Tout part d’une maladie des moutons : la fièvre catarrhale ovine. Une maladie non transmissible à l’homme, mais qui tue quand même deux à dix pour cent des moutons qui en sont affectés.
Cette fièvre catarrhale touche aussi les bovins. Et là, tout se complique, ou tout s’accélère, voire se précipite et devient du grand n’importe quoi. Depuis le début de l’année c’est l’effervescence au ministère de l’Agriculture. Les autorités sanitaires, essentiellement les services vétérinaires et le ministre de l’Agriculture ont très vite réagi, trop vite, et se sont visiblement pris les pieds dans le tapis…
Un vaccin et une prime
Les autorités sanitaires ont demandé à deux laboratoires de développer un vaccin spécifique pour les bovins. Pendant l’hiver Merial et Intevet ont mis au point un vaccin efficace. Après quelques cafouillages administratifs, il a été mis à la disposition des éleveurs. L’objectif était simple, les cheptels vaccinés devaient produire les anticorps qui leur permettraient de contenir la maladie pendant de 6 à 10 mois. Ce vaccin est payé par l’Europe et l’acte de vaccination est à la charge de l’éleveur.
Pour rassurer les agriculteurs, le ministère a décidé d’accorder des indemnités forfaitaires aux agriculteurs. Dans ce cas-là, par « toute mortalité de ruminant dans une exploitation reconnue infectée », l’éleveur touche entre 228,67 et 100 euros par tête en fonction de l’âge de la bête. Pas suffisante pour liquider son troupeau en catimini, mais ces primes aident à faire son deuil de Pâquerette.
Un marteau pour écraser une mouche
Deux vétérinaires se sont vite insurgés contre cette gabegie. Le docteur Creuzon, un vétérinaire éleveur de la Creuse et le docteur Fric (ça ne s’invente pas), vétérinaire salarié des agriculteurs biologiques du Limousin.
Leur premier constat est surprenant. La maladie ne développe chez les bovins que très exceptionnellement les symptômes décrits par les Cassandre. Point d’augmentation importante de la mortalité, aucun accroissement significatif des avortements, ni de retard de croissance apparent. Le rouleau compresseur médiatique s’était trompé. Pourtant il existait des études. Celle du département de Cher et de la Nièvre précisait que cette maladie ne développait que 0,3 % de mortalité indirecte. C’est-à-dire pour les non-initiés, une augmentation de la mortalité sur des cheptels fragilisés par d’autres maladies.
Plus inquiétant, les deux vétérinaires affirment que l’on vaccine des bêtes contaminées. La moitié voire les deux tiers du cheptel bovin sont contaminés. Et comme il est très difficile de diagnostiquer la maladie tant les symptômes sont ténus voire inexistants, de nombreux agriculteurs font vacciner des bovins déjà contaminés. Et le tout sous la pression des autorités sanitaires.
« Si tu veux toucher la prime, dit qu’elle a la fièvre »
Pour toucher les primes, le principe est simple. Dès qu’une vache est contaminée la ferme est considérée comme « foyer contaminé ». Et dans ce cas-là, toute vache de la ferme qui meurt est indemnisée quelque soit la cause de la mort. Comme la maladie n’est pas mortelle, les vaches meurent toutes d’autres maladies. Jolie gabegie. La prime est faible, mais c’est toujours bon à prendre.
Donc, en deux mots, on vaccine des bêtes déjà contaminées pour une maladie bénigne « aussi grave que la grippe chez l’homme », d’après nos deux vétérinaires. Cette petite histoire aurait coûté à la collectivité quelques dizaines de millions d’euros.
Ne laissons plus dire que le vote agricole n’a pas de prix.
L’Allemagne qui n’a fait aucune vaccination massive ne connaît pas ce problème. Le développement d’une immunité naturelle a suffi. Les vaches teutonnes broutent tranquillement leurs près, sans savoir qu’elles sont porteuses saines de la maladie. Heureuses bêtes.








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