Au secours, Voltaire ! Réveille-toi ! Le monde devient fou. Il est temps de lancer de nouveau ce cri que tu as poussé pour la première fois en 1759 : « Écrasons l’infâme ! » ; ce cri dont tu émaillais ton abondante correspondance sous la forme abrégée « Ecr. L’inf ! ».
Il s’agissait alors, dans ce siècle dit « des Lumières », de dénoncer les vilenies passées et à venir de la toute-puissante église catholique dans cette France « Fille aînée de l’Église » depuis le baptême de Clovis en 496, acte politique du roi des Francs, bien plus que religieux. Longtemps après, lui avait succédé le « vœu de Louis XIII » (1600-1643) consacrant la France à Marie, mère de Jésus, en 1638. Aujourd’hui, c’est l’islam, par ses extrémistes de tout poil, qui tonne et menace pour faire de la religion et de l’obscurantisme, son inévitable rejeton, la règle de vie des sociétés humaines.
La goutte d’eau qui a servi, apparemment, de révélateur a été, comme souvent, un événement minuscule : le report d’un procès aux assises, les avocats des accusés l’ayant obtenu, à titre accessoire ou principal peu importe, en raison du ramadan et de son jeûne obligatoire durant la journée. La hiérarchie judiciaire, mais trop tard, a vainement tenté d’enrayer la bronca qui s’en est suivie.
Face à l’offensive religieuse du monde musulman, c’est à qui, ici ou ailleurs, s’inclinera le plus bas. En février dernier, l’archevêque de Cantorbéry a déclaré qu’il était favorable à l’adoption partielle de la charia en Grande-Bretagne. Ce sont les féministes qui doivent être contentes !
Bien entendu, forts de cet exemple, le judaïsme et le christianisme emboîtent le pas à l’islam et relèvent la tête. Pour les catholiques, l’arrivée du pape en France le vendredi 12 septembre (qui va donner lieu à une « couverture médiatique » digne des Jeux Olympiques ou du Tour de France) est une occasion en or pour donner de la voix.
Dans Le Monde, Gérard Larcher, ancien ministre, sénateur UMP des Yvelines et candidat à la présidence du Sénat, plaide dans un long article pour réintégrer le fait religieux dans la vie publique. Comme par hasard, et par deux fois ! dans le même quotidien, André Vingt-Trois, archevêque de Paris, est son compère pour affirmer que « la société humaine n’est pas intelligible sans référence à une transcendance, un au-delà ou un en deçà d’elle-même ». Somme toute, qui ne croit pas à cette « transcendance » est un imbécile.
La phrase résonne comme un écho au succès grandissant des « créationnistes » américains qui affirment la seule et unique intervention divine pour expliquer l’apparition de la vie sur la Terre et, par voie de conséquence, l’inanité de l’œuvre de Darwin qui la trouve dans l’évolution des espèces. George Walker Bush n’a-t-il pas déclaré qu’il n’imaginait pas avoir une parenté avec le singe ? Et pourtant…
Force est de constater qu’il ne se trouve pas grand monde pour… sonner le tocsin face à cet évident, cet incontestable retour de la suprématie religieuse sur la société civile. Au contraire ! Qu’on se rappelle l’extravagante allocution de Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’est rendu au Vatican.
Va-t-on devoir, à défaut de Voltaire mort et enterré, relancer les « banquets gras » qu’organisaient des radicaux barbus et ventrus le vendredi de Pâques (autrement dit le Vendredi Saint…) sur le parvis des églises pour moquer les repas maigres (donc sans viande) des fidèles catholiques ce jour-là ?
Le vote de la loi de 1905 séparant l’État DES églises avait rendu ces festins inutiles. Faut-il les restaurer ? Faut-il, en urgence, adhérer massivement à la trop discrète Union des athées ? Se déclarer publiquement libre-penseur au risque d’être brûlé par les bien-pensants ?








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