Nous avons rendu un juste hommage aux soldats morts dans la réalisation de leur mission. Mais après l’émotion vient le temps de la réflexion. Beaucoup parlent de la nécessité « d’assumer les risques », de la « noblesse de l’action » ou de « la fierté de l’engagement ». Mais rien n’empêchera une mère, une épouse ou un fils, de s’indigner et de se demander s’il est juste de mourir à 19 ans pour une politique dont l’inefficacité est patente et dont la légitimité même est en cause.
Il est désormais clair que la France s’enlise dans une guerre qui est devenue un bourbier inextricable. Lorsque le chef d’État major des armées indique que « le temps des opérations extérieures faciles est terminé », il admet que tous les risques sont devant nous.
Pour se justifier, les autorités prétendent que notre sécurité dépend de la guerre, qu’il s’agit d’une « lutte contre le terrorisme ». Les Talibans s’apprêteraient à envahir le monde. Que ce soit l’inverse qui se produise est pourtant une évidence.
La civilisation par les canons
Mais le discours officiel est également agrémenté d’une ambition civilisatrice propre à galvaniser les sentiments les plus détestables. En effet, il s’agirait aussi de lutter contre « les barbares moyenâgeux ». On pensait pourtant savoir où mène la volonté d’imposer « la civilisation » par les canons…
Le gouvernement entend désormais jouer avec toutes les peurs. En France, malgré l’opposition majoritaire à la guerre, le chef de l’État continue étrangement de jouir de la confiance de la population pour résoudre le conflit. Cela n’est paradoxal qu’en apparence : on sait très bien que quand le doute s’installe, il est toujours plus facile de placer notre destin dans les mains d’un guide suprême.
Toujours est-il que, depuis le 11 septembre, le niveau de violence n’a cessé d’augmenter dans le monde. Le terrorisme n’a pas été vaincu ou affaibli, il s’est accru. Le carnage dans les populations civiles prend de plus en plus d’ampleur, comme si la vie humaine n’avait pas d’importance. Commencer par s’en émouvoir, en France, serait déjà commencer par réfléchir autrement. Les ministres Kouchner et Morin préparent les esprits à de nouveaux morts dans nos unités. Force est de constater que les politiques conduites n’offrent pas les bonnes réponses.
La politique de G. Bush est certainement la politique la plus rétrograde, la plus grossière et la plus manichéenne que les États-Unis aient jamais mis en œuvre. Mais, ironie malheureuse de l’Histoire, après l’échec calamiteux de Bush en Irak, c’est celle-ci que Nicolas Sarkozy a choisie. L’alignement sur l’administration américaine conduit notre pays à un suivisme aventureux et à une fuite en avant dans des réponses inadaptées. Les forces militaires étrangères, quelle que soit leur mission, sont considérées à juste titre comme des forces d’occupation.
Terreau du terrorisme
Au contraire, de la domination du monde, l’enjeu essentiel est bien de définir les conditions économiques, sociales, institutionnelles et culturelles de la satisfaction des besoins des peuples. Il ne s’agit là aucunement d’angélisme : quand le militaire n’apparaît plus comme un moyen mais comme l’axe exclusif d’une politique de domination, le résultat se lit toujours dans le chaos et la souffrance. Si la pauvreté ne produit pas le terrorisme, elle en est le terreau.
N’oublions pas qu’il s’agit de l’Afghanistan. Là-bas, 70 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. L’espérance de vie s’y situe entre 40 et 45 ans. Un enfant sur quatre meurt avant l’âge de 5 ans, le niveau d’alphabétisation est estimé inférieur à 40 %, 80 % des Afghans n’ont ni eau courante ni électricité, le chômage est massif, une majorité n’a pas accès à une alimentation suffisante.
Alors tout le problème est que les citoyens perçoivent bien les dangers de l’entêtement du gouvernement, mais ils ne sont pas encore confortés par une alternative. S’il n’est pas question ici de faire la liste de toutes les mesures à prendre, il s’agit d’affirmer qu’une politique différente peut et doit être mise en œuvre.
Politiques possibles
En préalable indispensable, la France doit renoncer à l’intégration dans l’organisation militaire de l’OTAN. Ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra redéfinir, pour elle et pour l’Europe, un autre rôle dans le monde et une politique étrangère et de sécurité indépendante.
Ensuite, il s’agit de favoriser la démocratie et de soutenir les forces qui agissent pour elle, de faire respecter le droit international dans l’esprit de la Charte des Nations Unies et d’obtenir une solution juste au conflit du Proche-Orient. La nature de l’État Afghan ne doit pas être une question taboue. Le redressement du pays ne se fera qu’avec l’appui des forces les plus démocrates et les plus progressistes. Quand les autorités définissent constitutionnellement celui-ci comme islamique et fondé sur la charia, quand la fraude règne, quand les droits élémentaires sont en recul, il n’est plus possible de se voiler la face. Mais il est évident que la réponse ne viendra pas de l’extérieur.
En Afghanistan, des forces sont nécessaires, sous le drapeau de l’ONU, pour garantir la sécurité de la population. Un effort considérable pour des projets de reconstruction bénéficiant directement à la population doit être entrepris. Les agriculteurs doivent être aidés à abandonner la culture du pavot (le pays fournit 93 % de l’opium dans le monde). Une coopération très serrée doit être engagée avec le Pakistan afin qu’il contribue à la sécurité de sa frontière et que les aides aux Talibans et aux autres forces extrémistes cessent.
Que vive l’ONU
Pour tout cela, nous avons un rôle important à jouer, car il n’est pas question de quitter le terrain et d’abandonner les peuples à leur sort. Il serait à ce titre judicieux que la France provoque à l’ONU l’organisation d’un état des lieux sur les interventions étrangères et les opérations de maintien de la paix, en mettant l’accent sur le refus des logiques de force et de la guerre, sur les stratégies nécessaires au règlement des conflits mais aussi sur la réalisation, d’ici 2015 comme initialement prévu, des objectifs du millénaire pour le développement, afin de diminuer la pauvreté par deux à cette date.
On le voit, c’est l’ensemble des orientations qu’il est urgent de changer. S’interroger sur le renouveau de notre doctrine diplomatique passe nécessairement par la contestation des effets désastreux de cette mondialisation libérale qui soumet l’humanité à la domination de l’argent roi et à la spéculation.
Il y a urgence. Le débat parlementaire de la rentrée sera l’occasion, pour les élus du peuple, de mettre toutes ces dimensions au cœur du débat public et d’émettre un avis sur le prolongement de cette sale guerre qui, je l’espère, ne soit pas simplement l’approbation courtisane de la parole venue d’en haut. En attendant, une grande manifestation de paix et de soutien des peuples opprimés dans le monde ne serait pas vaine.
Le cabinet parlementaire de M. Jean-Jacques Candelier, Député du Nord








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