : on a eu le temps de se faire plein d’amis dans cette cité d’Alger.

Mohamed Fellag, « L’ Allumeur de rêves berbères », JC Lattès, août 2008, 14 €

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Forum

  • Algérie chérie
    le dimanche 30 novembre à 23:53, Nadir a dit :
    cela est vrai qu’au début Fellag y met une touche personnelle d’humour, mais le livre relate très bien, même un peu trop, les faits poignants et les menaces qui ont terrorisé la population adepte de la liberté de parler/penser !
  • Algérie chérie
    le dimanche 24 août à 16:17, samir a dit :
    J’ai lu le livre et j’ai aimé. on y parle de l’Algerie des années de sang. Dans ce roman, comme dans tout les autres d’ailleurs, Fellag ne cherche pas à nous faire rire. Il jette juste un regard derriere avec des yeux ne cachant ni haine ni rancoeur. Un constat que je trouve juste et réaliste. Moi je dis simplement bravo l’Artiste.
  • Algérie chérie
    le samedi 23 août à 08:40, Hakim a dit :
    on voit à travers les premiers commentaires que Boutef (et donc les généraux algériens) a bien fait son travail, il a réussi à faire prendre à certains pseudo algériens des vessies pour des lanternes. Merci à vous Fellag que Dieu vous protège de ces êtres sans identités.
  • Algérie chérie
    le samedi 16 août à 00:11, radjef said a dit :
    Ce qui me degoute le plus dans la tragedie de mon pays, c’est de constater en temoin desabusé tous ces gens qui se font un argent fou avec un combat auquel ils sont totalement etrangers. De grâce vous les journalistes français au pays d’Anotole France, de Marcel Proust, de Zola et de Victor Hugo, au moins respectez notre douleur et ne faites pas semblant d’ignorer ce qui se passe en Algérie. Ne faites pas passer des idiots pathologiques pour des lumieres et des collabo pour les champions de la resistance democratique
  • Algérie chérie
    le mercredi 13 août à 13:21, Djassim a dit :
    J’ai connu cette Algérie des années 80/90 voire 2000, mais l’auteur que je lirais certainement, gagnerait à se renseigner sur le vécu d’aujourd’hui qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il décrit (ce n’est pas meilleur, ce n’est pas pire : c’est différent). L’auteur largue les lecteurs parce que je pense, qu’il est lui-même largué. Mais peut-on lui reprocher de continuer à exploiter ce qui fait son fond de commerce/succés ?
    • Algérie chérie
      le jeudi 14 août à 04:35, Mussa a dit :
      je suis de l’avis du premier commentateur. Fellag parle d’une Algérie qui ne fait plus rire aujourd’hui en Algérie. le pays a complètement changé. je n’ai pas lu le livre, mais d’après la note de lecture, on sent du décalage
      • Algérie chérie
        le mercredi 24 septembre à 17:34
        Les pbs d’eaux et de delestage d’electricité continuent à Alger. C’est une triste réalité. A Dakar on a l’eau courante.